mardi 19 mai 2026

PBF 2026.14 : Lettres de la Grenouillère (première diffusion sur Radio radio Toulouse mercredi 20 mai 2026)

 


Lectures de Lettres de la Grenouillère de Jean-Joseph Vadé
 
Pascale Rémi est Nanette Dubut, blanchisseuse de linge fin et Éric Abrial est Jérôme Dubois, pécheux au Gros-Caillou, actuellement dans le 7ème arrondissement de Paris. Il s'agit d'une correspondance sur les commencements d'un amour, constituée de 25 lettres en langage poissard, qu'on pourrait considérer comme l'argot du 18ème siècle. Langage des Halles, des harangères et des poissonnières avec une invention et une utilisation du vocabulaire et des expressions étonnantes.
Les deux chansons de Jérôme Dubois sont chantée par Fernand Bernadi accompagné par Luigi Giugliano à la guitare. Le mixage de ses chansons a été réalisé par Vincent alouette production.

Pour ceux qui auraient piscine indienne, ou toute autre obligation, il y a une possibilité de rattrapage avec les podcasts de la PBF : https://www.mixcloud.com/RadioRadioToulouse/lettres-de-la-grenouill%C3%A8re-de-jean-joseph-vad%C3%A9-la-petite-boutique-fantasque/

Sus aux Philistins !

Extrait des Buveurs de vin dit autrefois Le Poète Piron à table avec ses amis Vadé et Collé de Jacques Autreau (Musée du Louvre). Vadé pourrait être celui le plus à droite, avec le tricorne.

dimanche 17 mai 2026

« Je rencontrais Béatrice un peu moins souvent ; mais loin de me faire souffrir, ce relâchement était lui-même le signe de ma guérison. De sorte qu'au début et à la fin de cette passion, l'époque des rencontres espacées ne fut jamais une période douloureuse : à l'aller, tout attentif que j'étais de parvenir à son but -qui était de la posséder et ensuite, de multiplier nos rencontres et les occasions de la voir- je prenais chacune de ses échappées hors de la librairie ou de son domicile, pour des concessions merveilleuses de la Providence. Au retour, quoique je l'eusse ainsi voulu afin de moins souffrir, de mieux me protéger, puis de me guérir tout-à-fait, le  souvenir des débuts de mon amour et l'allusion constante à cette période ascendante, rendaient l'espacement de nos rencontres un peu mélancolique, mais ils ne me donnaient pas la douleur que le moindre contretemps me causait trois ans plus tôt. Et je me persuadais que ma guérison était l’œuvre de ma volonté, alors que je ne faisais que subir une des lois les plus exactes dans l'histoire d'une passion et de son développement, qui est que la douleur, par suite d'un réflexe quasi biologique de survie et de conservation, est la cause du refroidissement des sentiments, et non comme on le croit généralement de leur exaspération. »

Les portes de Gubbio. Danièle Sallenave. Hachette (1980)

samedi 16 mai 2026

Visionnage toulousain en salle (87) avec Caroline et Louloute à l'ABC

 

 

 
C'est quoi l'amour ? Fabien Gorgeard (2026)
 
« Finalement, on s’est mariés comme ça, on s’est séparés comme ça, notre histoire n’était peut-être pas grand-chose, ça ne veut rien dire pour notre fille. »

[....] Le choix de Laure Calamy pour incarner Marguerite était-il une évidence ?
Fabien Gorgeart : Au démarrage de l’écriture, j’ai écrit pour Lyes et Mélanie : j’ai très vite pensé à eux, leurs personnages me sont apparus évidents : il fallait qu’ils soient dans cette histoire. Ensuite, pour le couple Laure et Vincent, c’est quand je me suis dit : à quel vieux couple je crois dans le paysage des comédiens que je connaissais que j’ai pensé à eux très vite. Parce que Laure et Vincent c’est une sorte de vieux couple : ils ont fait Conservatoire ensemble ; Laure a joué dans les premières pièces de Vincent et surtout, je les ai découverts dans un très beau moyen métrage qui s’appelle Un monde sans femme de Guillaume Brac, qui raconte une histoire d’amour qui n’arrive pas à se faire. Ils sont devenus ce qu’ils sont devenus depuis et j’avais vraiment envie de ne pas avoir que l’un ou l’autre : c’était vraiment les deux. Donc j’ai eu la chance que les deux acceptent.»
 
Vincent Raymond 2026
Stimento culture & art de vivre, autrement

Colette dans les fleurs

 
Rémi et Colette. Méthode de lecture traditionnelle. Joseph Juredieu, Eugénie Mourlevat, Andrée Roy. Magnard (1973)

L'aventure nous attend au coin de la rue

 

Anodin et Inodore contre personne. Nikita Mandrika (1978)

vendredi 15 mai 2026

« Plus tard. Il me revint ceci que Clara aimait à dire : “Je suis hors du temps. Laissez moi où je suis.” Et elle citait alors Walt Whitman : “Le temps est venu pour moi de m'asseoir devant la porte et de contempler la vie.” »

Les portes de Gubbio. Danièle Sallenave. Hachette (1980)

jeudi 14 mai 2026

Visionnage domestique toulousain (313)

 

La chinoise. Jean-Luc Godard (1967)
 
"Il faut confronter les idées vagues avec des images claires"


« Le souvenir que je n'ai pas saisi au moment où il affleurait dans ma mémoire, n'est plus tout à fait le même lorsque j'entreprends de le rapporter quelques heures plus tard : c'est comme une eau qu'on entend couler derrière une paroi rocheuse sans pouvoir l'atteindre, et qu'on ne reconnaît plus dans un bassin profond et plus large.
J'ai cru longtemps que je me déplaçais tout au long du fil droit de ma vie et que les objets de mon souvenir restaient immobiles, comme des silhouettes diminuant sur le quai d'une gare. Mais non, ils vivent eux aussi, et se déplacent selon des lois que je ne sais pas : et nos rencontres improbables, sont celles de deux univers en mouvement. »

Les portes de Gubbio. Danièle Sallenave. Hachette (1980)

Recyclage d'illustrations d'Énantiomère R (18)

 
Émergence d'une nouvelle génération virtuose en la matière


« Si Masculin féminin est juste, c'est qu'il  parvient à saisir les signes éphémères du contemporain à travers le prisme de l'enquête . L'enquête est présente à l'image, mais elle est également source d'information, objet de critiques, et méthode de travail, puisque le cinéaste a réuni l'essentiel de sa matière et de ses dialogues en interviewant lui-même les cinq acteurs principaux de son film. "J'ai parlé avec eux, avec elles, et c'est le texte des interviews qui sert souvent de dialogues. Il est plus facile de parler avec les jeunes qu'avec les adultes, qui ont trop de problèmes personnels à résoudre. Ce qui m'a frappé, c'est leur manque de précision sur les sujets graves, le refuge permanents dans les généralités. Les filles d'aujourd'hui, elles ne sont pas méchantes, elles ne sont pas profondes, elles sont disponibles. Elles parlent toujours en généralités. Sauf si on leur demande quelle marque de bas elles portent, ou quel genre de soutien-gorge. on film pourrait s'appeler A la recherche des enfants des années 60." »

Godard : biographie. Antoine de Baecque. Bernard Grasset (2010)


« A propos de la petite fille, de l'enfant-femme de HSQ, je me suis souvent demandé, si de telles tendances n'étaient tout de même pas perverses. J'ai eu la réponse aujourd'hui en observant les enfants qui me dérangeaient sans cesse dans mon travail.
La petite fille, entre 11 et 15 ans, a de jolies jambes, longues, agiles, sans ce côté trapu que leur impose plus tard le volumineux fardeau du ventre et des fesses. La chevelure a l'éclat de la jeunesse. Le visage est pur et souvent d'une belle harmonie, pas encore gâtée par l'expression de la mesquinerie, de l'égoïsme vil et de l'atrophie intellectuelle. Les yeux sont ardents et rêveurs, c'est-à-dire qu'ils expriment l'idéalisme d'une jeunesse dont le vide ne s'est pas encore manifesté. Voir ma remarque sur l'art et l'état d'enfance. La cuisse, bien qu'elle commence à prendre la rondeur féminine, est admirable.
La robe, en suggérant des formes adultes, dissimule les faiblesses du corps qui sont, à cet âge, une poitrine et un ventre enfantins.
Ces enfants sont donc effectivement dignes d'amour, et il n'y a aucune perversité dans le sentiment qu'ils éveillent.
Il n'y aurait perversité que si l'on voulait abuser réaliter de ce rêve formel. Il faudrait alors faire abstraction de l'esprit enfantin, de l'innocence -ou de la vulnérabilité- enfantine, ainsi que de l'absence de tout écho sexuel : ce serait coucher avec une poupée, ou imiter le crapaud en chaleur qui se cramponne à un morceau de bois. »

Journaux. Robert Musil. Seuil (1981)

Recyclage d'illustrations d'Énantiomère R (17)

 

 
Une jeune pousse décarbonnée

« (Un peu plus tard, le même soir.)
"La lumière n'est plus avec vous que pour un peu de temps ; marchez tant que vous avez de la lumière, de peur que les ténèbres ne vous surprennent : car celui qui marche dans les ténèbres ne sait où il va." (Jean, 12,35.) [...] 

Cette Bible appartenait à ma mère (les pages en sont marquées de fleurs des champs) qui n'était pourtant pas le moins du monde croyante. Elle lisait la Bible c'est tout. Cette plante, à la fleur violette, c'est la soldanelle, je crois. »

Les portes de Gubbio. Danièle Sallenave. Hachette (1980)

« Écoutons cependant Philippe Michel* : "Les idées naissent d'une minuscule collision, d'un frottement entre les fragments de concepts qui n'avaient pas l'habitude de se fréquenter et c'est ainsi que des concepts auparavant froids se mettent à dégager de la chaleur et que les objets obscurs jusque là commencent à émettre de la lumière." Cette approche de la naissance des idées publicitaires est proche de l'art du collage godardien, tel que, défini par Aragon comme une "attraction des contraires", et ressemble étrangement à la "théorie des étincelles" que le cinéaste va mettre en œuvre dans ses Histoire(s) du cinéma. Michel est un monteur d'idées qui fait de la publicité quand Godard est un monteur de formes qui fait du cinéma. »

Godard : biographie. Antoine de Baecque. Bernard Grasset (2010)

* Philippe Michel, premier mari d'Anne-Marie Mieville 

mercredi 13 mai 2026

Visionnage domestique toulousain (312)

Tout va bien. Jean-Pierre Gorin / Jean-Luc Godard (1972)

« et je me doutais
que l'âme avait trébuché
sur le corps
et qu'elle était repartie
en oubliant de lui tendre la main

sein und zeit* »

JLG/JLG : phrases. Jean-Luc Godard. P. O. L. (1996)


* Être et temps. (Martin Heidegger)

PBF 2026.13 : Présentation des Lettres e la Grenouillère (première diffusion sur Radio radio Toulouse mercredi 13 mai 2026)

 


Présentation des lettres de la Grenouillère de Jean-Joseph Vadé
 
Introduction de l'échange épistolaire entre Nanette Dubut, blanchisseuse de linge fin et Jérôme Duboit, pécheux au Gros-Caillou, actuellement dans le 7ème arrondissement de Paris. Ne pas confondre avec l'île de Croissy dans les Yvelines, sujet de tableaux de Monet, Renoir...  Ces lettres de la Grenouillère raconte le commencement d'un amour avec ses aléas, écrit en langage poissard mais présente beaucoup de délicatesse de sentiments et une modernité étonnante. L'émission est divisée en deux parties : lecture de la préface de Julien Lemer pour l'édition des oeuvres de Vadé parue chez Garnier en 1875 et la présentation flamboyante d'Yves Le Pestipon. Y seront abordés les thèmes suivants : La Grenouillère, le langage poissard, la biographie de Vadé, ses oeuvres et d'autres considérations élevées.

Programmation musicale :
1) Les cris de Paris (Clément Janequin) Ensemble Clément Janequin
2) Les troqueurs (Antoine Dauvergne) Ensemble Amaryllis / Héloïse Gaillard
 
+ lecture d'extraits de la préface (Julien Lemer) de l'édition d'Oeuvres de Vadé (Garnier 1875) et présentation par Yves Le Pestipon

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Sus aux Philistins !

extrait d'une gravure de Jean-Joseph Vadé

dimanche 10 mai 2026

Visionnage domestique toulousain (311)

 

 
La plaisanterie. Jaromil Jireš (1968)

Recyclage d'illustrations d'Énantiomère R (16)

 

 
Il était temps de sortir la sienne !

« Qu'on se figure, écrivait Caloger, ou Calogero, le désespoir et la terreur qui s'emparaient de l'homme que n'animait pas encore un fervent espoir en la personne du Christ ("Regardez si ce n'est pas un ajout du traducteur", dit F.), lorsque la nuit entièrement tombée, incertain s'il reverrait encore le soleil, il s'accroupissait devant le feu qui projetait sur les parois irrégulières de la grotte des ombres fantastiques et mouvantes du groupe de femmes et des enfants apeurés. Ses animaux familiers lui semblent autant de démons, les vieillards geignent, les enfants pleurent ; du dehors parviennent le bruit effrayant du vent dans les branches qui craquent, le mugissement des eaux en tempête et les roulements du tonnerre. Afin d'en conjurer la terreur et peut-être le maléfice car ces épouvantables rumeurs ne pouvaient être attribuées qu'à des génies malfaisants, on se saisissait d’instruments primitifs, d'ustensiles de cuisine, de calebasses, et pour chasser les monstres du dehors et les fantômes que l'imagination faisait naître dans des cœurs encore simples, on y frappait en mesure, avec des outils ou des os, accompagnant ce tapage de murmures à bouche fermée de la sorte de ceux que font les petits enfants lorsqu'ils ont peur du loup. Dehors la tempête s'apaisait, les roulements de l'orage s'affaiblissaient car tout dans la Nature a son terme. Leurs esprits bercés par le bruit, leur effroi apaisé, ils s'endormaient, convaincus d'avoir par leurs artifices repoussé des ennemis invisibles, ayant seulement subi l'enchantement des rythmes musicaux et le prodigieux effet qu'ils ont sur notre âme pour y dissiper ses terreurs, et couvrir les voix redoutables du Dehors, des Ténèbres et du Mal. »

Les portes de Gubbio. Danièle Sallenave. Hachette (1980)

samedi 9 mai 2026

Visionnage domestique toulousain (310)

 

 
Au poste. Quentin Dupieux (2018)

« Le petit livre* est noir, haut et étroit, très jauni ; des vers ont été soulignés de place en place et les marges portent parfois de petits dessins, ce qui atteste un usage scolaire. F. l'a ouvert d'un geste sûr, en disant d'un ton de récitation : “Frui paratis, et valido mihi, Latoe, dones, at, precor, integra cum mente”, oui c'est cela : “et de ne pas connaître une vieillesse indigne et privée de cithare”, ah voici : “nec turpem sebectam degere nec citharam carentem” “Accorde-moi, Appolon, de garder un esprit intact....” »

Les portes de Gubbio. Danièle Sallenave. Hachette (1980)

* Les odes d'Horace

vendredi 8 mai 2026

«Je crois en effet qu'il est impossible de penser à ce que pourrait être une nouvelle génération. Tant qu'il y a eu une sorte d'histoire de l'art, même critique et contradictoire, avec des avant-gardes, il était possible de prévoir et d'anticiper, d'inventer, de créer des micro-événements "révolutionnaires", mais maintenant, je ne pense plus que ce soit possible. Il peut y avoir encore, un peu comme dans d'autres mondes, des singularités sur fond "d'encéphalogramme esthétique" virtuellement plat. »

Le complot de l'art : illusion et désillusion esthétiques. Jean Baudrillard. Sens & Tonka (2005)

Recyclage d'illustrations d'Énantiomère R (15)

 

 
Strictement touristique, naturelle, méconnue, à préserver !

« Un point de vue d'intérêt général : comment la relation soumise à l'influence de la sexualité évolue-t-elle de la jeunesse à l'âge mûr ?
Le corps de la femme, expressif, très beau (reflet dans quelques poèmes). Ce qu'il subit. En compensation, la solidarité. La tendresse de la période suivante. L'importance d'une peau délicate, entre autres choses. Cf. les succès de Ninon de Lenclos âgée. Ce que la beauté entraîne dans sa perte ; ce qui, même physiquement, est plus durable que la beauté, voire plus important.
Jeune, on est plus exigeant et plus critique ; et plus exposé à la déception. »

Journaux. Robert Musil. Seuil (1981)

« A New York où beaucoup de galeries ont disparu, celles qui restent s'occupent en gros de gérer des résidus : le déchet est non seulement un thème fréquent, mais les matières mêmes de l'art sont de la déjection, et les styles sont résiduels. On peut tout faire, ce qui renvoie aussi à une réalité virtuelle où l'on peut entrer dans l'image (alors que l'image était jusqu'alors extérieure). Avec la vidéo, on intériorise l'image, on y pénètre, et là, à un niveau presque moléculaire, on peut zapper partout et effectivement tout faire, ce qui est pour moi la fin de l'art et ressemble plutôt à une activité technologique, dans laquelle il semble pourtant que beaucoup d'artistes s'orientent aujourd'hui. »

Le complot de l'art : illusion et désillusion esthétiques. Jean Baudrillard. Sens & Tonka (2005)

Recyclage d'illustrations d'Énantiomère R (14)

 

 
Il œuvrait pour la sauvegarde de la faune sauvage

« Une formule : l'artiste génial est dans la nécessité et a le droit d'exploiter le Béotien ; il exerce fort brutalement un droit supérieur. »

Journaux. Robert Musil. Seuil (1981)

mercredi 6 mai 2026

« Le simulacre était encore un jeu avec la réalité. Là, il s'agit carrément de prendre le monde tel qu'il est et de la "disneyifier", c'est-à-dire de le mettre virtuellement sous scellés. Et comme Disney lui-même, qui s'est mis "sous scellés cryogénisés" dans l'azote liquide, nous risquons la cryogénisation dans une réalité virtuelle. »

Le complot de l'art : illusion et désillusion esthétiques. Jean Baudrillard. Sens & Tonka (2005)

 

Recyclage d'illustrations d'Énantiomère R (13)

 

 
Le fruit d'une élaboration psychique inconsciente est souvent avarié

PBF 2026.12 : Digérer la Guerre d'Espagne (première diffusion sur Radio radio Toulouse mercredi 6 mai 2026)


Chronique hyperparadisiaque 2 : Digérer la guerre d’Espagne


Michel Batlle nous livre sa deuxième chronique d’Hyperparadis qui prolonge la première en revenant sur la guerre d’Espagne à l’occasion de son baptême et de ses vacances dans sa famille paternelle à Olot. Une très belle analogie y est développée.

Programmation musicale :
Guajiras de Lucia (Paco de Lucia)
A las barricadas : tribute to CNT (Frente popular)
El paso del Ebra (Henry Lowther, Tracy Holloway, Abigail Newman, Lorraine Temple, Sarah Williams et Paul Clarvis)
Danses polovtsiennes (Alexandre Borodine ) Orchestre symphonique SNG Maribor / Slaven Kulenović
Etrangère au paradis (Gloria Lasso)
Choral auf meinen lieben Gott (Jean Sébastien Bach) André Isoir
Musica plastica 11 (Frédéric Maintenant / Michel Batlle)
Rock’n roll station (Vince Taylor)
Me lo decia mi abuelo (Paco Ibanez)
Les ombres sauvages (Michel Batlle / Raphaël Montet)

 
+ Chronique d’Hyperparadis : Digérer la guerre d’Espagne de et par Michel Batlle


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Sus aux Philistins !

 

Toile de Michel Batlle

lundi 4 mai 2026

« Il y a mille façons d'exprimer la même idée, mais si vous ne trouvez pas le télescopage idéal entre une une forme et une idée, vous n'avez rien. »

Le complot de l'art : illusion et désillusion esthétiques. Jean Baudrillard. Sens & Tonka (2005)

Recyclage d'illustrations d'Énantiomère R (12)

La souffrance éveille la pensée

 

« Quand je parle de "complot de l'art" j'emploie une métaphore comme lorsque je parle de "crime parfait". On ne peut davantage désigner les instigateurs du complot qu'on ne peut repérer les victimes. Car le complot n'a pas d'auteur et tout le monde est à la fois victime et complice. Il se passe la même chose en politique : on est tous dupés et tous complices du mode de mise en scène, par exemple. Une sorte de non-croyance, de non-investissement fait que tout le monde joue un double jeu dans une espèce de circularité infinie. Or, cette circularité me paraît contradictoire avec la forme même de l'art qui supposerait une séparation nette entre le "créateur" et le "consommateur". »

Le complot de l'art : illusion et désillusion esthétiques. Jean Baudrillard. Sens & Tonka (2005)

Prémonitoire

« Que l'homme est donc un être faible... faible ! Où allons-nous ? On finira par ne voir que le chair, on ne verra plus l'esprit. On perd le sens des vraies valeurs. Nous ne sommes que des... des corps faits uniquement de chair, nous sommes des êtres intelligents, des êtres doués de volonté. »

Le sexe au confessionnal. Norberto Valentini et Clara Di Meglio. Flammarion (1973)

Recyclage d'illustrations d'Énantiomère R (11)

 

 
Brimer sa nature biologique est strictement impossible

« Une belle femme se doit d'avoir le teint clair, le visage ovale, les cheveux blonds, les yeux bleus, les sourcils bruns arqués et fins, la poitrine haute, petite ferme, la taille fine, les hanches étroites et le corps menu : l'idéal corporel est celui de la pucelle (jeune fille nubile) maintes fois décrites dans les romans Arthuriens. »

Rouge : histoire d'une couleur. Michel Pastoureau. Seuil (2016)


« Mon point de vue est anthropologique. De ce point de vue, l'art ne semble plus avoir de fonction vitale ; il est atteint par le même destin d'extinction des valeurs, par la même perte de transcendance. L'art n'échappe pas à cette forme d'effectuation de tout, à cette visibilité totale des choses à laquelle l'Occident est arrivé. Mais l'hypervisibilité est une façon d'exterminer le regard. Cet art, je le consomme visuellement, je peux même y prendre un certain plaisir, mais il ne me restitue ni illusion, ni vérité. Alors qu'on a mis en question l'objet, puis le sujet de la peinture, il me semble qu'on s'est peu intéressé à ce troisième terme : celui qui regarde. Celui-là est de plus en plus sollicité, mais il est tenu en otage. Y-a-t-il un regard pour l'art contemporain autre que le regard que porte le milieu artistique sur lui-même ? »

Le complot de l'art : illusion et désillusion esthétiques. Jean Baudrillard. Sens & Tonka (2005)

Recyclage d'illustrations d'Énantiomère R (10)

 
On ne peut réduire les différences par le refus

dimanche 3 mai 2026

« Plus on fait de protectionnisme culturel, plus les déchets sont grands, plus il y a de fausses réussites, de fausses promotions. Là, on entre dans un territoire publicitaire de la culture...
Dit bêtement, c'est quand même la prétention de l'art qui me choque. Et c'est difficile d'y échapper, ce n'est pas venu comme ça. On a fait de l'art quelque chose de prétentieux dans sa volonté de transcender le monde, de donner une forme exceptionnelle, sublime aux choses. C'est devenu un argument de pouvoir mental. »

Le complot de l'art : illusion et désillusion esthétiques. Jean Baudrillard. Sens & Tonka (2005)

Notes 42 chapitre III

« Je renvoie ici aux travaux de Marilia Amorim qui montrent comment la Cité postmoderne se caractérise par le déclin des deux grands régimes de vérité (narratif et logique) et par la mise en avant d'une forme de savoir, semblable à ce que les Grecs anciens appelaient la mètis, où le mensonge et la simulation deviennent la norme.
Raconter, démontrer... survivre. Formes de savoir et formes de discours dans la culture contemporaine.Erès, Ramonville-Saint-Agne, 2007. »

La Cité perverse : libéralisme et pornographie. Dany-Robert Dufour. (2012)

Recyclage d'illustrations d'Énantiomère R (9)

 
La jurisprudence actuelle laisse peu de marge de manœuvre pour l'exploration

« L'art peut avoir encore une très grande puissance d'illusion. Mais la grande illusion esthétique est devenue une désillusion : désillusion analytique concertée, qui peut-être pratiquée génialement -ce n'est pas le problème, sinon qu'au bout d'un moment elle tourne à vide. L'art peut devenir une espèce de témoin sociologique, ou socio-historique, ou politique. Il devient une fonction, une sorte de miroir de ce qu'est effectivement devenu ce monde, de ce qu'il va devenir, y compris dans les engagements virtuels. On va peut-être plus loin dans la vérité du monde et de l'objet. Mais l'art n'a jamais été question de vérité, bien entendu, mais d'illusion. »

Le complot de l'art : illusion et désillusion esthétiques. Jean Baudrillard. Sens & Tonka (2005)

Notes 5 chapitre I

« Roland Barthes, pour sa part, l'évoquait ainsi :"Les Argonautes remplaçaient peu à peu chaque pièce [du navire] en sorte qu'ils eurent pour finir un vaisseau entièrement nouveau, sans avoir à changer le nom ni la forme" Barthes par Roland Barthes, Seuil, Paris, 1975. »

La Cité perverse : libéralisme et pornographie. Dany-Robert Dufour. (2012)

Visionnage domestique toulousain (309)

Fantômes déchaînés (A haunting we will go). Alfred Werker (1942)

 

Notes 10 chapitre I

« Ce sont les fragments 412-413 où Pascal dit que la guerre de la raison contre les passions produit deux sectes :"Les uns ont voulu renoncer aux passions et devenir dieux, les autres ont voulu renoncer à la raison et devenir des brutes (Des Barreaux). Mais ils ne l'ont pu ni les uns ni les autres. »

La Cité perverse : libéralisme et pornographie. Dany-Robert Dufour. (2012)

« Andy Warhol a été un grand moment du XXe siècle parce qu'il fut le seul à avoir su réellement dramatiser : il amène la simulation à être encore un drame, encore une dramaturgie : quelque chose de dramatique entre deux phases, le passage dans l'image et l'équivalence absolue de toutes les images. Son principe était de dire : "Je suis une machine, je ne suis rien" ; depuis tout le monde répète la même chose, avec la prétention en plus. Lui, il le pensait radicalement : "je ne suis rien et je fonctionne." "Je suis opérationnel sur tous les plans, artistique, commercial, publicitaire..." "Je suis l'opérationnalité même !"
il a affirmé le monde dans son évidence totale, les stars, le monde post-figuratif (puisqu'il n'est ni figuratif, ni non-figuratif : il est mythique). Ce monde-là est génial et, là-dedans, tout le monde est génial ! C'est un acte qu'on pourrait dire repensé à partir de Duchamp et qui, au niveau de nos coordonnées et de notre temporalité, aujourd'hui, ne fait pas œuvre d'art mais plutôt événement anthropologique. Et c'est pour ça qu'il m'intéresse : l'objet. Il est quelqu'un qui dans un cynisme et un agnosticisme total, a opéré une manipulation, une transfusion de l'image au réel, du référent absent de la starification du banal. »

Le complot de l'art : illusion et désillusion esthétiques. Jean Baudrillard. Sens & Tonka (2005)

Visionnage domestique toulousain (308)

 

 
JLG / JLG : autoportrait de décembre. Jean-Luc Godard (1995)

vendredi 1 mai 2026

« Or la majeure partie de l'art contemporain s'emploie exactement à cela : à s'approprier la banalité, le déchet, la médiocrité comme valeur et comme idéologie. Dans ces innombrables installations, performances, il n'y a qu'un jeu de compromis avec l'état des choses, en même temps qu'avec toutes les formes passées de l'histoire de l'art. »

Le complot de l'art : illusion et désillusion esthétiques. Jean Baudrillard. Sens & Tonka (2005)

Notes 34

« Dans un remarquable article publié dans Le Monde diplomatique en août 1988 intitulé “Naissance de l'hyperbourgeoisie”, le sociologue Denis Duclos définissait cette nouvelle classe ainsi : “L'hyperbourgeoisie [privilégie un] système de valeurs axé sur la prédation rapide.” Elle se caractérise d'être “anticultivée”. “Pourquoi ? Parce que la valeur suprême étant l'action sur des capitaux capables de changer la richesse de continents entiers, l'hyperclasse fonctionnelle récuse ce qui freine le changement de valeurs attribués par les humains à leurs objets. [...] Elle cultive une fascination sauvage des formes ostentatoires de l'unique valeur de domination : avoir plus grand que le voisin, plus visible,mieux protégé, infiniment plus coûteux etc.” Est-ce à dire que tout serait sauvage au pays de cette hyperclasse ? Non : “La nouvelle superbourgeoisie se veut humaniste, universaliste et multiraciale. Elle affiche bons sentiments et extrême générosité envers l'exotisme menacé, des Yanomamis aux pygmées. Elle prétend avoir dépassé la question ethnique. »

La Cité perverse : libéralisme et pornographie. Dany-Robert Dufour. (2012)

Recyclage d'illustrations d'Énantiomère R (8)

 

 
Si spécificité il y a, elle est en quelque sorte masquée par cette première argumentation

« Si dans la pornographie ambiante s'est perdue l'illusion du désir, dans l'art contemporain s'est perdu le désir de l'illusion. Dans le porno, rien ne laisse plus à désirer. Après l'orgie et la libération de tous les désirs nous sommes passés dans le transsexuel, au sens d'une transparence du sexe, dans des signes et des images qui en effacent tout le secret et toute l’ambiguïté. Transsexuel, au sens ça n'a rien à voir avec l'illusion du désir, mais avec l'hyperréalité de l'image. »

Le complot de l'art : illusion et désillusion esthétiques. Jean Baudrillard. Sens & Tonka (2005)

Stade anal !

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« L'un des traits de la perversion, c'est, comme je l'ai déjà dit, de contester la Loi, en l’occurrence celle de la différence sexuelle. Or c'est exactement à l'endroit de cette contestation que réapparaît la question pornographique, si l'on entend par là la présentation crue, directe, dans la Cité, de l'organe sexuel, notamment. Bien, mais lequel ? Tous, bien sur. Mais un en particulier. Celui justement qui peut échapper à toute capture de différenciation sexuelle. Or, il en est particulier : le cul.  Quel cul ? demandera-t-on. Je répondrai : le cul au sens large et au sens étroit. »

La Cité perverse : libéralisme et pornographie. Dany-Robert Dufour. (2012)

Recyclage d'illustrations d'Énantiomère R (7)

 

 
Un des points de départ de la ligne qui diverge du réel

Mort de l'art !

« Tout l'art moderne est abstrait en ce sens qu'il est traversé par l'idée bien plus que par l'imagination des formes et des substances. Tout l'art moderne est conceptuel dans le sens qu'il fétichise dans l’œuvre le concept, le stéréotype d'un modèle cérébral de l'art -exactement comme ce qui est fétichisé dans la marchandises n'est pas la valeur réelle, mais le stéréotype abstrait de la valeur. Voué à cette idéologie fétichiste et décorative, l'art n'a plus d'existence propre. Dans cette perspective, on peut dire que nous sommes sur la voie d'une disparition totale de l'art en tant qu'activité spécifique. »

Le complot de l'art : illusion et désillusion esthétiques. Jean Baudrillard. Sens & Tonka (2005)

277

« Le slogan retenu à Paris en 2008 [pour la Gay Pride] confirme ce que j'ai déjà avancé sur la diffusion des leçons de perversion. Il s'énonçait ainsi : “pour une école sans aucune discrimination !“ Pour bien entendre ce slogan, il faut le prendre au pied de la lettre. Ce qui suppose de connaître le sens premier de “discriminer“ : savoir distinguer entre deux objets différents. C'est ce qui a donné cette règle énoncée par le grand Théodule Ribot, philosophe et fondateur de la psychologie française : “La discrimination, c'est le fondement de notre intelligence“ -ce qu'ont amplement confirmé les travaux de Jean Piaget, grand spécialiste de la psychologie du développement. “Pour une école sans aucune discrimination !“ veut en particulier dire qu'on intime aux enfants de ne plus distinguer les deux sexes !»

La Cité perverse : libéralisme et pornographie. Dany-Robert Dufour. (2012)

Recyclage d'illustrations d'Énantiomère R (6)

L'avalanche est à bout de course

« Mais, si l'on y réfléchit bien, que font les artistes modernes de toute façon ? Est-ce que, comme les artistes depuis la Renaissance pensaient faire de la peinture religieuse et peignaient en fait des œuvres d'art, nos artistes modernes qui pensent produire des œuvres d'art, ne font pas tout autre chose ? Est-ce que les objets qu'ils produisent ne sont pas tout autre chose que de l'art ? Des objets-fétiches par exemple, mais des fétiches désenchantés, des objets purement décoratifs à usage temporel (Roger Caillois dirait : des ornements hyperboliques). »

Le complot de l'art : illusion et désillusion esthétiques. Jean Baudrillard. Sens & Tonka (2005)

268

« Or il [cet antidiscours] est redoutablement difficile à démasquer parce qu'il repose sur une prémisse hyperdémocratiste, très en vogue aujourd'hui, c'est-à-dire très diffusée dans la doxa postmoderne. Ce discours s'appuie en effet sur la considération selon laquelle il est impossible de distinguer un objet réellement artistique d'un objet quelconque, au motif qu'il faudrait alors introduire une hiérarchie. On ajoute qu'introduire une hiérarchie, ce serait imposer des valeurs arbitraires. »

La Cité perverse : libéralisme et pornographie. Dany-Robert Dufour. (2012)

Quelques Éléments supplémentaires de la Société du Spectacle (94)


« Dans le monde des Jeunes-Filles, le coït apparaît comme la sanction logique de toute expérience. »
 
Premiers matériaux pour la théorie de la jeune-FilleTiqqun. Mille et une nuit. (2001)
 
photographie dOrnella Muti
 

jeudi 30 avril 2026

Recyclage d'illustrations d'Énantiomère R (5)

 

 
La naufragée du métier adoptait la méthode Ogino

« L'art est devenu iconoclaste. L'iconoclasme moderne ne consiste plus à briser les images, mais à fabriquer des images, une profusion d'images où il n'y a rien à voir. »

Le complot de l'art : illusion et désillusion esthétiques. Jean Baudrillard. Sens & Tonka (2005)

263

« C'est ici que dans ce sadisme appliqué à la consommation intervient une seconde ruse : à la Lolita promise on substitue le produit qui présente la fille (le magazine) et / ou le produit que présente la fille (son pull, ou son jean, ou sa lingerie fine...) C'est finalement un processus assez dangereux qui est activé, remonté et lancé : il suppose en effet que le spectateur puisse se contenter, au terme de ce processus destiné à l'intéresser et le compromettre d'un expédient, d'une consolation destinée à faire retomber la tension. C'est justement là que la Cité perverse, saturée de ces processus sadiens, peut constituer un facteur déclenchant de la motion perverse éventuellement présente chez un individu. Il suffit en effet que cet individu compromis refuse l'expédient et veuille la chose promise pour que l'accident survienne. En d'autres termes, il est à craindre que certains, chauffés à blanc, ne parviennent pas à s'arrêter en cours de route, en achetant simplement soit le magazine montrant la fille ou sa culotte. Car ce qu'ils veulent, ce n'est ni l'un ni l'autre, c'est la petite fille.  »

La Cité perverse : libéralisme et pornographie. Dany-Robert Dufour. (2012)

lundi 27 avril 2026

PBF 2026.11 : Les spécialités grand luxe de la place Pinel (première diffusion sur Radio radio Toulouse mercredi 29 avril 2026)

 


Chronique de l'univers place Pinel 53 : Les spécialités de la place Pinel

 
Les spécialités de la célèbre place toulousaine sont examinées pour en arriver à la conclusion qu'il n'en existe probablement pas. L'émission en aborde certaines mais la plupart sont rejetées.

Programmation musicale :
1) Le kiosque (Michèle Bernard)
2) Avanti (Arthur H.)
3) Dean Martin (Alain Bashung)
4) Conception (Robert Charlebois)
5) La gérontophile (Emeline Bayart  Manuel Peskine)
6) Grand luxe (Fernand Bernardi)
7) Différence (Isabelle Mayereau)
8) Clémence (Anne Sylvestre)
9) La lueur dans l'oeil (Juliette)
10) L'épine (Juliette Armanet)
11) Le vent nous portera (Sophie Hunger)
12) A Montparnasse (Monique Morelli)

+ Chronique de l'univers place Pinel 53 par Marius Pinel

 
Sus aux Philistins !

263

« D'autant que cette double contrainte a pris aujourd'hui des proportions colossales. Qu'on en juge : on ne peut feuilleter un magazine ou voir ses couvertures affichées dans les kiosques ou sur les murs de la ville sans trouver quantité de photos montrant de très jeunes filles, paraissant douze ou quatorze ans au plus, dans des poses très suggestives, c'est-à-dire très provocantes, comme des femmes sachant parfaitement user de leurs charmes au point de paraître prêtes à recevoir et à assumer des propositions très directes, voire même à les faire.
C'est pour le côté pervers. Mais le côté puritain n'est pas loin. Parce que s'il prenait à quiconque la mauvaise idée de lorgner, ou même de sourire gentiment, voire innocemment, à une jeune fille de douze ans dans la rue, il ne faudrait pas longtemps avant que cet individu soit identifié comme le dangereux pédophile de service, susceptible d'être mis hors d'état de nuire par une escouade de mamans en colère prêtes à lui tomber dessus ou à appeler la maréchaussée à la rescousse. Bref, aimer les jeunes filles et faire des photos d'elles ou leur offrir des jouets, comme Lewis Carroll ou comme Pierre Louÿs en leur temps, conduirait aujourd'hui l'individu qui se livrerait à ces turpitudes à subir l'obligation judiciaire de soins telle qu'instituée par la loi du 17 juin 1998, pour les auteurs d’agressions sexuelles. »

La Cité perverse : libéralisme et pornographie. Dany-Robert Dufour. (2012)

dimanche 26 avril 2026

PBF 2026.10 : Le dossier psychiatrique de Maurice Utrillo (première diffusion sur Radio radio Toulouse mercredi 22 avril 2026)

 


Maurice Utrillo 3 : son dossier psychiatrique


A partir de l'article paru dans les Annales Médico-Psychologiques 174 (2016) : Au sujet de l'expertise mentale de Maurice Utrillo par Gaétan Gatian de Clérambault (1921) par Joseph Bédier et Michel Bénézech.

Le point focal Maurice Utrillo est son problème avec la boisson et des désordres que cela entraîne chez lui comme outrages à la pudeur et rébellion à agents de la Force publique. ces différents internements sont évoqués dans le récapitulatif de
Gaétan Gatian de Clérambault.

Programmation musicale :
La chanson de Paul (Serge Reggiani) 

+ lecture de l'article Au sujet de l'expertise mentale de Maurice Utrillo par Gaétan Gatian de Clérambault (1921) par Joseph Bédier et Michel Bénézech. Annales Médico-Psychologiques 174 (2016).

 
Sus aux Philistins !

Recyclage d'illustrations d'Énantiomère R (4)

 

 
La naufragée du métier

« Perdrait-on beaucoup si les jeunes filles entre 17 et 20 ans, devaient faire trois années de service obligatoire ? On pourrait leur enlever leurs enfants, elle sont de toute façon trop jeunes. Et pas encore mûres, intellectuellement, pour le mariage. Ce pourrait être en même temps, sans surcharge, des années d'étude. La difficulté la plus grande tient à la formation graduelle de la personnalité et, peut-être, à l'importance des années d'expectative. Elles deviendraient trop réalistes, trop terre à terre. »

Journaux. Robert Musil. Seuil (1981)

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« Ce qui, de ce dernier point de vue, apparaît alors, c'est que la solution juridico-symbolique (changer la loi afin que je sois reconnu pour ce que j'ai décidé d'être) de même que la solution réelle (refaire son corps de façon à ce qu'il ressemble à ce que j'ai décidé d'être) engagent l'une et l'autre un rapport à la vérité problématique qui ne peut pas laisser indifférent le philosophe. Car dans les deux cas, cela aboutira à tenter de soutenir un rapport mensonger à soi-même. Dans le premier en effet, j'obligerai tout le monde à dire que je suis une femme là où chacun qui m'aura connu homme sait que je suis bel et bien un homme. Dans le second, je tenterai de prendre mon paraître pour mon être. Car mon être, lui -quoi que la loi des hommes en dise ou quoi que mon corps paraisse- sera toujours le même qu'avant : l'écriture génétique en XX ou en XY qui me définit n'aura pas été changée d'un iota par ces opérations. et cela, au demeurant, ne semble guère envisageable avant longtemps. »

La Cité perverse : libéralisme et pornographie. Dany-Robert Dufour. (2012)

Recyclage d'illustrations d'Énantiomère R (3)

 
 Cependant ma tête révolue vibrait

215

«Cette transformation du pouvoir entamée en France dans les années 1960, c'est précisément ce que Lacan n'a pas pu venir, mais il n'est pas le seul. Il n'imagine pas que le capitalisme est susceptible d'entreprendre une conversion telle qu'il va fonctionner non plus sur la répression du désir, mais sur l'exaltation du désir, du désir dans sa valeur brute, première et non élaborée, c'est-à-dire sur la pulsion. Autrement dit, il ne perçoit pas la révolution culturelle libérale en préparation. »

La Cité perverse : libéralisme et pornographie. Dany-Robert Dufour. (2012)

samedi 25 avril 2026

Visionnage domestique toulousain (307)

 

Réalité. Quentin Dupieux (2014)
 
Perméabilité du réel !
Avec le rêve et...

182

« Noter ceci ne revient pas à mettre en doute la distinction de l'érotisme et de la pornographie, elle existe bien sûr et elle est massive. Mais cet écart principiel ne doit pas masquer une continuité historique entre l'érotisme et la pornographie qui, pour regrettable qu'elle apparaisse, n'en existe pas moins. Il faut donc rendre compte et de cette différence et de cette continuité. C'est ce qu'on peut essayer de faire dans une proposition qui pourra paraître amusante, mais qui est probablement plus sérieuse qu'il n'y paraît : on pourrait dire que l'érotisme, c'est quand c'est flou, alors que la pornographie c'est quand c'est net . »

La Cité perverse : libéralisme et pornographie. Dany-Robert Dufour. (2012)

Visionnage domestique toulousain (306)

Soigne ta droite : une place sur la Terre. Jean-Luc Godard (1987)

171

« Cette incitation à la consommation s'est accompagnée d'une intrusion massive de Ford dans la vie privée de ses employés. Plus on encourageait à la consommation, plus on proscrivait les autres débauches, comme la boisson, le jeu, l'adultère... Exactement comme s'il fallait que la libido fût uniquement tournée vers la consommation d'objets rentables pour “notre Ford” afin que rien, dans cette force, ne se perde dans de vains objets. C'est cela le formatage libidinal. »

La Cité perverse : libéralisme et pornographie. Dany-Robert Dufour. (2012)

samedi 18 avril 2026

« La sotte  Elle était mince et souple, son corps semblait manquer de maintien ; il présentait en son milieu une légère saillie et quand elle marchait, elle devait ne pas effacer les genoux. Ses cheveux blonds s'échappaient en boucles de son bonnet, son nez était long et mince, et il y avait toujours sur son visage -ou mieux devant lui- un sourire. Ses mollets, dans leurs bas bruns, étaient mous et un peu renflés ; on pensait vaguement en les voyant à des bas rembourrés. Elle était domestique chez X... Un jour que M. X... était seul avec elle au logis, elle lui avait plu. Il l'enlaça avec une grande douceur et lui donna un baiser. Elle semblait, sans l'avoir jamais laissé paraître, avoir attendu cela. Elle ne se défendit pas plus qu'elle ne répondit. Mais quand les lèvres de M. X... se posèrent sur les siennes, celles-ci sortirent de leur réserve et s'ouvrirent au baiser. On aurait pu croire qu'elle se laisserait embrasser, comme une femme très experte, mais elle était vierge ; et c'est uniquement parce que son intelligence était médiocre qu'un instinct plus profond ou plus ancien la fit doucement s'écarter. M. X... exerça sur elle une pression en direction du divan... “Mais il faut enlever ta culotte !”lui apprit-il ensuite. Des sensations agréables et d'autres douloureuses se mêlèrent. Elle se releva dans un état aussi vague qu'elle s'était laissée allonger. ils ne se dirent plus rien d'important. Ils continuèrent à se voir tous les jours comme avant. Elle souriait comme toujours. Elle n'avait pas grand souvenir. Elle n'aurait même pas pu dire que ç'avait été particulièrement beau ou agréable. Mais son corps attendait de jour en jour plus intensément une récidive. Cela venait comme la lune après le lever du soleil, presque inapparente d'abord, et régnant à la fin, brillante, sur tout le ciel. »

Journaux. Robert Musil. Seuil (1981)

Recyclage d'illustrations d'Énantiomère R (2)

 

 
Cette faute qui peuple l'espace vide

 

168

« En d'autres termes, la condamnation hautaine et légèrement dégoûtée ne suffit absolument pas, sauf à constituer des îlots de pensée claire où des moines font circuler religieusement le texte sain, non d'ailleurs sans s'étriper de temps à autre au passage. Bref avoir raison ne suffit pas, il faut comprendre comment une erreur a pu s'emparer du monde. Ne serait-ce que parce que cette erreur structure aujourd'hui quantité de sujets. »

La Cité perverse : libéralisme et pornographie. Dany-Robert Dufour. (2012)

 

Visionnage domestique toulousain (305)

 

Tout ce que vous avez voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander. Woody Allen (1972)

151

« Cette distinction des deux Lumières posée [Lumière blanche et Lumière noire] il devient plus aisé d'indiquer ce qui distingue la modernité de la postmodernité. La modernité, c'est l'équilibre instable entre ces deux courants opposés [moraliste et amoraliste]. Il aura durée un siècle et demi. La postmodernité, c'est le rétrécissement toujours plus accentué de la zone transcendantale renvoyant à ce qui n'a pas de prix mais une dignité (Kant) au profit du principe libéral selon lequel tout a un prix (Smith).  »

La Cité perverse : libéralisme et pornographie. Dany-Robert Dufour. (2012)

Recyclage d'illustrations d'Énantiomère R (1)

 
 Déréalisation de figures sociétales

151

« Alors que pour Kant, il fallait absolument réguler -la morale doit être fondée sur l'impératif catégorique consistant à se donner une loi à suivre dans la vie pratique-, pour Smith, il fallait surtout laisser faire, c'est-à-dire déréguler -ce qui conduit logiquement à Sade.  »

La Cité perverse : libéralisme et pornographie. Dany-Robert Dufour. (2012)

Visionnage domestique toulousain (304)

 

 
Incroyable mais vrai. Quentin Dupieux (2022)