mardi 26 avril 2022

PBF 2022.10 : Y'a plus de mayo dans l'fridge

Mercredi 26 avril 2022 à 19H, nouvelle émission de la Petite Boutique Fantasque où nous retrouverons une nouvelle chronique de l'univers, place Pinel. Cette émission est réalisée au studio de RadioRadioToulouse et diffusée en hertzien, Toulouse : 106.8 Mhz ou en streaming https://www.radioradiotoulouse.net/ et pour tout le reste du temps sur les podcasts de mixcloud.

Programmation musicale :
1) Il voyage en solitaire (Alain Bashung)
2) Dieu que la nuit est belle ! (Superflu)
3) Rendez-vous au Dixieland (Dominique Rabolt)
4) Superstition (Beck / Bogert / Appice) 
5) Ouverture de Platée (Jean-Philippe Rameau) les Musiciens du Louvre / Marc Minkowski
6) Vent du matin (Dakh daughters)
7) Louis Louis (Big Bill Bronzy)
8) Charlotte (Pierre Vassiliu)
9) Y'a plus de mayo dans l'fridge (Julie Doiron / Dany Placard)
10) Temple white (Ludovico Einaudi)

+ Chronique de l'univers place Pinel n°37 : Mourir place Pinel par Marius Pinel
+ Critique à charge de la représentation de Platée au théâtre du Capitole

Pour ceux qui auraient piscine indienne, ou toute autre obligation, il y a une possibilité de rattrapage avec les podcasts de la PBF : https://www.mixcloud.com/RadioRadioToulouse/ya-plus-de-mayo-dans-lfridge-la-petite-boutique-fantasque-202210/

Allons-y gaiement et sans mollir !

Photographie d'Arnold Hintjens à Oostende, le 25 février 2022  

samedi 23 avril 2022

Éblouissement des prémisses (67)

«[...] et ce n'est que le mercredi que les choses se sont précipitées, et cela sans doute parce que c'était le 13 novembre et par conséquent votre anniversaire, le quarante-cinquième, parce qu'Henriette, tenant toujours à ces dérisoires cérémonies familiales, y avait accordé cette année une importance particulière, dans ses soupçons plus justifiés encore qu'elle ne le croit, pensant vous retenir, vous enserrer dans ce filet de petits rites, non par amour certes, il y a bien longtemps que tout cela était fini entre vous deux (et s'il y avait bien une passion juvénile, cela n'avait jamais rien eu à voir avec ce sentiment de délivrance et d'enchantement que Cécile vous apportait) mais par sa crainte, chaque jour plus grande (ah ! comme elle vieillissait !), de voir changer quelque chose à l'ordre auquel elle était habituée, non par jalousie vraiment, mais par la hantise qu'une imprudence de votre part ou qu'une brouille violente n'abîmât son confort et celui des enfants [...]»

La modification. Michel Butor. Éditions de Minuit (1957)
«Mort trépidante. Les rues sont jugulées de chaleur. La nuit met longtemps à se poser, en sourdine, parsème de granules d'ombre sur ce moule de clarté violente. Comme un voile de poudre. Si légère, si fine. La nuit. Et la sarabande recommence. Zénith du sexe. Nichons en proue. Des miches pharamineuses. Ça passe. En pagaille. Plus que je ne saurais en baiser en mille ans de vie. Jeunettes aux seins de pierre. Si insolemment jeunes. De la couvée de l'année. Corps graciles, si fringants, un brasero dans le sang. Quel est le fruit comparable au sexe de jeune fille ?»

Septentrion. Louis Calaferte. Denoël (1984)

lundi 18 avril 2022

Analyse


Visionnage domestique toulousain (101) en famille

Le soupirant Pierre Étaix (1962)
 

«Pavane des femmes sculpturales qui marchent, splendides et inaccessibles, vont et viennent, impériales, comme sur des avenue aériennes pavées de cristal limpide et de scories en feu. Directement surgies du monde inexploré des méduses. Nymphes stellaires descendues par erreur sur notre terre aride et se déplaçant depuis à des hauteurs insoupçonnées, déjà statufiées vivantes sur les colonnades impeccables de leurs cuisses d'opaline au grain poudreux. Ne laissant derrière elles que la lueur du fluide corrosif de leurs ovaires en effervescence. Triomphales, fruitales, évoluant dans l'aura bleutée de la convoitise sans avoir l'air de remarquer l'orage sexuel qu'elles déchaînent, qu'elles allument par un seul balancement de toute l'opulente, de toute l'admirable masse de leurs hanches chevalines. Insouciantes, elles traversent des haies compactes de fous furieux, maniaques aux regards avides, tenus en l'extrême justesse au bout de leurs instincts domestiqués. Impossible qu'elles ne sentent pas cela.»

SeptentrionLouis Calaferte. Denoël (1984)

Oiseau part du nid

«Non tu n'es pas partie. Tu es toujours là avec ton petit lit, ta chaise, ton landau, avec le royaume infini de tes premiers mots, ton enjouement grave lorsque tu bavardais avec les pierres, avec les fleurs, avec les petits oiseaux, pendant des heures interminables.

Tu n'es pas partie. Tu es toujours là, en train de t'amuser avec la lumière et tes jouets.
C'est nous qui sommes partis ailleurs, que des occupations insignifiantes retardent,
courses diverse, affaires judiciaires, enseignes de magasin,
et nous sentons constamment que nous sommes en retard. Toi tu nous attends.

Bien que les feuilles, les animaux domestiques, les meubles se rassemblent autour de toi
pour tenir compagnie à ta solitude lumineuse,
tu as pourtant édifié durant notre absence une tour élevée et transparente à l'aide d'un verre,

et tu attends que nous montions te rejoindre par l'escalier
pour te réjouir avec nous de tes premiers exploits. Mais nous tardons à venir.»

Formes de l'absence. Yannis Ritsos. Seghers (1958)

Découverte musicale parisienne dans la publication du 50e anniversaire de Exile on main street

There's something I should tell you
Why don't you sit there in that chair
You're looking good today
I love the way your comb's tucked in your hair

My cards are on the table, but the drinks have all run out
There's been some other lads in this room with me, we're really quite a crowd
It's hard to break it gently, but I really thought it through
I don't think there's much future left, for me and you, me and you

I've been following the river, till it joins hands with the sea
I've been thinking of you so bad
Because you always saw the best in me


You'll probably forget me, and I'll fade back in the fall
Just a face disappearing without trace, I'll be lost, I'll be lost
One day I'll hear some laughter in an out-of-town café
I'll be reaching for your number, I'll be calling out your name

I've been following that river
Till it join hands with the sea
I've been thinking of you all the time
'Cause you always saw the best in me
I'll be following the river, oh my, till it spills out in the sea
When I first think about you, oh dear
'Cause you always saw the best in me (Always saw the best in me)


I'll be following the river (Yeah)
Till it join hands with the sea
Ah, if I can't have you, I'll be dreaming all about you
Ah 'cause you always saw the best in me
I'll be following the river, till it join hands with the sea
I'll be thinking about you 'cause you always saw the best in me

Following the river. Rolling Stones (2010)

Visionnage domestique toulousain (100ter)



 
La naissance des pieuvresCéline Sciamma (2007)

Naissance des pieuvres marque en 2007 les premiers pas de Céline Sciamma en tant que réalisatrice. Après un court métrage, elle propose ce film d’adolescentes, de désir et de construction de soi. Un film tout simple mais plein d’enjeux qui dessinent le destin d’une réalisatrice passionnée et engagée à travers des fictions qui font grandir.

Un film sur les filles, joué et fait par des filles
Céline Sciamma réalise en 2007 un rêve d’étudiante. En effet, son scénario (département suivi à La Femis) de fin d’études devient son premier long métrage. Le film raconte l’histoire d’adolescentes en plein questionnement et dont les histoires d’amour sont le balbutiement de leurs choix identitaires. Elle déclare à son sujet en 2007 que Naissance des pieuvres est « un film sur les filles, joué et fait par des filles ». C’est cela déjà la première révolution de la réalisatrice. Elle centre son sujet : pas de parents, des filles surtout, et peu de garçons. Elle explore avant tout ce que c’est qu’avoir quinze ans et de poser ses yeux sur un être que l’on va aimer, sans pouvoir dire d’abord que c’est de l’amour. Quand Marie voit Floriane pour la première fois, elle sort de sa torpeur. L’éveil des sens est, chez Céline Sciamma, un réveil de l’âme, une mise en mouvement. Marie a l’air bougon et enfantin quand Floriane ressemble davantage à une jeune fille en train de grandir. Toutes deux sont engoncées dans des rôles qu’elles se sentent obligées de tenir. A leurs côtés, Anne aussi voudrait sortir de l’image qui lui est assignée (par sa corpulence). Toutes trois, plus ou moins ensemble, vont faire l’expérience douloureuse (mais salvatrice) qu’est celle de casser son image. La pieuvre qui apparaît dans le titre, c’est encore Céline Sciamma qui le dit, « a la particularité d’avoir trois cœurs ». Voici qu’ils se mettent à battre sous nos yeux.

Les filles légères ont le cœur lourd
Chez Céline Sciamma tout est une question de regards et plus encore avec ce film. Que ce soit en évoquant la dernière image vue avant de mourir par des milliers de gens ou en montrant comment une rencontre change un être, Céline Sciamma ne cesse d’évoquer la force du regard. Elle ira plus loin dans cette exploration avec Portrait de la jeune fille en feu, mais déjà Floriane pourrait dire à Marie « si vous me regardez, qui je regarde moi ? ». Car si Marie ne lâche pas Floriane des yeux, cette dernière sent qu’avec elle, elle peut être autre. Aux yeux des autres filles (et des garçons !), Floriane est celle qui a déjà eu un rapport sexuel, la fille fatale et facile. Et elle se doit, à travers les codes physiques de la natation synchronisée, croit-elle, de correspondre à l’image que les autres attendent d’elle. Pourtant, c’est autre chose qui bat dans son cœur, une envie d’indépendance qui se dessine. En plaçant son décor dans une piscine et dans cet univers ultra codifié de la natation synchronisée, Céline Sciamma construit un carcan que ses personnages devront déconstruire. La bataille est rude pour ces corps qui allient à la fois une grande puissance (le sport demande de la performance) et une féminité exacerbée (par le maquillage et les tenues). L’enjeu pour Floriane, c’est que les garçons la laissent un peu tranquille alors qu’Anne aimerait simplement qu’ils la regardent. Encore une fois rien de simpliste, Alex Beaupain l’a très bien écrit « les filles légères ont le cœur lourd ».

Sortir du cadre 
Bien longtemps avant que tous les films ne soient observés à l’ère du post #metoo, des réalisatrices comme Céline Sciamma parlaient déjà des questions de représentation, d’enjeu autour du corps des femmes. Il y a ainsi une révélation assez claire de la part de Floriane autour de son entraîneur. Révélation d’autant plus bouleversante que Floriane prétend que c’est «flatteur». Or, son esprit, à travers le regard de Marie, va peu à peu changer. Elle refusera avec elle la normalité. Pour autant, la cruauté des sentiments (on pense notamment à l’unique scène de sexe du film où tout se lit sur les visages des deux héroïnes), la solitude de l’amoureuse sont aussi évoquées. Cruauté parce que Floriane n’est pas en capacité de répondre à l’amour de Marie qui elle-même a une fascination presque morbide pour son amie : elle va jusqu’à s’amouracher de ses déchets récupérés dans une poubelles. Marie observe beaucoup et c’est ce statut qu’endosse le spectateur. La réalisatrice filme avec beaucoup de délicatesse aussi ce monde cruel de l’adolescence, en plantant son décor dans celui de son enfance : l’axe Majeur à Cergy-Pontoise, la piscine de la même ville. Ces deux lieux sont des moments stratégiques du film où les héroïnes se livrent et s’écrivent. Dans l’ombre, chacune des héroïnes se bagarre avec le désir, l’envie d’avancer et les apparences. Déjà, la réalisatrice écrivait des parcours hors des sentiers battus, des rêveries en contact avec le réel. Elle créait aussi ces images manquantes dont elle est spécialiste : deux amies qui se réconcilient dans une piscine, une première fois pas idéalisée et une danse lancinante qui venait clôturer un film en apparence étouffant dans lequel les héroïnes apprennent à respirer.

Naissances 
On voyait également, en même temps que la réalisatrice, naître l’actrice Adèle Haenel (dont on aurait aimé que ce soit réellement le premier film…). Fascinante, combative, à l’aise dans ses baskets, avec ce grand corps qu’elle impose à l’écran, l’actrice submergeait tout. Céline Sciamma a écrit le film en pensant à L’Effrontée pour les relations qui se nouent entre les personnages, le rapport de fascination notamment ou encore à Fucking Amal, petit bijou suédois, où des filles qui s’aiment veulent quitter leur trou. Il y a de tout cela dans le film, une volonté de sortir de l’enfance, un entre-deux, qui est celui de tous les possibles et ce regard porté sur les personnages qui les fait partenaires et non objets de l’action. Céline Sciamma n’a cessé de montrer comment tout bouge à chaque instant, chaque rencontre et chaque regard, peut nous faire basculer. Elle a signé ici avec Naissance des pieuvres un manifeste pour que rien ne soit figé et peut rejeter en bloc cette idée chantée par Céline Dion qu’ « on ne change pas ». Au contraire, c’est en se nourrissant des regards bienveillants, amicaux et amoureux, portés sur soi, que l’on avance, sans cesse. On peut ainsi, grâce à une capacité à refouler les fantasmes et les clichés, apprendre, à 15 ans en tant que fille, à manger une banane sans craindre les regards sur soi. Une véritable renaissance !

Chloé Margueritte
Le mag du ciné 22 septembre 2021

Visionnage domestique toulousain (100bis)

La naissance des pieuvres. Céline Sciamma (2007)


«Pour moi, la pieuvre est ce monstre qui grandit dans notre ventre quand nous tombons amoureux, cet animal maritime qui lâche son encre en nous. C’est ce qui arrive à mes personnages dans le film, trois adolescentes, Marie, Anne et Floriane. Et justement, la pieuvre a pour particularité d’avoir trois cœurs.» C’est ainsi que Sciamma résume son premier film : l’histoire de l’été qui va chambouler la vie de trois adolescentes, chacune prise dans un tourbillon amoureux. Chacune d’elles est également confrontée aux regards extérieurs, souvent critiques. Anne est complexée par son poids, Floriane subit un slut-shaming constant. Seule Marie, discrète et effacée, semble à l’abri des regards des jeunes de son âge. Mais c’est pour mieux tomber dans les tentacules de Floriane.

Naissance des Pieuvres contient déjà toute l’essence du cinéma de Sciamma : des récits de jeunes filles confrontées aux jugements, à une époque parfois oppressive dès qu’il s’agit de ne pas se confronter aux normes, sexuelles ou physiques. Il y a aussi cette composante essentielle du « Sciamma Cinematic Universe » : des personnages queers écrits avec une grande justesse. L’un des enjeux principaux du film, si ce n’est l’enjeu principal, est l’attirance de Marie pour Floriane. Est-elle réciproque, va-t-elle être consommée ou Floriane est-elle juste en train de manipuler Marie? Le film maintient malgré sa courte durée (1h25) un suspense presque suffocant tant l’on voudrait que la pauvre Marie soit fixée sentimentalement. Sciamma sait écrire ses personnages avec une grande sensibilité et empathie. Le cheminement intérieur de Marie, malgré sa beauté, en devient par moments douloureux. Mais ce n’est pour autant que l’on éprouve de l’antipathie envers Floriane. Le scénario fait rapidement comprendre que sous sa perfection d’athlète et de nymphe, se cache au fond une jeune fille perdue qui est davantage une victime du regard masculin, et plus généralement de prédateurs âgés de plus de 18 ans. Une manière de rappeler que dès l’adolescence, les corps féminins n’appartiennent déjà plus à leurs propriétaires, mais au patriarcat. Et la scène où Floriane décide d’avoir sa première fois révèle, loin des apparences, une envie de se réapproprier son corps malgré la pression qui pèse sur ses frêles épaules.

Anne est également de son côté un personnage très intéressant. Loin de juger son poids comme une malédiction à l’instar de beaucoup de films actuels, Sciamma se penche sur les complexes de son personnage avec beaucoup de sensibilité et de tact. Elle capte au passage ces changements invisibles mais présents, le passage de l’enfance à l’âge adulte caractérisés ici par un Happy Meal qu’on lui refuse. Un geste somme toute banal mais qui montre le changement inéluctable qui se produit en elle.

On pourrait dire au fond que Naissance des Pieuvres raconte ce que beaucoup de teen-movies disent de l’adolescence : l’arrivée du désir, le questionnement sur son orientation sexuelle, ou même tout ce que les complexes du poids peuvent faire subir aux jeunes femmes. Mais Sciamma le montre avec un souci de réalisme, sans happy-end ni misérabilisme. Loin d’offrir un avenir sombre à ses héroïnes, Sciamma rappelle avec sa superbe séquence finale que ses nymphes, liées par une superbe amitié ont la vie devant elles. Porté par un trio d’actrices attachant, et bercé par l’envoûtante musique de Para One, Naissance des Pieuvres est un premier film prometteur pour l’époque, et Sciamma n’a pas déçu depuis. Si la mise en scène reste par moments trop timide, tout l’univers de la réalisatrice se trouve dans ce doux teen-movie aussi mélancolique qu’émancipateur.

Océane Zerbini le juin 11, 2019
leschroniquesdecliffhanger.com

mardi 12 avril 2022

«Hormis ton ventre
tout est confus.

Hormis ton ventre
tout est futur
fugitif, passé
stérile et trouble.

Hormis ton ventre
tout est occulte.
Hormis ton ventre 
rien d'assuré,
tout n'est qu'ultime
poussière sans monde.

Hormis ton ventre
tout est obscur,
hormis ton ventre
clair et profond.»

Chansonnier et Romancero de l'absence. Miguel Hernandez (1938-1941)

PBF 2022.09 : Le frôleur compatissant

Mercredi 13 avril 2022 à 19H, nouvelle émission de la Petite Boutique Fantasque où nous retrouverons une nouvelle de Léon Bloy, tirée d'Histoires désobligeantes, LE FRÔLEUR COMPATISSANT, une espèce d'individu qui semble s'être multipliée en particulier dans les transports en commun. Cette émission est réalisée au studio de RadioRadioToulouse et diffusée en hertzien, Toulouse : 106.8 Mhz ou en streaming https://www.radioradiotoulouse.net/ et pour tout le reste du temps sur les podcasts de mixcloud.


Programmation musicale :
1) Berceuse (Gabriel Fauré) Yan Pascal Tortelier, Orchestre du Capitole, Michel Plasson
2) Dernier voyage (Imago)
3) Carodejnice Z Anesbury (Asonance)
4) I'm not like everybody else (The Kinks) 
5) Élégie (Gabriel Fauré) Paul Tortelier, Orchestre du Capitole, Michel Plasson
6) Jeux d'eau (Maurice Ravel) Bertrand Chamayou
7) Pocahontas (Émilie Loizeau)

+ la lecture du Frôleur compatissant de Léon Bloy par Stéphane


Pour ceux qui auraient piscine indienne, ou toute autre obligation, il y a une possibilité de rattrapage avec les podcasts de la PBF : https://www.mixcloud.com/RadioRadioToulouse/le-frôleur-compatissant-la-petite-boutique-fantasque-202209/

Allons-y gaiement et sans mollir !

Photogramme de trottoirs parisiens

dimanche 10 avril 2022

Visionnage domestique toulousain (100)

Naissance des pieuvres Céline Sciamma (2007)


"Naissance des pieuvres" : la naissance de la féminité, versant cruel

Un premier film renouvelle un sujet sans surprises.

Trois adolescentes dans les vestiaires d'une piscine : c'est le postulat du premier film de Céline Sciamma, 27 ans. Pour prendre le spectateur à contre-pied, refouler tous les clichés et refuser tous les fantasmes générés par ce type de situation. Au départ, il y a deux copines, Anne la grosse et Marie la maigre. Conformes ni l'une ni l'autre aux canons de la séduction, elles ont peur de suer sous les bras, de "puer de la gueule", de dégoûter. Cette radiographie de la naissance de la féminité est placée sous le signe de la cruauté.

Floriane, la troisième, est une belle blonde et un sujet de malentendus. Les garçons tournent autour d'elle, on la prend pour une allumeuse, elle embrasse ses courtisans par convention, fait mine d'assumer son image de lolita mais cache qu'elle est toujours vierge, pétrifiée par un statut social qui ne correspond pas à ce qu'elle est.

Il y aura bisbille entre Anne et Marie, entre autres parce que Marie quitte l'enfance pour découvrir le désir et que le secret objet en est Floriane. Pour se rapprocher d'elle, Marie doit faire semblant : d'être attirée par la natation synchronisée dont Floriane est la reine, d'être intronisée dans le groupe. Pendant ce temps, adulte avant les autres, c'est la bonne grosse qui passe à l'acte avec un garçon, et qui est le dindon de la farce.

Les premières expériences amoureuses des jeunes filles gauches ou avides de métamorphoses, on a vu cela cent fois, sauf qu'ici ce n'est pas tout à fait comme d'habitude. Parce que Céline Sciamma a fait disparaître les adultes du champ, renvoie les garçons aux rôles de figurants, ignore tout ce qui pourrait faire mode. Optant pour l'intemporalité et la stylisation, se jouant des codes comme des "trucs de princesse débiles" et refusant la scène stéréotypée du coming out, elle parle de malentendus, de rétention, de la difficulté de vivre une pulsion homosexuelle à 15 ans.

Naissance des pieuvres aligne sèchement des gestes qui n'autorisent aucun sentimentalisme, aucun jugement. On y enterre son soutien-gorge dans le jardin, on y expédie un crachat dans une bouche, on s'y conduit en sorcière ou en petit soldat discipliné pour la compétition. Mais les ballets nautiques sont un leurre, car l'essentiel est d'apprendre à tomber amoureuse d'une fille.

Jean-Luc Douin

Publié dans le Monde le 14 août 2007 à 18h15

«Foutrement roulée, la petite brune. Pétale de soie en rosée du matin. Lui proposerais volontiers un tour d'auto-tamponneuses. M'avez-vous compris, fille-feu du ténébreux Empire ? J'en jurerais, au coup d'oeil que nous venons d'échanger. Avec quelle arrogance elles soutiennent votre regard. Coït visuel. Devant le sexe, nous sommes faits pour nous comprendre à demi-mots. Préparés, tous, pour une même et unique randonnée. »

SeptentrionLouis Calaferte. Denoël (1984)

vendredi 8 avril 2022

Source d'invention




 

«Mais le plus beau, c'est qu'il est inutile de penser, pas besoin de chercher midi à quatorze heures. Juste un sexe. Un sexe bien à point. Juste un pénis convenable à introduire en douceur et avec mille précautions après les simagrées d'usage. Et c'est tout. Burlesque et prodigieux.»

SeptentrionLouis Calaferte. Denoël (1984)

samedi 2 avril 2022

Éblouissement des prémisses (66)

«L'âme comme le corps, peut avoir une virginité. L'offrir, pour une femme, ou la prendre, pour un homme, est l'acte d'amour. L'amour (compris au sens de désirer le bien pour un autre) est en fait un phénomène si peu naturel, qu'il ne peut guère se répéter, l'âme étant incapable de redevenir vierge et n'ayant pas assez d'énergie pour se jeter à nouveau dans l'océan qu'est l'âme d'un autre.»

Exils. James Joyce. Gallimard (2012)

Quelques Éléments supplémentaires de la Société du Spectacle (46)

«L'amour de la vie dont la Jeune-Fille se fait une telle gloire n'est en vérité que sa haine du danger.»

Premiers matériaux pour la théorie de la jeune-FilleTiqqun. Mille et une nuit. (2001)

Écriture symptôme de décadence ?


 

Enfance sublimée (1)


 

vendredi 1 avril 2022

«Chaque baiser appelle un autre baiser. Ah ! dans ces premiers temps où l'on aime, les baisers naissent si naturellement !
Ils foisonnent si pressés les uns contre les autres ; et l'on aurait autant de peine à compter les baisers qu'on s'est donnés pendant une heure que les fleurs d'un champ du mois de mai.»

Du côté de chez Swann. Marcel Proust. Garnier-Flammarion (1986)