« Dans un roman il faut se taire ou tout dire, surtout ne rien omettre, ne rien sauter . Un raccourci, c'est simplement un changement de vitesse dans la narration. »
Critiques littéraires (Situations, I). Jean-Paul Sartre. Gallimard (1947)
Le blog-note d'Aimable Lubin : extension du domaine radiophonique des Muses galantes et de la Petite Boutique Fantasque
« […] j’ai compris de quoi il s’agissait, rien qu’à leur air, je me suis senti tout d’un coup dévoré de flammes, vacillant comme si le sol venait de s’ouvrir, perdant ma respiration comme si je m’étais trouvé enveloppé dans un tourbillon de vent, mon cœur devenant dur, comme se calcinant. »
L’emploi du temps. Michel Butor. Les éditions de minuit (1956)
« Toute conscience est conscience de quelque chose*. Il n'en faut pas plus mettre un terme à la philosophie douillette de l'immanence, où tout se fait par compromis, échanges protoplasmiques, par une tiède chimie cellulaire. La philosophie transcendante nous jette sur la grand-route, au milieu des menaces, sous une aveuglante lumière. Être, dit Heidegger, c'est être dans-le-monde. comprenez cet être-dedans au sens de mouvement. Être, c'est éclater dans le monde, c'est partir d'un néant du monde et de conscience pour soudain s'éclater-conscience-dans-le-monde. Que la conscience essaye de se reprendre, de coïncider enfin avec elle-même, tout au chaud, volets clos, elle s'anéantit. Cette nécessité pour la conscience d'exister comme conscience d'autre chose que soi, Husserl la nomme intentionnalité. »
Critiques littéraires (Situations, I). Jean-Paul Sartre. Gallimard (1947)
* Edmund Husserl
« La jeunesse ne porte pas en elle sa solution : il faut qu'elle s'effondre et se déchire ; ou bien c'est le jeune homme qui meurt, comme Rosenthal, ou bien il est condamné par son complexe familial d'infériorité à traîner, comme Pluvinage, une adolescente éternelle et misérable : il y a pour Nizan une débâcle de la jeunesse comme, pour Freud, une débâcle de l'enfance ; les pages où il nous montre le passage douloureux de Lafforgue à l'âge d'homme sont parmi les plus belles du livre. »
Critiques littéraires (Situations, I). Jean-Paul Sartre. Gallimard (1947)
« Il y a l’Élixir de Guérison Immédiate, l’Élixir de la Bonne Guérison, l’Élixir de la Luxure Désespérée, l’Élixir du désir jouisseur, l’Élixir du Sentiment du Bonheur Infini, l’Élixir des Humeurs Noires et Suicidaires, l’Élixir de la Mort Foudroyante, l’Élixir de l’Inexorable Mort Lente. »
La vallée des roses. Lucien Bodard. Bernard Grasset (1977)
« Ils avaient l’ait tellement heureux tous les deux ; elle était tellement en beauté avec son chapeau de toile blanche, cette Rose que j’ai laissée échapper, cette Rose que je n’ai pas su aimer, que je n’ai pas eu le courage d’arracher à Bleston, cette Rose dont je me suis tant protégé, que j’évitais ces derniers temps, à laquelle je ne me serais jamais cru si attaché, que je lui ai moi-même jeté dans les bras par mon silence, par mon aveuglement, parce que je m’enfermais dans cette chambre, sans me douter que cela pourrait aller si loin, sans m’apercevoir que cela devenait si sérieux, parce que je n’aurais pas cru cela possible. »
L’emploi du temps. Michel Butor. Les éditions de minuit (1956)
« Mais Yi se sent toute pénétrée du sien, [de son orifice] qu’elle examine souvent dans un miroir de ses yeux attentifs, yeux scrutant, yeux analysant. Elle l’épile chaque jour au moindre soupçon de duvet, elle l’oint pour le rendre encore plus tendre ; et pourtant, comme il est déjà doux et mignon, deux délicats pétales qui se rejoignent en un trait léger, en un trait immense, sa vallée des roses. »
La vallée des roses. Lucien Bodard. Bernard Grasset (1977)
« […] après m’être promené pendant des heures sous la pluie, tandis que les cloches de la Nouvelle Cathédrale sonnaient à toute volée comme si elles me pourchassaient, entant dans tous les édifices religieux que je rencontrais dans mon errance, sans faire attention à leur secte, entendant partout les mêmes cantiques, devinant partout, sous les visages apparemment heureux des fidèles, leurs crânes tristes et inquiets, sentant qu’il n’y avait partout que l’ombre d’une fête, le fantôme d’une fête morte, mais exclu par là de cette ombre même, de ce simulacre, […] »
L’emploi du temps. Michel Butor. Les éditions de minuit (1956)
« Mais souvent le récitant ne coïncide plus tout-à-fait avec le héros : ce qu'il dit, le héros n'aurait pas tout-à-fait pu le dire, mais on sent entre eux une complicité discrète, le récitant raconte, du dehors, comme le héros eût aimé qu'on racontât. »
Critiques littéraires (Situations, I). Jean-Paul Sartre. Gallimard (1947)
«
[…], tous les jours écoulés de l'été, tous ces jours du début de l'hiver que je m'étais efforcé d'arrimer par cette longue chaîne réticulée de phrases, dont la forge m'avait épuisé et perdu, cette longue chaîne de phrases inachevée, ballante, […]. »
L’emploi du temps. Michel Butor. Les éditions de minuit (1956)
« Les amours, les décisions sont de grosses boules qui tournent sur elles-mêmes. Tout au plus pouvons-nous saisir une sorte de convenance* entre l'état psychologique et la situation extérieure : quelque chose comme un rapport de couleurs. »
Critiques littéraires (Situations, I). Jean-Paul Sartre. Gallimard (1947)
* penser plutôt convergence (vocabulaire moderne ?)
« Au terme de ce parcours, un petit apologue, en forme de syllogisme, me semble s'imposer. A vrai dire, je dispose déjà des prémisses. Charles Baudelaire (dans ses Journaux intimes) avait posé la majeure : "Dieu est le seul être qui, pour régner, n'ait même pas besoin d'exister." Quelques années plus tard, l'humoriste Alphonse Allais, dans le Courrier français, avait avancé la mineure : "Avant de prendre congé de ses hôtes, Dieu convint, de la meilleure grâce du monde, qu'il n'existait pas." Je me risque à la conclusion : Lorsque Dieu libéra enfin ses hôtes de sa trop longue présence, chacun retint son souffle puis, voyant qu'il ne se passait rien, tout le monde se mit à rire, de bon cœur d'abord, puis à gorge déployée... jusqu'à mourir de rire. »
On achève bien les hommes : de quelques conséquences actuelles et futures de la mort de Dieu. Dany-Robert Dufour. Denoël (2005)
« […], des princesses, si j’en crois les quelques statues, les quelques peintures qui viennent de nouveau de m’être si rapidement montrées, aux grands yeux, à la taille fine, aux seins offert dans la grande ouverture de leurs corsages ajustés, aux seins semblables à des pêches sensibles, comme j’imagine ceux de Rose (maintenant n’importe quelle figure belle me ramène invinciblement vers la sienne), ceux de Rose sous son chandail bien fermé autour de son cou. »
L’emploi du temps. Michel Butor. Les éditions de minuit (1956)
« - Je suis votre chien
- Alors léchez-moi de haut jusqu'en bas.
Jung-lu à croupetons se met à la besogne luxurieuse et avilissante. De sa langue hors de sa bouche, gonflée, il lape longuement Yi dépouillée. Il répand sur elle sa salive, comme s'il la couvrait du vernis de son allégeance. La tête tassée contre sa chair, il la cire toute entière, à grands traits, commençant par les cheveux et continuant sur tout le corps. Il laque sa peau qu'il a tant écrasée, et qui cependant ne porte pas trace de lui. Léchage qui est à la fois épandage et baiser, qui embrasse tout ce qu'il connait si bien, ces traits, ces traits si fins, ces yeux noirs de lumière, ce cou élancé, les petits mamelons sur la poitrine si joliment plate, le clitoris, l'ouverture du con et l'ouverture du cul, jusqu'à ce qu'il arrive aux ongles des pieds. Lui, accroupi léchant sans arrêt, elle allongée en une quiétude satisfaite, recevant l'hommage. Fluorescence blanche qui se tourne parfois, pour présenter un côté ou l'autre, celui de la poitrine ou celui des fesses. »
« Nous reconnaissons tout de suite l'abondance triste de ces vies sans tragique ; ce sont les nôtres, ces mille aventures ébauchées, manquées, aussitôt oubliées, toujours recommencées, qui glissent sans marquer sans jamais engager, jusqu'au jour où l'une d'elles, toute pareille aux autres, tout à coup, comme par maladresse et en trichant, écœure un homme pour toujours, négligemment détraque une mécanique. »
Critiques littéraires (Situations, I). Jean-Paul Sartre. Gallimard (1947)
« Le vent, comme un zéphyr, s’approche du jardin de Yi -jardin nu de chair nue. Angoisse merveilleuse. Et de nouveau elle voudrait que les découpures de sa chair soient une orchidée -non plus pour manger les doigts, mais pour être flattée par eux. Que le vent, tout comme il joue avec les languettes, les vrilles, les crochets, les recés, les étamines de cette fleur labyrinthe, s’engouffre dans le lacis aussi tortueux de sa blessure, l’univers de sa blessure. Fleur-blessure. Le vent en remous dans son dédale… Il arrive en longs souffles, suivant les charmilles dépouillées, les sillons latéraux secrets et comme ombragés de flamboyants. Il surgit tel une armée aquiloneuse qui connait les approches… Soudain, ces creux occupés, il devient bourrasque partant à l’assaut, qui assaille la crête qui sépare ces ravinements. Et il se met à tournoyer follement autour de son sommet, une dentelle des hauteurs, un monticule tendre. Le vent est impitoyable, il frappe et refrappe, avec une violence inlassable, ce grain de rubis pâle qui est la chair suprême de Yi. Car à mesure que les vents s’acharnent, Yi est réduite à ce grain, à ce bouton, à cette corolle d’elle-même, qui, vertigineusement, envoie à tout son corps des ondes, des fluides, des éclairs. Elle n’est que soubresauts, nerfs exaspérés, inconscience délirante, gémissements égarés. Le pouvoir du vent. »
La vallée des roses. Lucien Bodard. Bernard Grasset (1977)
« Il s’agit de retrouver cette première entrevue, l’impression qu’elle m’a faite ce jour-là, c’est-à-dire de supprimer tout ce que j’ai su d’elle-même, tout ce que j’ai vu d’elle par la suite ; pendant plusieurs mois je me suis demandé si je n’en étais pas amoureux ; c’est que les premiers temps, avant qu’elle ne m’eût fait rencontrer sa sœur Rose, elle était la seule jeune fille avec qui j’eusse des conversations dans Bleston. »
L’emploi du temps. Michel Butor. Les éditions de minuit (1956)
« Pour ma part, je choisirai en “gentleman” -un rôle de composition, faut-il le dire, dans lequel, comme le disait Borges, on défend de préférence les causes perdues d'avance. »
On achève bien les hommes : de quelques conséquences actuelles et futures de la mort de Dieu. Dany-Robert Dufour. Denoël (2005)
« On en vient, du coup, à croire que l'art est régi par une fin, celle du plaisir du spectateur. Or, je rappelle simplement à cet égard que, dans toute la tradition occidentale, au moins d'après le traité de Longinus (selon les sources, auteur grec du IIIe siècle avant J.-C. ou anonyme dit le “Pseudo-Longin” de la fin du Ier siècle), le Péri hupsous (Du sublime, traduit en 1674 par Boileau) jusqu'à Benjamin, en passant par Burke et par Kant, l'art fut d'abord accordé à la recherche du “sublime” qui ne renvoie pas au plaisir de contempler le “beau”, c'est-à-dire l'harmonieux qui consonne avec ses états d'âme, mais au fait de se trouver devant un absolu. L'art avait en effet pour finalité de représenter, ou plutôt de donner à penser, à imaginer, ce qui ne pouvait être représenté : l'infini, l'illimité, l'éternel, le démesuré, une pure Idée...Bien loin de faire plaisir au destinataire, il pouvait provoquer un dérèglement des facultés ouvrant sur les plus extrêmes tensions -d’exaltation ou d'effroi. Le retour au simple plaisir du spectateur ne peut évidemment que défaire le sublime, c'est-à-dire le pathos du sublime dans l'art, qui faisait toujours événement, au sens fort du terme [...]. »
On achève bien les hommes : de quelques conséquences actuelles et futures de la mort de Dieu. Dany-Robert Dufour. Denoël (2005)
« Lire à cet égard, le jubilatoire pamphlet d'Annie Le Brun, Du trop de réalité (Paris, Stock, 2000) où l'auteur dénonce dans le tout culturel contemporain le fait de systématiquement mettre sur le même plan “productions mineures et gestes essentiels . Ce qui se solde par l'exclusion de toute “négativité” et par l'apparition d'un “totalitarisme de l’inconsistance où tout n'est pas seulement l'équivalent de tout mais où rien n'existe s'il n'est l'équivalent de tout et réciproquement ”, cf p. 134. »
On achève bien les hommes : de quelques conséquences actuelles et futures de la mort de Dieu. Dany-Robert Dufour. Denoël (2005)
« En 1995*, 500 décideurs politiques et économiques de très haut niveau se réunirent pour trouver des solutions à la question de la gouvernabilité des 80% d'humanité surnuméraire par rapport aux besoins de l'économie néolibérale : la solution retenue fut celle de Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller du président Carter et fondateur de la [commission] Trilatérale : le tittytainement consiste à fournir un “cocktail de divertissement abrutissant et d'alimentation suffisante permettant de maintenir de bonne humeur la population frustrée de la planète”. Voir Hans-Peter Martin et Harald Schumann, Le piège de la mondialisation, Arles, Solin - Actes sud (1997), p13. »
On achève bien les hommes : de quelques conséquences actuelles et futures de la mort de Dieu. Dany-Robert Dufour. Denoël (2005)
* du 27 septembre au 1er octobre 1995, à l'hôtel Fairmont de San Francisco s'est tenu le premier State Of The World Forum
Émissions spéciales de la Petite Boutique Fantasque
(été 2026)
« Globalement, quant à l'habit, on pourrait dire que les femmes s'habillent pour voiler (et donc à l'occasion dévoiler) leur corps nu. L'habit féminin est donc un voile qui constitue le corps féminin comme tel. Autrement dit sans voile, il n'y a pas vraiment de corps féminin. Il y a peut-être de la chair -mais rien de plus. De la même façon, on pourrait dire que les hommes s'habillent pour montrer ce qu'ils n'ont pas. Une puissance. Un pouvoir. L'habit masculin est un apparat, il est fait pour la parade. On s'enrubanne, on s'enturbanne, on s'emplume, on s'emperruque, non pour voiler un corps nu, mais pour le rehausser, pour l'ennoblir, pour le déguiser, pour lui faire jouer une fonction, jusques et y compris au sens politique du terme. »
On achève bien les hommes : de quelques conséquences actuelles et futures de la mort de Dieu. Dany-Robert Dufour. Denoël (2005)
« La dernière tentative en ce sens remonte à Kant. Il s'était retrouvé face à trois preuves que je rappelle brièvement :
- La preuve cosmologique, selon laquelle le monde comme objet en mouvement suppose des moteurs, eux-mêmes mus par d'autres moteurs, de sorte que d'objets mus en moteurs et de moteurs en objets mus, tout repose sur la nécessité d'un premier moteur, immobile, comme suprême cause (Aristote, Avicenne, Maimonide, Thomas d'Aquin...)*.
- La preuve ontologique, selon laquelle l'existence de Dieu se déduit de son idée : la définition est parfaite, donc il existe -s'il n'existait pas, sa définition serait imparfaite (Anselme de Cantorbéry, Descartes, Leibniz...).
- Enfin, la preuve physico-théologique, selon laquelle l'ordre, la beauté et la complétude du monde ne peuvent être le fruit du hasard et suffisent à prouver l'existence de Dieu (Platon, Aristote, les néoplatoniciens, Augustin, Anselme de Cantorbéry, Thomas d'Aquin, Descartes, Bossuet,Voltaire...).
[...]
Après avoir récusé ces preuves classiques de l'existence de Dieu, Kant indique que la réalité du mal n'est pas une raison pour douter de Dieu , bien au contraire : c'est une preuve supplémentaire. Dieu a en effet permis le mal pour que l'homme puisse choisir librement le bien. L'obligation morale qui nous habite constitue donc en dernier lieu la preuve d'une intervention qui représente en nous la voix de Dieu. »
On achève bien les hommes : de quelques conséquences actuelles et futures de la mort de Dieu. Dany-Robert Dufour. Denoël (2005)
* L'artisanat du Grand Horloger
« La question qui reste à résoudre pour l'homme est donc la suivante : si les loups, qui vivaient en meute, se sont prêtés au jeu de dupe de la substitution du mâle dominant et sont devenus par ce tour de passe-passe de vulgaires chiens, sous quel substitut de mâle dominant sont eux-mêmes tombés les néotènes humains. De qui sont-ils devenus la dupe en se néoténisant ?
La question est légitime : le moindre souci d'éthologie comparée oblige en effet à se demander pourquoi homo sapiens sapiens, avec son passé grégaire, aurait pu se passer de la dominance tandis que canis lupus y succombait inévitablement. »
On achève bien les hommes : de quelques conséquences actuelles et futures de la mort de Dieu. Dany-Robert Dufour. Denoël (2005)
« La Physis (ou Phusis) réfère à ces nombreuses forces de la nature nommées par des noms propres dans le polythéisme grec. Les travaux de Jean-Pierre Vernant ont permis de comprendre que ce qui préside au destin de chaque petit sujet, ce n'est pas une force unique, mais un ensemble de forces contradictoires infiniment diverses, dont chacune peut éventuellement suivre sa logique propre. Mais cette multiplicité, parce qu'elle constitue un ensemble distinct du monde des hommes, avec des généalogies, ses théogonies et ses cosmogonies, mérite bien le nom de religion. Les dieux grecs résident en effet dans un au-delà marqué par une coupure irréparable : les hommes sont mortels et les dieux, immortels. »
On achève bien les hommes : de quelques conséquences actuelles et futures de la mort de Dieu. Dany-Robert Dufour. Denoël (2005)
« Il s'agit bien d'une religion [la religion grecque] et même d'une religion impitoyable, comme en témoigne parfaitement la notion de "tragique" chez les anciens Grecs. Le tragique (du grec tragôidia, composé de tragos "bouc" et ôidê "chant", littéralement "chant du bouc", l'animal émissaire conduit à l'immolation aux dieux) découle précisément de cette conception religieuse d'un monde déchiré par des forces occultes en conflit, intervenant sans cesse dans le monde humain : "Le destin, comme le dit Vernant, à propos de l'homme grec, est ambigu et opaque." Aucun plan ne recoupe l'autre de sorte que le petit sujet est toujours déchiré et dépassé par des forces contradictoires dont il doit sans cesse interpréter les visées sans vraiment le pouvoir, au point de ne plus pouvoir ni agir, ni pas agir. De toute façon, en aucun cas, il ne peut échapper au destin illisible qui l'attend. »
On achève bien les hommes : de quelques conséquences actuelles et futures de la mort de Dieu. Dany-Robert Dufour. Denoël (2005)
Principe simple, résultat étonnant : demander à ceux qui sont proches de l’émission de me proposer un ou deux morceaux de rock ou pop et les assembler intelligemment en un programme surprenant. La tonalité de cette émission est un peu plus rock que la précédente !
Programmation musicale :
1- Advice for young mothers to be (The veils)
2- Man made of meat (Viagra boys)
3- Modern ruin (Franck Carter and the rattle snakes)
4- Révolution calling (Queensrÿche) 5) Slingshot (Ripé)
6- Ostkreuz (Twin noir)
7- Undivided (Adelitas)
8- Versus (Machinae supremacy)
9- Song for a nun (Elysian fields)
10- Neither yield nor reap (Briseglace)
11- Jacques revient de la pêche (Chocolat Billy)
12- Way down we go (Kaleo)
Pour ceux qui auraient piscine indienne, ou toute autre obligation, il y a une possibilité de rattrapage avec les podcasts de la PBF : https://www.mixcloud.com/RadioRadioToulouse/le-retour-de-jacques-dans-les-ruines-la-petite-boutique-fantasque/
Sus aux Philistins !
« Il y en avait beaucoup plus que je ne l'aurais pensé. La petite mer qui investissait mes globes oculaires était agitée, comme en quête de nouveaux territoires à conquérir. Je remarquai plus de spermatozoïdes anormaux que de normaux. Les anormaux étaient plus complexes et plus élégants, agrémentés d'une bonne dizaine de flagelles.
- Ce n'est pas drôle, lui objectais-je. Les spermatozoïdes normaux n'ont qu'une ficelle et leur forme est trop discrète, on ne les remarque pas.
- Je te l'ai déjà dit, non ? Les choses correctes n'ont rien en trop. Plus on a de superflu, plus on s'affaiblit rapidement. »
Le musée du silence. Yôko Ogawa. Actes sud (2005)
Principe simple, résultat étonnant : demander à ceux qui sont proches de l’émission de me proposer un ou deux morceaux de rock ou pop et les assembler intelligemment en un programme surprenant. Faut dire que les propositions viennent de toute la France ainsi que des Pays-bas, de la Suède et et du Québec.
Programmation musicale :
1- Dadada (Trio)
2- It’s so hard (Electrophönvintage)
3- Le jour se lève (Aure)
4- Pas cette nuit (Romain Bouteille) extrait du Graphique de Boscop
5- Quand retombe la nuit (Fernand Bernadi)
6- I like the way you kiss me (Artemas)
7- Rain (Projet Pickford)
8- Robot policier (MR.82)
9- Death of a supernaturalist (Divine comedy)
10- Neighborhood 2 : Laïka (Arcade fire)
11- Let it burn (Goat)
12- Without you my life is boring (The knife)
Pour ceux qui auraient piscine indienne, ou toute autre obligation, il y a une possibilité de rattrapage avec les podcasts de la PBF :
https://www.mixcloud.com/RadioRadioToulouse/la-nuit-du-supernaturaliste-la-petite-boutique-fantasque/
Sus aux Philistins !
« Le texte de Pic [de la Mirandole], exemplaire de la Renaissance , fait le départ entre deux états : tant que les hommes n'ont aucune prescience de leur état d'inachèvement, ils restent étroitement soumis à Dieu, mais dès qu'ils accèdent à une forme de conscience de cet état, ils tendent à gagner en libre arbitre. »
On achève bien les hommes : de quelques conséquences actuelles et futures de la mort de Dieu. Dany-Robert Dufour. Denoël (2005)
« Les deux temps forts de la dynamique néoténique sont repérés. Premier temps (épiméthéen) : l'homme est inachevé. Deuxième temps (prométhéen) : l'homme s'accomplit. C'est le politique qui donne une mesure, permettant de vivre dans l'harmonie, à cet homme en proie à l'hubris -autrement dit à l'absence de mesure. »
On achève bien les hommes : de quelques conséquences actuelles et futures de la mort de Dieu. Dany-Robert Dufour. Denoël (2005)
« Dieu est peut-être mort, mais (qu'on me pardonne) il bande encore...
Le signe de cette étonnante vitalité me semble tout simplement donné par l'attachement inconditionnel que quantité d'humain du IIIe millénaire semblent encore Lui manifester. Plus rien en effet ne permet à bon nombre d'humains vaccinés, informés et scolarisés de croire et pourtant, dans leurs fors intérieurs, nonobstant les définitifs arguments de la raison, ils n'en persistent pas moins dans leurs croyances. »
On achève bien les hommes : de quelques conséquences actuelles et futures de la mort de Dieu. Dany-Robert Dufour. Denoël (2005)
« Qu'on sache pour l'instant que cette théorie [de la néoténie], due à un anatomiste hollandais du nom de Louis Bolk, actuellement soutenue par une grande partie de la recherche paléoanthropologique*, conçoit l'homme comme un être à la naissance prématurée, à la fois incapable d'atteindre son développement germinal complet et cependant capable de se reproduire et de transmettre ses caractères de juvénilité, normalement transitoires chez les autres animaux. Cet animal, non fini, à la différence des autres animaux, doit donc se parachever ailleurs que dans la première nature, dans sa seconde nature, généralement appelée culture. »
On achève bien les hommes : de quelques conséquences actuelles et futures de la mort de Dieu. Dany-Robert Dufour. Denoël (2005)
* notamment Stephen Jay Gould
« Puis notre relation intime. Des gros plans de baisers, des selfies avec sa tête sur mon épaule, l'image des clés de notre appartement. Des morceaux de moi : une bouche qui rit, une épaule nue couverte de gouttes d'eau. Rémi aime photographier des patchworks de mon corps. Quand j'arrive à me voir au travers de ses yeux, je suis une autre personne. Belle, désirable, cohérente, unique. Pas le faon aux pattes frêles que j'imagine. »
Nous retrouvons avec plaisir Michel Batlle, le multi-artiste Michel Batlle pour un nouvel extrait d’Hyperparadis. Aujourd’hui : J’étais un enfant triste. On y retrouvera l’importance du rock’n roll, le sport, le lycée Berthelot, l’école des beaux-arts de Toulouse...
Programmation musicale
1- Fuente y caudal (Paco de Lucia)2
2- Cambios (Cuarteto Cedron)
3- Mechanical man (Frédéric Maintenant / Michel Batlle)
4- Étrangère au paradis (Gloria Lasso)
5- Rock’n roll station (Jac Berrocal / Vince Taylor)
6- Keep a knockin’ (Little Richard)
6- Do you want a dance ? Jac Berrocal
7- Serenata espanola (Joaquim Malats) Sébastien Llinares
8- A galopar (Paco Ibanez)
9- Trad Arbo (DatziraGrain)
+ lecture de J'étais un enfant triste, extrait de Hyperparadis de Michel Batlle, lu par l'auteur
Pour ceux qui auraient piscine indienne, ou toute autre obligation, il y a une possibilité de rattrapage avec les podcasts de la PBF : https://www.mixcloud.com/RadioRadioToulouse/j%C3%A9tais-un-enfant-triste-la-petite-boutique-fantasque/
Sus aux Philistins !
« Voyez-vous, je vous dis plus encore... beaucoup de prêtres vous auront dit que penser au contact physique avec votre mari, ici dans l'église, est aussi un péché. Ce n'est pas vrai du tout. Parce que si vous pensez à cet acte avec votre mari, même ici à l'église, et en vue de l'acte conjugal qui est permis dans le mariage, ce n'est pas une mauvaise pensée. Pour l'amour de Dieu ! Donc vous, quand vous... êtes au lit avec votre mari, vous ne devez pas vous contraindre à l'accepter passivement, alors que vous le désirez. Pourquoi, qui a dit que la femme ne désire pas l'acte conjugal au même titre que l'homme ? Elle le souhaite parfois beaucoup plus que l'homme, car la femme est beaucoup plus intense dans ses sensations, donc non seulement elle ne doit pas rester passive et consentir simplement à ce que le mari attend,mais au contraire, elle doit manifester son désir par des gestes, des caresses. »
Le sexe au confessionnal. Norberto Valentini et Clara Di Meglio. Flammarion (1973)« Revenons-en donc au pervers, celui de Mandeville, qui ne veut pas spécialement mettre un fétiche en forme de zizi ou de tout ce qu'on voudra sur le sexe des femmes, mais qui veut aussi et surtout posséder des affaires de plus en plus grosses, récolter tous les bénéfices, dominer et instrumentaliser les autres, gouverner avec facilité ou,pour mieux dire, bien manipuler.
Car ce pervers mandevillien, il ne gâche son talent, en s'épuisant dans de vains petits jeux sexuels puisqu'il est capable de voir beaucoup plus loin que le bout de son pénis.Pourquoi en effet s'en tiendrait-il à ses génitoires quand il peut jouir sans limite de toutes la terre et baiser le monde entier ? »
«
Dès que cette instance qui distribue les récompenses est créée deux classes (au sens non pas social, mais logique du terme) en découlent -autrement dit : deux ensembles. Le petit nombre de ceux qui ne sont pas dupes, et refusent ces récompenses phantasmatiques qui ne sont rien d'autre que du vent, et le grand nombre de ceux qui les acceptent.
D'un côté donc, quelques irréductibles cédant sans cesse à leurs "esprits animaux" (on les appelait au XVIIIe siècle des "scélérats"). De l'autre, une multitude (the others qu'on désignait au XVIIIe siècle sous le nom "d'honnêtes gens") groupant ceux qui présentent la caractéristique d'obéir à la loi contre cette récompense imaginaire (se croire vertueux), quitte à se punir dès qu'ils la transgressent -que ce soit en réalité ou seulement en esprit.
[...]
Or -c'est là où Mandeville va un cran plus loin que Freud -il postule qu'il existe, en plus, une troisième classe. Elle se situe par-delà la division en deux classes séparant ceux qui n'obéissent qu'à leurs désirs animaux de ceux qui obéissent, ou tentent d'obéir à la loi. Ce troisième groupe, faible en nombre, est constitué des pires d'entre les hommes (the very worst of them). On les appellerait aujourd'hui des pervers. Ils ne disent ni "non" à la loi (comme les scélérats de la basse classe), ni "oui" (comme ceux de la classe haute), mais "oui" et "non" - au sens où leur "non" peut vouloir dire "oui" et leur "oui" parfois "non". Ils simulent l'abnégation en parlant comme ceux qui obéissent à la loi et dissimulent leurs désirs insatiables tout en cherchant à les assouvir comme ceux qui désobéissent. Une stratégie qui contribue à leur invisibilisation. »
«
Mandeville envisage donc une libération pulsionnelle, sinon généralisée du moins accessible à certains appelés à former cette fameuse "troisième classe" sur laquelle je dois d'autant mieux revenir qu'on en connaît aujourd'hui le discours. Lequel fut révélé,non par Freud, mais par Lacan qui l'a épinglé sous le nom de "discours du capitaliste" : il est caractérisé par le "rejet de la castration en dehors de tous les champs du symbolique". L'incitation à donner libre cours à ses vices privés, énoncée par Mandeville au début du XVIIIe siècle, implique le rejet de toute limite et vise à l'évidence l'entrée dans le monde radieux de la jouissance. Il a fallu attendre Sade et la fin du siècle pour comprendre que la férocité et le destruction caractérisaient ce nouveau monde. »
N’en déplaisent aux anti-platistes, la place Pinel est –presque- plate et dans tous les sens du terme. C’est ce que démontre avec brio Marius Pinel lors de cette chronique de l’univers place Pinel n°54. Je vous propose de méditer sur cette phrase : « A tout corps qui s’éveille poète »...
Programmation musicale :
1) My man is married but not to me (Camille)
2) Petit matin (Sylvain Lelièvre)
3) Sur mon épaule (Les Cowboys fringants)
4) For sent your yesterday (Count Basie)
5) Feu de vigne (Lise Andréa)
6) Décevoir (Lynda Lemay)
7) Nuit (Fernand Bernadi)
8) Il n’y a rien que je ne suis pas (Arielle Soucy)
9) La voleuse (Anna Prucnal)
10) Sensation (Robert Charlebois)
11) Victoria (Jacque Higelin)
Pour ceux qui auraient piscine indienne, ou toute autre obligation, il y a une possibilité de rattrapage avec les podcasts de la PBF : https://www.mixcloud.com/RadioRadioToulouse/la-platitude-de-la-place-pinel-la-petite-boutique-fantasque/
Sus aux Philistins !