jeudi 14 mai 2026

« A propos de la petite fille, de l'enfant-femme de HSQ, je me suis souvent demandé, si de telles tendances n'étaient tout de même pas perverses. J'ai eu la réponse aujourd'hui en observant les enfants qui me dérangeaient sans cesse dans mon travail.
La petite fille, entre 11 et 15 ans, a de jolies jambes, longues, agiles, sans ce côté trapu que leur impose plus tard le volumineux fardeau du ventre et des fesses. La chevelure a l'éclat de la jeunesse. Le visage est pur et souvent d'une belle harmonie, pas encore gâtée par l'expression de la mesquinerie, de l'égoïsme vil et de l'atrophie intellectuelle. Les yeux sont ardents et rêveurs, c'est-à-dire qu'ils expriment l'idéalisme d'une jeunesse dont le vide ne s'est pas encore manifesté. Voir ma remarque sur l'art et l'état d'enfance. La cuisse, bien qu'elle commence à prendre la rondeur féminine, est admirable.
La robe, en suggérant des formes adultes, dissimule les faiblesses du corps qui sont, à cet âge, une poitrine et un ventre enfantins.
Ces enfants sont donc effectivement dignes d'amour, et il n'y a aucune perversité dans le sentiment qu'ils éveillent.
Il n'y aurait perversité que si l'on voulait abuser réaliter de ce rêve formel. Il faudrait alors faire abstraction de l'esprit enfantin, de l'innocence -ou de la vulnérabilité- enfantine, ainsi que de l'absence de tout écho sexuel : ce serait coucher avec une poupée, ou imiter le crapaud en chaleur qui se cramponne à un morceau de bois. »

Journaux. Robert Musil. Seuil (1981)

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