dimanche 31 mars 2024

Visionnage domestique toulousain (181)

Tristesse club. Vincent Mariette (2014)

Ce matin je suis sorti très tôt
parce que je m'étais éveillé encore plus tôt
et qu'il n'y avait rien que j'eusse envie de faire...
Je ne savais quelle direction prendre,
mais le vent soufflait fort, il poussait d'un côté,
et je suivis le chemin vers quoi le vent me soufflait dans le dos.
Telle a toujours été ma vie, et
telle je désire qu'elle soit à jamais ―
je vais là où le vent m'emporte et je
ne me sens pas penser.

Sur toute chose la neige a posé une nappe de silence.
On n'entend que ce qui se passe à l'intérieur de la maison.
Je m'enveloppe dans une couverture et je ne pense même pas à penser.
J'éprouve une jouissance animale et vaguement je pense,
et je m'endors sans moins d'utilité que toutes les actions du monde.

Voici peut-être le dernier jour de ma vie.
J'ai salué le soleil en levant la main droite,
mais je ne l'ai pas salué en lui disant adieu ―
non, plutôt en faisant signe que j'étais heureux de le voir :
c'est tout.

Lorsque l'herbe poussera au-dessus de ma tombe,
que ce soit là le signal pour qu'on m'oublie tout à fait.
La Nature jamais ne se souvient, et c'est par là qu'elle est belle.
Et si l'on éprouve le besoin maladif d' "interpréter" l'herbe verte sur ma tombe,
qu'on dise que je continue à verdoyer et à être naturel.

Poèmes desassemblés Fernando Pessoa. Poésie NRF (1960)

Colloque de Cerisy (11 au 16 septembre 1970)



 

Wumo : Le varan de Comodo comme animal domestique !


 

«Ma séparation d'avec Albertine, le jour où Françoise m'avait dit : "Mademoiselle Albertine est partie", était comme une allégorie bien affaiblie de tant d'autres séparations. Car bien souvent pour que nous découvrions que nous sommes amoureux, peut-être même pour que nous le devenions, il faut qu'arrive le jour de la séparation..»

Albertine disparue. Marcel Proust. GF Flammarion (1987)

Thématique printanière Brian Ferry 3

Falling in love again
Never wanted to
What am I to do?
Can't help it

Love's always been my game
Play it how I may
I was made that way
Can't help it

Girls cluster to me
Like moths around a flame
And if their wings burn
I know I'm not to blame

Falling in love again
Never wanted to
What am I to do?
Can't help it

Girls cluster to me
Like moths around the flame
And if their wings burn
I know I'm not to blame

Falling in love again
Never wanted to
What am I to do?
Can't help it

Jimmy McHugh / Fields


«Il me semble qu'on exagère toujours quand on parle de cette souffrance, de ce malheur, comme si la chose était de bon ton en ces matières : on tait, en revanche, consciencieusement  qu'il y a pour la souffrance une foule d'anodins, par exemple les narcotiques, la fièvre des pensées, une position reposante, les bons et les mauvais souvenirs, les intuitions ou les espoirs, les compassions et les fiertés de toute sorte, qui produisent des effets quasi anesthésiques ; et qu'aux degrés les plus aigus de la douleur l'évanouissement intervient de lui-même.»

Le gai savoirNietzsche. Gallimard Idées (1950)

Visionnage domestique toulousain (180)

Porco rosso. Hayao Miyazaki (1995)

Visionnage domestique toulousain (179)

Tournée. Mathieu Amalric (2010)

«Prendre au sérieux. L'intellect de la plupart des gens est une lourde, sombre et grinçante machine difficile à mettre en mouvement : quand ils veulent travailler avec et bien penser ils appellent cela prendre la chose au sérieux ;... ah ! quel faut que ce bien-penser soit pour eux chose difficile ! Dès qu'il en est question la gracieuse bête humaine perd, semble-t-il, toute bonne humeur : elle dit qu'elle devient sérieuse ! "Là où on rit, où l'on s'amuse, la pensée ne vaut pas bien cher" ? Tel est le préjugé de ce grave animal à l'endroit de tout gai savoir. Soit ! Montons-lui que c'est un préjugé

Le gai savoirNietzsche. Gallimard Idées (1950)

samedi 30 mars 2024

Thématique printanière Brian Ferry 2

I wish I was in Carrickfergus 
Only for nights in Ballygrand 
I would swim over the deepest ocean 
Just to see my love before I die 
But the sea is wide and I cannot swim over 
Nor have I wings so I could fly 
I wish I could meet a handsome boatman 
To carry me over my love and I 
In Kilkenny it is reported 
On marble stones as black as ink 
With gold and silver I did support her 
But I'll sing no more till I've had a drink 
Well I'm drunk today and I'm seldom sober 
A handsome rover from town to town 
But I am sick now my days are numbered 
Come all you young men and lay me down 
Come all you young men and lay me down 

Traditionnel irlandais / Bryan Ferry

«Qui sommes-nous donc ? Si nous voulions, usant de vieilles terminologies, nous dire simplement des impies, des incrédules ou des immoralistes, nous ne serions pas encore, tant s'en faut, donné notre nom : nous sommes ces trois choses à la fois, dans une phase trop tardive pour qu'on puisse comprendre -pour que vous, messieurs les curieux, puissiez comprendre- les sentiments qui nous animent

Le gai savoirNietzsche. Gallimard Idées (1950)

Thématique printanière Brian Ferry 1

Miss Otis regrets she's unable to lunch today, 
Madam
Miss Otis regrets she's unable to lunch today
She is sorry to be delayed
But last evening down in Lover's Lane she strayed
Madam
Miss Otis regrets she's unable to lunch today

When she woke up and found, that her dream of love was gone
Madam
She ran to the man who had lead her so far astray
And from under a velvet gown
She drew a gun and shot her lover down
Madam
Miss Otis regrets she's unable to lunch today

When the mob came and got her and dragged her from the jail
Madam
They strung her from the old willow cross the way
And the moment before she died
She lifted up her lovely head and cried
Madam
Miss Otis regrets she's unable to lunch today

Miss Otis regrets... she's unable to lunch today

Cole Porter

«Nous nous trouvons, Européens, devant un immense monde de décombres d'où émergent encore quelques hauts monuments, mais où beaucoup ne tiennent plus, rongés de vieillesse, que par un inquiétant miracle, et où la plupart jonchent le sol ; le pittoresque du spectacle est assez vif -où fut-il jamais plus belles ruines ?- et la mauvaise herbe foisonne, petite ou grande, sur le tout

Le gai savoirNietzsche. Gallimard Idées (1950)

Exposition à Toulouse 1


 

Musique à Toulouse 10 : Bijou

 


Musique à Toulouse 9 : Les Passions de Jean-Marc Andrieu

 





mercredi 27 mars 2024

PBF 2024.09 : Ma cousine, une élève plein de docilité

Mercredi 27 mars 2024 à 19H, la Petite Boutique Fantasque accueille une nouvelle fois une nouvelle d'Armand Silvestre intitulée La cloche tirée des Histoires abracadabrantes (1893)

Cette émission de RadioRadioToulouse est diffusée en hertzien, Toulouse : 106.8 Mhz ou en streaming https://www.radioradiotoulouse.net/ et pour tout le reste du temps et du monde sur les podcasts de mixcloud.

Programmation musicale :
1) Suzy (Imago)
2) Pour que l'amour me quitte (Camille)
3) Concerto pour piano en sol - Adagio assai (Maurice Ravel) Nicole Henriot-Schweitzer / Charles Munch / Boston symphony orchestra
4) Titanic (Arthur H)
5) An unwelcome friend (Philip Glass) 
6) Piccadilly (Erik Satie) Alexandre Tharaud
7) Gambade (Erik Satie) Alexandre Tharaud
8) Un grain de poussière (Jacques Higelin)

+ lecture de La cloche (Armand Silvestre) par des descendantes de l'auteur

Pour ceux qui auraient piscine indienne, ou toute autre obligation, il y a une possibilité de rattrapage avec les podcasts de la PBF : https://www.mixcloud.com/RadioRadioToulouse/ma-cousine-une-élève-pleine-de-docilité-la-petite-boutique-fantasque/

Sus aux Philistins !
 

dimanche 24 mars 2024

«Mais qu'était donc une rente constituée ? Il existait un certain nombre de types de rentes, ce mot qui, en français, comporte pas mal d'acceptions, désigne habituellement un revenu annuel, souvent en argent, versé par une ou plusieurs personnes, généralement à date fixe. La constitution de rentes entre particuliers prend la forme juridique et le plus souvent notariée d'un contrat d'achat. Ainsi, un quidam que nous appellerons A achète à un autre quidam dénommé B, une rente annuelle de cent livres (par exemple), en échange de la somme de deux cent mille livres, que A remet à B. On a compris tout de suite qu'il s'agit d'un prêt de deux mille livres à  5% d'intérêt. Ledit prêt à intérêt est maquillé en acte de vente parce que L'Eglise a toujours interdit le prêt à intérêt (qu'elle a toujours pratiqué sous une forme plus ou moins détournée, dès l'époque de la Croisade, notamment pour aider les croisés à s'armer). Dans le cas simple qu'on vient de citer, A est appelé le crédirentier, et est en réalité le créancier, B est appelé le débirentier et est en réalité le débiteur, l'emprunteur.»

Le siècle de Louis XIVPierre Goubert. Éditions de Fallois (1996)

dimanche 17 mars 2024

Reflets de bibliothèque Croix-de-Pierre. Avenue de Muret (Toulouse) 16 mars 2024 9H

photographie : Aimable Lubin
«Je mesurais des yeux Albertine étendue à mes pieds. Par instants, elle était parcourue d’une agitation légère et inexplicable, comme les feuillages qu’une brise inattendue convulse pendant quelques instants. Elle touchait à sa chevelure, puis, ne l’ayant pas fait comme elle le voulait, elle y portait la main encore par des mouvements si suivis, si volontaires, que j’étais convaincu qu’elle allait s’éveiller. Nullement ; elle redevenait calme dans le sommeil qu’elle n’avait pas quitté. Elle restait désormais immobile. Elle avait posé sa main sur sa poitrine en un abandon du bras si naïvement puéril que j’étais obligé, en la regardant, d’étouffer le sourire que par leur sérieux, leur innocence et leur grâce nous donnent les petits enfants. Moi qui connaissais plusieurs Albertine en une seule, il me semblait en voir bien d’autres encore reposer auprès de moi. Ses sourcils, arqués comme je ne les avais jamais vus, entouraient les globes de ses paupières comme un doux nid d’alcyon. Des races, des atavismes, des vices reposaient sur son visage. Chaque fois qu’elle déplaçait sa tête, elle créait une femme nouvelle, souvent insoupçonnée de moi. Il me semblait posséder non pas une, mais d’innombrables jeunes filles. Sa respiration, peu à peu plus profonde, soulevait maintenant régulièrement sa poitrine et, par-dessus elle, ses mains croisées, ses perles, déplacées d’une manière différente par le même mouvement, comme ces barques, ces chaînes d’amarre que fait osciller le mouvement du flot. Alors, sentant que son sommeil était dans son plein, que je ne me heurterais pas à des écueils de conscience recouverts maintenant par la pleine mer du sommeil profond, délibérément, je sautais sans bruit sur le lit, je me couchais au long d’elle, je prenais sa taille d’un de mes bras, je posais mes lèvres sur sa joue et sur son cœur ; puis, sur toutes les parties de son corps, posais ma seule main restée libre et qui était soulevée aussi, comme les perles, par la respiration d’Albertine ; moi-même, j’étais déplacé légèrement par son mouvement régulier : je m’étais embarqué sur le sommeil d’Albertine. Parfois, il me faisait goûter un plaisir moins pur. Je n’avais pour cela besoin de nul mouvement, je faisais pendre ma jambe contre la sienne, comme une rame qu’on laisse traîner et à laquelle on imprime de temps à autre une oscillation légère, pareille au battement intermittent de l’aile qu’ont les oiseaux qui dorment en l’air. Je choisissais pour la regarder cette face de son visage qu’on ne voyait jamais, et qui était si belle.»

La prisonnière. Marcel Proust
GF Flammarion (1987)

Théâtre à Toulouse (2) au CIAM

Avec Orphée et Jean-Christophe en acteurs...
«Mais, si je tais ici certaines choses, je ne tairai pas ma morale qui me dit ceci : vis caché, afin de pouvoir vivre pour toi. Vis ignorant de ce qui paraît le plus important de ton époque. Mets l'épaisseur d'au moins trois siècles entre elle et toi. Que les clameurs du jour, le vacarme des guerres et le fracas des révolutions ne te parviennent pas plus que comme un murmure.»

Le gai savoirNietzsche. Gallimard Idées (1950)

mercredi 13 mars 2024

PBF 2024.08 : La fouine d'Anabel Lee

Mercredi 13 mars 2024 à 19H, la Petite Boutique Fantasque accueille une nouvelle de et par Jean-Christophe intitulée la Fouine. Il s'agit d'un souvenir d'enfance très prenant.

Cette émission de RadioRadioToulouse est diffusée en hertzien, Toulouse : 106.8 Mhz ou en streaming https://www.radioradiotoulouse.net/ et pour tout le reste du temps et du monde sur les podcasts de mixcloud.

Programmation musicale :
1) Trois poèmes d'Anabel Lee (Hubert-Félix Thiéfaine)
2) Gran sonata eroica (Mauro Giuliani) Tariq Harb
3) Polka (Laurent Dehors) tiré de OK boomers
4) Zotesses (Les hôtesses d'Hilaire)
5) White dress (Fairport convention) 
6) Turn of the century (Yes) tiré de Going for the one
7) Miles from nowhere (Cat Stevens)
8) Toune d'automne (Les cowboys fringants)

+ lecture de La Fouine par l'auteur

Pour ceux qui auraient piscine indienne, ou toute autre obligation, il y a une possibilité de rattrapage avec les podcasts de la PBF: https://www.mixcloud.com/RadioRadioToulouse/la-fouine-danabel-lee-la-petite-boutique-fantasque/

Sus aux Philistins !

dimanche 3 mars 2024

«D'abord, on s'y attendait, sans doute trop, chez ces roturiers urbains aisés et avides de pouvoir qui constituent ce que l'on appelle la bourgeoisie. Un mot qui, au Grand Siècle, ne signifiait pas autre chose que ce qui vient d'être dit : l'habitat urbain, la roture, la richesse, et l'aptitude à certains commandements (non militaires habituellement). Mais dans la bourgeoisie, il existait bien des espèces. Si on laisse de côté les boutiquiers et les les simples maîtres de métiers, il s'en trouvait au moins trois catégories dans les villes de quelques milliers d'habitants, si nombreuses et caractéristiques de l'ancienne France : les officiers, les marchands, les rentiers assez souvent apparentés et plus souvent qu'on aurait pu le croire.»

Le siècle de Louis XIVPierre Goubert. Éditions de Fallois (1996)

Quelques Éléments supplémentaires de la Société du Spectacle (68)

«La Jeune-Fille se plaît à couvrir d'un second degré faussement provocateur le premier degré économique de ses motivations.»

Premiers matériaux pour la théorie de la jeune-FilleTiqqun. Mille et une nuit. (2001)

Photogramme d'Isabela Rosselini extrait de Blue velvet

vendredi 1 mars 2024

Quels sont les objets que l’on conserve d’un parent, et pourquoi ?

«Mon père est mort en 2002. Il y a 20 ans. Je me suis posé cette question : Quels objets restent de lui, chez moi ? Je suis partie à leur recherche, j’en ai trouvé 19. Ils décrivent mon père. J’ai l’impression qu’on le perçoit à travers eux. Moi, sa fille, je le retrouve. Quels sont les objets que l’on conserve d’un parent, et pourquoi ?»

Les objets de mon père. Valérie Gondran et Véronique Dassié. Éditions d'une rive à l'autre (2024)