Le Gai savoir. Jean-Luc Godard (1969)
Dans un studio de Joinville, une sorte de “maison de la radio et des images” a donc été “installée” par le cinéaste, dispositif enregistré par une caméra 35mm dirigée par Jean Leclerc, un bon technicien de l'ORTF. Ce dispositif est simple : un plateau de studio, un fond noir, Émile et Patricia qui se retrouvent pour regarder des images et les commenter en se posant des questions, comme dans une salle de classe. Les sons, la science, les images, le cinéma, la télévision, la photographie, l'art la presse, la politique, il faut tout réapprendre en repartant à zéro. Godard fait cours (c'est sa voix en off, qui revient régulièrement) et sa méthode favorite est celle de l'association libre, de la démonstration par le jeu de mots, du glissement du sens qui fait comprendre une vérité cachée. Comme si la langue elle-même, la grammaire,devra être mise à plat, puis reconstituée autrement : “Retourner contre l'ennemi l'arme avec laquelle il nous attaque : le langage.” Il y a un programme : “La première année, on ramassera des images, on enregistrera des sons, ça fera des expériences en vrac. La deuxième année, on critiquera tout ça, on décomposera, on réduira, on substituera et on recomposera. Et après, la troisième année, on fabriquera deux ou trois modèles de son et d'image.” Il est trop ambitieux : Émile et Patricia en restent au premier stade, mais cela a du moins la vertu de permettre de poser les questions : “Sur quoi ils se séparent, et toutes les questions restent ouvertes pour le spectateur.”
Godard : biographie. Antoine de Baecque. Bernard Grasset (2010)
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