dimanche 20 septembre 2026

Recyclage d'illustrations d'Énantiomère R (33)

 

 
Sa polyvalence croisée témoigne d'une mentalité de salariée

« De là naîtra le sentiment de l'absurde, c'est-à-dire de l'impuissance où nous sommes de penser avec nos concepts avec nos mots, les événements du monde. »

Critiques littéraires (Situations, I). Jean-Paul Sartre. Gallimard (1947)

PBF 2026.23 : La mort place Pinel (première diffusion sur Radio radio Toulouse mercredi 16 septembre 2026)

 

 
Chronique de l'univers place Pinel n° 55

Le sujet est très grave, très sérieux et définitif : qu'en est-il de la mort de place Pinel ? Marius Pinel passe en revue toutes les composantes de la place en précisant leurs positions par rapport au sujet. Comme dit  Xavier Cherrier Dispersez-vous !

Programmation musicale :

1)    Brothers in arms (Dire straits) Mathias Duplessy
2)    Muskrat ramble (Acker Bilk)
3)    Les filles du bord de mer (Arno)
4)    Floe (Philip Glass)
Brette William Dietz
5)    Gnossienne n°1 (Erik Satie) Karin Nakagama / André Buser / Urs Wiener / Gunther Wehinger
6)    Renaissance (Caroline Champy)
7)    Milonga par una armonica (Hugo Diaz)
8)    Joseph (Georges Moustaki)
9)    Djindji rindji bubamara (Emir Kusturica & le No smoking orchestra)

+ lecture de la 55ème chronique de l'univers de Marius Pinel : la mort place Pinel par Marius Pinel

Pour ceux qui auraient piscine indienne, ou toute autre obligation, il y a une possibilité de rattrapage avec les podcasts de la PBF : https://www.mixcloud.com/RadioRadioToulouse/la-mort-place-pinel-la-petite-boutique-fantasque/
 

Sus aux Philistins !

Photogramme d'Alphaville de Jean-Luc Godard, Eddie Constantine et Anna Karina

 
 

samedi 19 septembre 2026

Recyclage d'illustrations d'Énantiomère R (32)

 

 
La maroquinerie de luxe vérifie un conflit intérieur privilégié

Visionnage domestique toulousain (343)

 

 
Shortbus. John Cameron Mitchell (2006)

Éblouissement des prémisses (76)

« Il passa à l'examen du cou ; la tête semblait sortir presque directement des épaules, à cause peut-être du vêtement bouffant qui l'emmaillotait ; quant au visage, ce qu'il avait pris pour des boursouflures et des cicatrices était les traces d'une deuxième figure qu'un tatoueur avait dessinée, probablement sur les conseils d'un artiste, pour reconstituer sur le visage même le portrait de ce visage. A regarder avec attention, le travail paraissait comme très habile. Il y avait dans le dessin d'énormes erreurs -par exemple, les yeux n'étaient pas pareils et l'un, celui qui était au-dessous de l’œil droit, semblait embryonnaire, tandis que l'autre s'épanouissait sur la portion gauche du front de manière exagérée- mais on était touché par une grande impression de vie. Ce second visage ne se superposait pas au premier, loin de là. Si l'on considérait le détenu de face, on ne voyait que les traits grossièrement façonnés, mais en tournant la tête rapidement de gauche à droite, sans cesser de regarder la bouche, on distinguait des traits pleins de finesse qui étaient comme le reflet d'une beauté ancienne. »

Aminadab. Maurice Blanchot. L'imaginaire Gallimard (1942)

samedi 12 septembre 2026

Visionnage domestique toulousain (342)

 

 
La communale. Jean L'Hôte (1965)

« Il est des jours où... on retrouve comme une étrangère celle que l'on avait aimée. »

L’Étranger. Albert Camus. Gallimard (1974)

Visionnage domestique toulousain (341)

 

 
Taking off. Milos Forman (1971)

« Un homme est la somme de ses propres malheurs. On pourrait penser que le malheur finirait un jour par se lasser, mais alors c'est le temps qui devient votre propre malheur. »

Le bruit et la fureur.
William Faulkner. Folio (1972)

mardi 8 septembre 2026

PBF 2026.22 : Le célibat état supérieur (première diffusion sur Radio radio Toulouse mercredi 9 septembre 2026)

 

 
Lecture du Célibat état supérieur de Madeleine Pelletier
 
Nous commençons une série de lecture d'articles écrit par l'auteure féministe intégrale Madeleine Pelletier (1874-1939). Aujourd'hui Le célibat état supérieur, texte polémique qui prône le célibat contre le mariage et le concubinage, arguments pertinents à l'appui.
 
Programmation musicale :

1) Je n'attends plus rien (Fréhel)
2) La prière (Charles Gounod) Benoit Leblanc / Pierre Mc Lean
3) 2ème mouvement du Concertino pour harpe et orchestre (Germaine Tailleferre) Orchestre national de France / Jean Martinon

+ Lecture de Célibat état supérieur de Madeleine Pelletier par Laurence


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Cette émission fait suite à l'entretien avec Maud Alvado sur sa pièce de théâtre Madeleine Pelletier ou le procès des femmes. Vous pouvez retrouver l'émission en suivant ce lien : https://www.mixcloud.com/RadioRadioToulouse/madeleine-pelletier-ou-le-proc%C3%A8s-des-femmes-la-petite-boutique-fantasque/
 
Sus aux Philistins !

Toile de François Barraud : Le Malcontent  (1930)

« L'histoire de la passion d'amour... C'est le récit des tentatives de plus en plus désespérées que fait l’Éros pour remplacer la Transcendance mystique par une intention émue. »

L'amour et l'Occident. Denis de Rougemont. 10/18 (2001)

samedi 5 septembre 2026

Visionnage domestique toulousain (340)

 

Dégustation maison. Sophie Tatischeff (1978)

Sur L'amour et l'occident de Denis de Rougemont

« Ainsi donc l'amour-passion n'est pas une donnée primitive de la condition humaine, on peut assigner une date à son apparition dans la société occidentale, on peut imaginer sa totale disparition : “L'on peut... imaginer que la pratique forcée de l'eugénisme réussira, là où toutes nos morales échouent, et que l'Europe aura vécu.” Cette idée n'est peut-être pas aussi neuve qu'il le paraît d'abord. Dans son étude sur La prohibition de l'inceste, Durkheim suggérait déjà que notre conception moderne de l'amour tirait ses origines de l'interdiction faite au primitif de prendre femme dans son clan. L'inceste, disait-il, s'il eût été permis, eût fait de l'acte sexuel un rite familial, austère et sacré. »

Critiques littéraires (Situations, I). Jean-Paul Sartre. Gallimard (1947)

Visionnage domestique toulousain (339)

 

 
Forza Bastia. Jacques Tati et Sophie Tatischeff (1978)

Quelques Éléments supplémentaires de la Société du Spectacle (98)


« Il n'est rien, dans la vie de la Jeune-Fille, et jusque dans les zones les plus reculées de son intimité, qui échappe à la réflexivité aliénée, à la codification et au regard du Spectacle. Cette intimité parsemée de marchandises est toute entière livrée à la publicité, toute entière socialisée, mais socialisée en tant qu'intimité, c'est-à-dire qu'elle est de part en part soumise à un commun factice qui ne lui permet pas de se dire. Chez  la Jeune-Fille le plus secret est aussi le plus public. »
 
Premiers matériaux pour la théorie de la jeune-FilleTiqqun. Mille et une nuit. (2001)
 
photographie de Monica Bellucci

jeudi 3 septembre 2026

Récapitulatif de la Carrière d'Agathe (en sept épisodes)

 

La carrière d'Agathe, extrait de l'Histoire comique de Francion (Charles Sorel, 1623) interprété par Pascale Rémi


Une des œuvres les plus lues du XVIIe siècle, l’Histoire comique de Francion narre les aventures du sus-nommé Francion, gentilhomme français à la recherche de l’amour. Ce sujet bien vague est le prétexte à de multiples aventures burlesques. Pascale Rémi en relate une partie, l’histoire d’une vieille prostituée Agathe et de sa fille, Laurette. Sept épisodes sont nécessaires pour arriver à décrire la majeure partie des péripéties de leurs vies mouvementées. Charles Sorel en profite pour dresser à grands traits une satire virulente de la société et des mœurs de l’époque

1er épisode : Une bonne nature

Première diffusion : mercredi 23 février 2022
Lien : https://www.mixcloud.com/RadioRadioToulouse/pbf-202203-une-bonne-nature-la-carrière-dagathe-1/

2ème épisode : Dieu que je fus aise de me voir leste et pimpante !

Première diffusion : mercredi 30 mars 2022
Lien : https://www.mixcloud.com/RadioRadioToulouse/dieu-que-je-fus-aise-de-me-voir-leste-et-pimpante-la-petite-boutique-fantasque-202208/

3ème épisode : Faire toucher son aiguille au pôle où elle tendait

Première diffusion : mercredi 2 novembre 2022
Lien : https://www.mixcloud.com/RadioRadioToulouse/faire-toucher-son-aiguille-la-petite-boutique-fantasque/

4ème épisode : La Fortune nous montra son derrière

Première diffusion : mercredi 8 juin 2023
Lien : https://www.mixcloud.com/RadioRadioToulouse/la-fortune-nous-montra-son-derrière-la-petite-boutique-fantasque/

5ème épisode  : Éteindre la concupiscence des hommes par charité

Première diffusion : mercredi 25 octobre 2023
Lien : https://www.mixcloud.com/RadioRadioToulouse/eteindre-la-concupiscence-des-hommes-par-charité-la-petite-boutique-fantasque/

6ème épisode  : A quoi sert toute cette viande creuse ?

Première diffusion : mercredi 24 juillet 2024
Lien : https://www.mixcloud.com/RadioRadioToulouse/a-quoi-sert-toute-cette-viande-creusée-la-petite-boutique-fantasque/

7ème épisode  : Qui veut garder maîtresse la fait épouser par son valet


Première diffusion : mercredi 13 novembre 2024
Lien : https://www.mixcloud.com/RadioRadioToulouse/qui-veut-garder-maîtresse-la-fait-épouser-par-son-valet-la-petite-boutique-fantasque/

PBF 2026.21 : Jusqu'à la mort (première diffusion sur Radio radio Toulouse mercredi 2 septembre 2026)


Exploration des nouvellistes du XIXe siècle : Armand Silvestre

Lecture la nouvelle d'Armand Silvestre Jusqu'à la mort tirée des Mélancolies d'un joyeux (1883). Où l’on verra qu’il ne faut jamais faire cette déclaration à la légère sous peine de déboires. La description de la nuit comme miroir de l’âme est charmante...

Programmation musicale :

1) Le plus doux chemin (Gabriel Fauré) Orchestre national du capitole de Toulouse / Nicolai Gedda / Michel Plasson
2) Gavotte de Masques et bergamasques (Gabriel Fauré) Orchestre national du capitole de Toulouse / Michel Plasson
3) Clair de lune (Gabriel Fauré) Orchestre national du capitole de Toulouse / Nicolai Gedda / Michel Plasson
4)Sonnet 123 Pétrarque (Franz Listz) Alfred Brendel
5) Sonate pour flûte, alto et harpe (Maurice Ravel) Mathilde Calderini / Nicolas Tulliez / Christophe Gaugué
6) Chanson française (Maurice Ravel) Cecilia Bartoli / Myung Whun Chung
7) Interlude de la Sonate pour flûte, violon et harpe (Claude Debussy) Philippe Bernold / Gérard Causs / Isabelle Moretti
8) Barcarolle (Gabriel Fauré) Luca Debargue

+ Lecture de Jusqu’à la mort d’Armand Silvestre à deux voix, Jean-Marie Champagne et Dominique Silvestre


Pour ceux qui auraient piscine indienne, ou toute autre obligation, il y a une possibilité de rattrapage avec les podcasts de la PBF : https://www.mixcloud.com/RadioRadioToulouse/jusqu%C3%A0-la-mort-la-petite-boutique-fantasque/


Sus aux Philistins !

Toile de Alexandre-Jean Dubois-Drahonet (1831)

mardi 1 septembre 2026

Avec méthode !

 Somme théologique Saint-Thomas d’Aquin


I Article 2 — La génération se serait-elle faite, dans l’état d’innocence, par union charnelle ?
Objections : 1. Selon Saint Jean Damascène, le premier homme au Paradis terrestre était " comme un ange ". Mais dans l’état que nous aurons à la résurrection, quand les hommes seront semblables aux anges, " on ne prendra ni femme ni mari " (Mt 22, 30). Par conséquent dans le Paradis non plus il n’y aurait pas eu génération par union charnelle.
2. Les premiers êtres humains furent créés à l’âge adulte. Par conséquent si pour eux la génération avait eu lieu par union chamelle avant le péché, il y aurait eu entre eux union des sexes même au Paradis. Or l’Écriture montre bien que cela est faux.
3. C’est dans l’union charnelle que l’homme devient le plus semblable aux bêtes à cause de la véhémence du plaisir, et c’est pourquoi on fait l’éloge de la continence par laquelle les hommes s’abstiennent de plaisirs de ce genre. Mais si l’homme est comparé aux bêtes, c’est à cause du péché, selon la parole du Psaume (49,21) : " L’homme ne comprit pas quel était son honneur, il ressembla au bétail qu’on abat et lui devint pareil. " Par conséquent il n’y aurait pas eu d’union charnelle de l’homme et de la femme avant le péché.
4. Dans l’état d’innocence il n’y aurait pas eu de corruption. Mais par l’union charnelle il y a corruption de l’intégrité virginale. Par conséquent il n’y aurait pas eu d’union des sexes dans l’état d’innocence.
En sens contraire. 1. C’est avant le péché que Dieu créa l’homme et la femme, comme il est dit dans la Genèse (1, 27 et 2, 22). Or rien n’existe sans raison dans les œuvres de Dieu. Donc, même si l’homme n’avait pas péché, il y aurait eu union charnelle, ce qui est le but de la distinction des sexes.
2. En Genèse (2, 18), il est dit que la femme fut faite pour aider l’homme. Mais cette aide n’est destinée à rien d’autre qu’à la génération, laquelle se fait par union charnelle, car, pour toute autre activité, l’homme pouvait trouver une aide plus adaptée chez un autre homme que chez la femme. Donc, dans l’état d’innocence, la génération se serait faite par union charnelle.
Réponse : Certains, parmi les anciens Pères, considérant la laideur de la convoitise qui accompagne l’union charnelle dans notre état présent, ont soutenu que dans l’état d’innocence la génération ne se serait pas faite par union des sexes. Ainsi Saint Grégoire de Nysse dit que dans le Paradis le genre humain se serait multiplié d’une autre façon, comme se sont multipliés les anges, sans commerce charnel, par l’opération de la puissance divine. Et il dit que Dieu avait créé l’homme et la femme avant le péché, en pensant au mode de génération qui allait exister après le péché, péché que Dieu connaissait à l’avance.
Mais cette opinion n’est pas raisonnable. En effet, les choses qui sont naturelles à l’homme ne lui sont ni retirées ni accordées par le péché. Or il est clair que si nous considérons dans l’homme la vie animale qu’il avait même avant le péché, comme nous venons de le dire, il lui est naturel d’engendrer par union charnelle, tout comme aux autres animaux parfaits. C’est ce que manifestent les membres naturels destinés à cet usage. Et c’est pourquoi il ne faut pas dire qu’avant le péché ces membres naturels n’auraient pas eu leur usage comme les autres membres.
Il y a donc deux choses à considérer dans l’union charnelle par rapport à l’état actuel. Premièrement, ce qui relève de la nature : la conjonction du mâle et de la femelle pour engendrer. Car en toute génération, il faut une vertu active et une vertu passive. Par suite, étant donné qu’en tous les êtres chez lesquels il y a distinction des sexes la vertu active se trouve dans le mâle et la vertu passive dans la femelle, l’ordre de la nature exige que pour engendrer il y ait union charnelle du mâle et de la femelle. On peut considérer un autre point, qui est une certaine difformité de la convoitise immodérée. Celle-ci n’aurait pas existé dans l’état d’innocence, quand les facultés inférieures étaient totalement soumises à la raison. Aussi Saint Augustin dit : " Gardons-nous de penser que la génération n’aurait pu avoir lieu sans la maladie de la sensualité. Ces membres-là auraient obéi comme les autres, au gré de la volonté, sans l’aiguillon d’une passion séductrice, dans la tranquillité de l’âme et du corps. "
Solutions : 1. Dans le Paradis l’homme aurait été comme un ange pour ce qui est de l’âme spirituelle, tout en ayant une vie animale selon son corps. Tandis que, après la résurrection, l’homme sera semblable à l’ange, étant devenu spirituel à la fois dans son âme et dans son corps. Aussi ne peut-on appliquer le même raisonnement à ces deux états.
2. Si nos premiers parents n’eurent pas de commerce charnel au Paradis, c’est, dit Saint Augustin, parce qu’ils furent chassés du Paradis pour leur péché peu après la formation de la femme ; ou bien parce qu’ils attendirent que l’autorité divine leur fixât un temps pour cela, n’ayant reçu jusqu’alors à ce sujet qu’une prescription générale.
3. Les bêtes n’ont pas la raison. Aussi l’homme devient-il bestial dans l’union charnelle en tant qu’il n’est pas capable de régler par la raison le plaisir de l’union charnelle et le bouillonnement de la convoitise. Mais, dans l’état d’innocence, il n’y aurait rien eu dans ce domaine qui n’eût été réglé par la raison ; non pas, comme le disent certains, que le plaisir sensible eût été moindre. Car le plaisir sensible eût été d’autant plus grand que la nature était plus pure et le corps plus délicat. Mais l’appétit concupiscible ne se serait pas élevé avec un tel désordre au-dessus du plaisir réglé par la raison. Car celle-ci n’est pas chargée de diminuer le plaisir sensible, mais d’empêcher l’appétit concupiscible de s’attacher immodérément au plaisir. Et je dis " immodérément " par rapport à la mesure de la raison. C’est ainsi que l’homme sobre ne trouve pas moins de plaisir que le glouton dans la nourriture qu’il prend avec mesure, mais son appétit concupiscible se repose moins dans ce genre de plaisir. C’est bien ce que suggèrent les paroles de Saint Augustin : elles n’excluent pas de l’état d’innocence l’intensité du plaisir, mais l’ardeur de la convoitise et l’agitation de l’âme. C’est pourquoi la continence n’eût pas mérité d’éloges dans l’état d’innocence, et si elle en mérite dans le temps actuel, ce n’est pas parce qu’elle restreint la fécondité, mais parce qu’elle écarte la convoitise désordonnée. Mais alors il y aurait eu fécondité sans convoitise.
4. Selon Saint Augustin : en cet état, "le commerce charnel n’eût corrompu d’aucune façon l’intégrité de la femme... ; en effet l’introduction de la semence virile dans le sein de la femme n’aurait pas davantage porté atteinte à l’intégrité de l’épouse que maintenant le flux menstruel à l’intégrité de la vierge... De même que pour l’enfantement, ce ne sont pas les gémissements de la douleur, mais la poussée de la maturité qui aurait dilaté les entrailles de la femme, de même, pour la conception, ce ne sont pas les convoitises de la volupté mais le libre emploi de la volonté qui aurait uni l’une et l’autre nature".

IIA ARTICLE 11: Le péché contre nature
Objections : 1. Il semble que le vice contre nature ne soit pas une espèce de la luxure. En effet, dans l'énumération des espèces de la luxure que donne l'Article précédent, on ne fait pas mention du vice contre nature.
2. La luxure s'oppose à la vertu, et c'est de cette manière qu'elle est comprise dans la malice. Or le vice contre nature n'est pas compris dans la malice mais dans la bestialité, comme le montre Aristote. Le vice contre nature n'est donc pas une espèce de la luxure.
3. La luxure porte sur les actes ordonnés à la génération humaine, on l'a dit plus haut. Mais le vice contre nature porte sur des actes qui ne peuvent être suivis de la génération. Le vice contre nature n'est donc pas une espèce de la luxure.
En sens contraire, S. Paul énumère ce vice parmi les autres espèces de luxure, quand il dit (2 Co 12, 21): " ... Ils n'ont pas fait pénitence pour leurs actes d'impureté, de fornication et d'impudicité. " Et la Glose précise : " Impureté, c'est-à-dire luxure contre nature. "
Réponse : Comme on l'a vu plus haut, il y a une espèce déterminée de luxure là où se rencontre une raison spéciale de difformité rendant l'acte sexuel indécent. Mais cela peut exister de deux façons : d'une première façon, parce que cela s'oppose à la droite raison, ce qui est commun à tout vice de luxure ; d'une autre façon, parce que, en outre, cela contredit en lui-même l'ordre naturel de l'acte sexuel qui convient à l'espèce humaine; c'est là ce qu'on appelle " vice contre nature ". Il peut se produire de plusieurs manières.
D'une première manière, lorsqu'en l'absence de toute union charnelle, pour se procurer le plaisir vénérien, on provoque la pollution : ce qui appartient au péché d'impureté que certains appellent masturbation. - D'une autre manière, lorsque l'on accomplit l'union chamelle avec un être qui n'est pas de l'espèce humaine : ce qui s'appelle bestialité. - D'une troisième manière, lorsqu'on a des rapports sexuels avec une personne qui n'est pas du sexe complémentaire, par exemple homme avec homme ou femme avec femme : ce qui se nomme vice de Sodome. - D'une quatrième manière, lorsqu'on n'observe pas le mode naturel de l'accouplement, soit en n'utilisant pas l'organe voulu soit en employant des pratiques monstrueuses et bestiales pour s'accoupler.
Solutions : 1. En cet endroit on énumère les espèces de luxure qui ne s'opposent pas à la nature humaine. C'est pourquoi on omet le vice contre nature.
2. La bestialité diffère de la malice, qui s'oppose à la vertu humaine, en ce qu'elle comporte un certain excès concernant la même matière. C'est pourquoi elle peut être ramenée au même genre.
3. Le luxurieux ne recherche pas la génération humaine, mais la jouissance sexuelle, que l'on peut éprouver sans les actes qui ont pour suite la génération humaine. C'est ce qui est recherché dans le vice contre nature.

ARTICLE 12: L'ordre de gravité entre les espèces de la luxure
Objections : 1. Il semble que le vice contre nature ne soit pas le péché le plus grave parmi les espèces de la luxure. En effet, un péché est d'autant plus grave qu'il est plus contraire à la charité. Or l'adultère, le stupre et le rapt, qui portent préjudice au prochain, paraissent plus contraires à la charité envers le prochain que les péchés contre nature, par lesquels on ne porte aucun préjudice à autrui. Le péché contre nature n'est donc pas le péché le plus grand parmi les espèces de la luxure.
2. Les péchés les plus graves paraissent ceux qui se commettent contre Dieu. Or le sacrilège est directement commis contre Dieu, puisqu'il s'attaque au culte divin. Le sacrilège est donc un péché plus grave que le vice contre nature.
3. Un péché semble d'autant plus grave qu'il s'exerce sur une personne que nous devons aimer davantage. Or, selon l'ordre de la charité, nous devons aimer les personnes qui nous sont proches, lesquelles sont souillées par l'inceste, plus que les personnes étrangères, lesquelles sont souillées par le vice contre nature. L'inceste est donc un péché plus grave que le vice contre nature.
4. Si le vice contre nature est le plus grave, il semble alors qu'il soit d'autant plus grave qu'il est davantage contre nature. Or l'impureté ou masturbation semble être davantage contre nature, puisque ce qui paraît plus conforme à la nature est que l'agent et le patient soient différents. D'après cela l'impureté serait donc le plus grave des péchés contre nature. Or cela est faux. Donc les vices contre nature ne sont pas les plus graves parmi les péchés de luxure.
En sens contraire, S. Augustin dit que " de tous les vices qui relèvent de la luxure, le pire est celui qui se fait contre nature ".
Réponse : En tout genre ce qu'il y a de pire est la corruption du principe dont tout le reste dépend. Mais les principes de la raison sont ce qui est conforme à la nature, car la raison, compte tenu de ce qui est déterminé par la nature, dispose le reste selon ce qui convient. Il en est ainsi dans le domaine spéculatif aussi bien que dans celui de l'action. C'est pourquoi, de même que dans le domaine spéculatif l'erreur concernant ce dont l'homme a naturellement la connaissance constitue l'erreur la plus grave et la plus difforme, de même dans l'action agir contre ce qui est déterminé selon la nature constitue ce qu'il y a de plus grave et de plus difforme. Donc puisque, dans les vices contre nature, l'homme transgresse ce qui est déterminé selon la nature quant aux activités sexuelles, il s'ensuit qu'en une telle matière ce péché est le plus grave. - Après lui vient l'inceste qui, nous l'avons dit . est contraire au respect naturel que nous devons à nos proches. Par les autres espèces de la luxure on omet seulement ce qui est déterminé selon la droite raison, les principes naturels restant saufs. Or ce qui répugne le plus à la raison est d'utiliser le sexe non seulement à l'encontre de ce qui convient à la progéniture qu'il faut engendrer, mais aussi en portant préjudice à autrui. C'est pourquoi la fornication simple, qui se commet sans porter préjudice à une autre personne, est la moindre parmi les espèces de la luxure. Si l'on abuse d'une femme soumise au pouvoir d'un autre en vue de la génération, c'est une injustice plus grave que si elle est seulement confiée à la garde de son protecteur. C'est pourquoi l'adultère est plus grave que le stupre. - L'un et l'autre sont aggravés par la violence. A cause de cela le rapt d'une vierge est plus grave que le stupre, et le rapt d'une épouse plus grave que l'adultère. - Et toute ces fautes sont encore aggravées s'il y a sacrilège, nous l'avons dit.
Solutions : 1. De même que l'ordre de la raison droite vient de l'homme, de même l'ordre de la nature vient de Dieu lui-même. C'est pourquoi dans les péchés contre nature, où l'ordre même de la nature est violé, il est fait injure à Dieu lui-même, l'ordonnateur de la nature. Aussi S. Augustin dit-il : " Les turpitudes contre nature doivent être partout et toujours détestées et punies, comme celles des habitants de Sodome.
Quand même tous les peuples imiteraient Sodome, ils tomberaient tous sous le coup de la même culpabilité, en vertu de la loi divine qui n'a pas fait les hommes pour user ainsi d'eux-mêmes.
C'est violer jusqu'à cette société qui doit exister entre Dieu et nous de souiller par les dépravations de la sensualité la nature dont il est l'auteur. "
2. Les vices contre nature sont aussi contre Dieu, on vient de le dire. Et ils l'emportent d'autant plus sur la corruption du sacrilège, que l'ordre de la nature humaine est plus primitif et plus stable que tout autre ordre surajouté.
3. A tout individu la nature de l'espèce est plus étroitement unie que n'importe quel individu. C'est pourquoi les péchés qui se commettent contre la nature de l'espèce sont les plus graves.
4. Le péché par lequel on use mal de quelque chose est plus grave que celui qui omet le bon usage de cette chose. C'est pourquoi, parmi les vices contre nature, le péché d'impureté, qui consiste dans la seule omission de l'union charnelle avec autrui occupe le dernier rang. - Mais le plus grave est la bestialité, où l'on n'observe pas la relation requise avec l'espèce. C'est pourquoi, sur ce passage de la Genèse (37, 2 Vg): " Il accusa ses frères du crime le plus bas ", la Glose ajoute: " Parce qu'ils avaient eu des relations avec les bêtes de leur troupeau. " - Après ce crime se place le vice de l'homosexualité, où l'on ne tient pas compte du sexe requis. - Ensuite, c'est le péché de celui qui n'observe pas le mode qui convient pour l'union sexuelle. Et si l'on n'utilise pas l'organe sexuel qui convient, le vice est plus grave que si le désordre concerne seulement le mode de l'union.

L'enfer du jeu !

 

 
 - Comment as-tu réussi à lui faire faire la vaisselle ? 
 - Je lui ai dit que c’était une quête secondaire
 - Oui ! Je gagne de l'expérience !
 
 Vumo

dimanche 30 août 2026

« Dans un roman il faut se taire ou tout dire, surtout ne rien omettre, ne rien sauter . Un raccourci, c'est simplement un changement de vitesse dans la narration. »

Critiques littéraires (Situations, I). Jean-Paul Sartre. Gallimard (1947)

Visionnage domestique toulousain (338)

 

 
Cours du soirNicolas Ribowski (1967)

samedi 29 août 2026

« […] j’ai compris de quoi il s’agissait, rien qu’à leur air, je me suis senti tout d’un coup dévoré de flammes, vacillant comme si le sol venait de s’ouvrir, perdant ma respiration comme si je m’étais trouvé enveloppé dans un tourbillon de vent, mon cœur devenant dur, comme se calcinant. »

L’emploi du temps. Michel Butor. Les éditions de minuit (1956)

« Toute conscience est conscience de quelque chose*. Il n'en faut pas plus mettre un terme à la philosophie douillette de l'immanence, où tout se fait par compromis, échanges protoplasmiques, par une tiède chimie cellulaire. La philosophie transcendante nous jette sur la grand-route, au milieu des menaces, sous une aveuglante lumière. Être, dit Heidegger, c'est être dans-le-monde. comprenez cet être-dedans au sens de mouvement. Être, c'est éclater dans le monde, c'est partir d'un néant du monde et de conscience pour soudain s'éclater-conscience-dans-le-monde. Que la conscience essaye de se reprendre, de coïncider enfin avec elle-même, tout au chaud, volets clos, elle s'anéantit. Cette nécessité pour la conscience d'exister comme conscience d'autre chose que soi, Husserl la nomme intentionnalité. »

Critiques littéraires (Situations, I). Jean-Paul Sartre. Gallimard (1947)

* Edmund Husserl

Recyclage d'illustrations d'Énantiomère R (31)

 

 
Ne jamais conserver l'inquiétude initiale

samedi 22 août 2026

« La jeunesse ne porte pas en elle sa solution : il faut qu'elle s'effondre et se déchire ; ou bien c'est le jeune homme qui meurt, comme Rosenthal, ou bien il est condamné par son complexe familial d'infériorité à traîner, comme Pluvinage, une adolescente éternelle et misérable : il y a pour Nizan une débâcle de la jeunesse comme, pour Freud, une débâcle de l'enfance ; les pages où il nous montre le passage douloureux de Lafforgue à l'âge d'homme sont parmi les plus belles du livre. »

Critiques littéraires (Situations, I). Jean-Paul Sartre. Gallimard (1947)

« Il y a l’Élixir de Guérison Immédiate, l’Élixir de la Bonne Guérison, l’Élixir de la Luxure Désespérée, l’Élixir du désir jouisseur, l’Élixir du Sentiment du Bonheur Infini, l’Élixir des Humeurs Noires et Suicidaires, l’Élixir de la Mort Foudroyante, l’Élixir de l’Inexorable Mort Lente. »

La vallée des roses. Lucien Bodard. Bernard Grasset (1977)

« Ils avaient l’ait tellement heureux tous les deux ; elle était tellement en beauté avec son chapeau de toile blanche, cette Rose que j’ai laissée échapper, cette Rose que je n’ai pas su aimer, que je n’ai pas eu le courage d’arracher à Bleston, cette Rose dont je me suis tant protégé, que j’évitais ces derniers temps, à laquelle je ne me serais jamais cru si attaché, que je lui ai moi-même jeté dans les bras par mon silence, par mon aveuglement, parce que je m’enfermais dans cette chambre, sans me douter que cela pourrait aller si loin, sans m’apercevoir que cela devenait si sérieux, parce que je n’aurais pas cru cela possible. »

L’emploi du temps. Michel Butor. Les éditions de minuit (1956)

Visionnage toulousain en salle (90) au Cratère

 
De la Comédie françaiseMartin Darondeau et Bertrand Usclat (2026)


 

« Mais Yi se sent toute pénétrée du sien, [de son orifice] qu’elle examine souvent dans un miroir de ses yeux attentifs, yeux scrutant, yeux analysant. Elle l’épile chaque jour au moindre soupçon de duvet, elle l’oint pour le rendre encore plus tendre ; et pourtant, comme il est déjà doux et mignon, deux délicats pétales qui se rejoignent en un trait léger, en un trait immense, sa vallée des roses. »

La vallée des roses. Lucien Bodard. Bernard Grasset (1977)

« […] après m’être promené pendant des heures sous la pluie, tandis que les cloches de la Nouvelle Cathédrale sonnaient à toute volée comme si elles me pourchassaient, entant dans tous les édifices religieux que je rencontrais dans mon errance, sans faire attention à leur secte, entendant partout les mêmes cantiques, devinant partout, sous les visages apparemment heureux des fidèles, leurs crânes tristes et inquiets, sentant qu’il n’y avait partout que l’ombre d’une fête, le fantôme d’une fête morte, mais exclu par là de cette ombre même, de ce simulacre, […] »

L’emploi du temps. Michel Butor. Les éditions de minuit (1956)


« Mais souvent le récitant ne coïncide plus tout-à-fait avec le héros : ce qu'il dit, le héros n'aurait pas tout-à-fait pu le dire, mais on sent entre eux une complicité discrète, le récitant raconte, du dehors, comme le héros eût aimé qu'on racontât. »

Critiques littéraires (Situations, I). Jean-Paul Sartre. Gallimard (1947)

Visionnage toulousain en salle (89) au Cratère

 

 
Comète. Elie Wajeman (2026)

mercredi 19 août 2026

« […], tous les jours écoulés de l'été, tous ces jours du début de l'hiver que je m'étais efforcé d'arrimer par cette longue chaîne réticulée de phrases, dont la forge m'avait épuisé et perdu, cette longue chaîne de phrases inachevée, ballante, […]. »

L’emploi du temps. Michel Butor. Les éditions de minuit (1956)

mardi 18 août 2026

« Les amours, les décisions sont de grosses boules qui tournent sur elles-mêmes. Tout au plus pouvons-nous saisir une sorte de convenance* entre l'état psychologique et la situation extérieure : quelque chose comme un rapport de couleurs. »

Critiques littéraires (Situations, I). Jean-Paul Sartre. Gallimard (1947)

* penser plutôt convergence (vocabulaire moderne ?)

« Au terme de ce parcours, un petit apologue, en forme de syllogisme, me semble s'imposer. A vrai dire, je dispose déjà des prémisses. Charles Baudelaire (dans ses Journaux intimes) avait posé la majeure : "Dieu est le seul être qui, pour régner, n'ait même pas besoin d'exister." Quelques années plus tard, l'humoriste Alphonse Allais, dans le Courrier français, avait avancé la mineure : "Avant de prendre congé de ses hôtes, Dieu convint, de la meilleure grâce du monde, qu'il n'existait pas." Je me risque à la conclusion : Lorsque Dieu libéra enfin ses hôtes de sa trop longue présence, chacun retint son souffle puis, voyant qu'il ne se passait rien, tout le monde se mit à rire, de bon cœur d'abord, puis à gorge déployée... jusqu'à mourir de rire. »

On achève bien les hommes : de quelques conséquences actuelles et futures de la mort de Dieu. Dany-Robert Dufour. Denoël (2005)

« […], des princesses, si j’en crois les quelques statues, les quelques peintures qui viennent de nouveau de m’être si rapidement montrées, aux grands yeux, à la taille fine, aux seins offert dans la grande ouverture de leurs corsages ajustés, aux seins semblables à des pêches sensibles, comme j’imagine ceux de Rose (maintenant n’importe quelle figure belle me ramène invinciblement vers la sienne), ceux de Rose sous son chandail bien fermé autour de son cou. »

L’emploi du temps. Michel Butor. Les éditions de minuit (1956)

lundi 17 août 2026

« - Je suis votre chien
- Alors léchez-moi de haut jusqu'en bas.
Jung-lu à croupetons se met à la besogne luxurieuse et avilissante. De sa langue hors de sa bouche, gonflée, il lape longuement Yi dépouillée. Il répand sur elle sa salive, comme s'il la couvrait du vernis de son allégeance. La tête tassée contre sa chair, il la cire toute entière, à grands traits, commençant par les cheveux et continuant sur tout le corps. Il laque sa peau qu'il a tant écrasée, et qui cependant ne porte pas trace de lui. Léchage qui est à la fois épandage et baiser, qui embrasse tout ce qu'il connait si bien, ces traits, ces traits si fins, ces yeux noirs de lumière, ce cou élancé, les petits mamelons sur la poitrine si joliment plate, le clitoris, l'ouverture du con et l'ouverture du cul, jusqu'à ce qu'il arrive aux ongles des  pieds. Lui, accroupi léchant sans arrêt, elle allongée en une quiétude satisfaite, recevant l'hommage. Fluorescence blanche qui se tourne parfois, pour présenter un côté ou l'autre, celui de la poitrine ou celui des fesses. »

La vallée des roses. Lucien Bodard. Bernard Grasset (1977)

Recyclage d'illustrations d'Énantiomère R (30)

 
L'excellente recrue de désespérance restait inactive de sagacité
 

dimanche 16 août 2026

« Nous reconnaissons tout de suite l'abondance triste de ces vies sans tragique ; ce sont les nôtres, ces mille aventures ébauchées, manquées, aussitôt oubliées, toujours recommencées, qui glissent sans marquer sans jamais engager, jusqu'au jour où l'une d'elles, toute pareille aux autres, tout à coup, comme par maladresse et en trichant, écœure un homme pour toujours, négligemment détraque une mécanique. »

Critiques littéraires (Situations, I). Jean-Paul Sartre. Gallimard (1947)

« Le vent, comme un zéphyr, s’approche du jardin de Yi -jardin nu de chair nue. Angoisse merveilleuse. Et de nouveau elle voudrait que les découpures de sa chair soient une orchidée -non plus pour manger les doigts, mais pour être flattée par eux. Que le vent, tout comme il joue avec les languettes, les vrilles, les crochets, les recés, les étamines de cette fleur labyrinthe, s’engouffre dans le lacis aussi tortueux de sa blessure, l’univers de sa blessure. Fleur-blessure. Le vent en remous dans son dédale… Il arrive en longs souffles, suivant les charmilles dépouillées, les sillons latéraux secrets et comme ombragés de flamboyants. Il surgit tel une armée aquiloneuse qui connait les approches… Soudain, ces creux occupés, il devient bourrasque partant à l’assaut, qui assaille la crête qui sépare ces ravinements. Et il se met à tournoyer follement autour de son sommet, une dentelle des hauteurs, un monticule tendre. Le vent est impitoyable, il frappe et refrappe, avec une violence inlassable, ce grain de rubis pâle qui est la chair suprême de Yi. Car à mesure que les vents s’acharnent, Yi est réduite à ce grain, à ce bouton, à cette corolle d’elle-même, qui, vertigineusement, envoie à tout son corps des ondes, des fluides, des éclairs. Elle n’est que soubresauts, nerfs exaspérés, inconscience délirante, gémissements égarés. Le pouvoir du vent. »

La vallée des roses. Lucien Bodard. Bernard Grasset (1977)

Recyclage d'illustrations d'Énantiomère R (29)

 

 
L'obstination intelligible de l'entreprise coulait comme un vain bruit

« Il s’agit de retrouver cette première entrevue, l’impression qu’elle m’a faite ce jour-là, c’est-à-dire de supprimer tout ce que j’ai su d’elle-même, tout ce que j’ai vu d’elle par la suite ; pendant plusieurs mois je me suis demandé si je n’en étais pas amoureux ; c’est que les premiers temps, avant qu’elle ne m’eût fait rencontrer sa sœur Rose, elle était la seule jeune fille avec qui j’eusse des conversations dans Bleston. »

L’emploi du temps. Michel Butor. Les éditions de minuit (1956)

samedi 1 août 2026

« Pour ma part, je choisirai en “gentleman” -un rôle de composition, faut-il le dire, dans lequel, comme le disait Borges, on défend de préférence les causes perdues d'avance. »

On achève bien les hommes : de quelques conséquences actuelles et futures de la mort de Dieu. Dany-Robert Dufour. Denoël (2005)

Recyclage d'illustrations d'Énantiomère R (28)

 

 
Son admirable conservation composait une intrigue conceptuelle

« On en vient, du coup, à croire que l'art est régi par une fin, celle du plaisir du spectateur. Or, je rappelle simplement à cet égard que, dans toute la tradition occidentale, au moins d'après le traité de Longinus (selon les sources, auteur grec du IIIe siècle avant J.-C. ou anonyme dit le “Pseudo-Longin” de la fin du Ier siècle), le Péri hupsous (Du sublime, traduit en 1674 par Boileau) jusqu'à Benjamin, en passant par Burke et par Kant, l'art fut d'abord accordé à la recherche du “sublime” qui ne renvoie pas au plaisir de contempler le “beau”, c'est-à-dire l'harmonieux qui consonne avec ses états d'âme, mais au fait de se trouver devant un absolu. L'art avait en effet pour finalité de représenter, ou plutôt de donner à penser, à imaginer, ce qui ne pouvait être représenté : l'infini, l'illimité, l'éternel, le démesuré, une pure Idée...Bien loin de faire plaisir au destinataire, il pouvait provoquer un dérèglement des facultés ouvrant sur les plus extrêmes tensions -d’exaltation ou d'effroi. Le retour au simple plaisir du spectateur ne peut évidemment que défaire le sublime, c'est-à-dire le pathos du sublime dans l'art, qui faisait toujours événement, au sens fort du terme [...]. »

On achève bien les hommes : de quelques conséquences actuelles et futures de la mort de Dieu. Dany-Robert Dufour. Denoël (2005)

Quelques Éléments supplémentaires de la Société du Spectacle (97)

« La confusion idéologique fondamentale entre la femme et la sexualité [...] prend aujourd'hui seulement toute son ampleur, puisque la femme, jadis asservie en tant que sexe, est aujourd'hui libérée en tant que sexe. [...] Les femmes, les jeunes, le corps, dont l’émergence après des millénaires de servitude et d'oubli constitue en effet la virtualité la plus révolutionnaire, et donc le risque le plus fondamental pour quelque ordre établi que ce soit -sont intégrés et récupérés comme “mythe d'émancipation”. On donne à consommer de la Femme aux femmes, des Jeunes aux jeunes, et, dans cette émancipation formelle et narcissique, on réussit à conjurer leur libération réelle. »
 
La société de consommation  : ses mythes, ses structures. Jean Beaudrillard. Gallimard, Folio (1986)
 
photographie de Dany Carrel

« Lire à cet égard, le jubilatoire pamphlet d'Annie Le Brun, Du trop de réalité (Paris, Stock, 2000) où l'auteur dénonce dans le tout culturel contemporain le fait de systématiquement mettre sur le même plan “productions mineures et gestes essentiels . Ce qui se solde par l'exclusion de toute “négativité” et par l'apparition d'un “totalitarisme de l’inconsistance où tout n'est pas seulement l'équivalent de tout mais où rien n'existe s'il n'est l'équivalent de tout et réciproquement ”, cf p. 134. »

On achève bien les hommes : de quelques conséquences actuelles et futures de la mort de Dieu. Dany-Robert Dufour. Denoël (2005)

« J'ai à parler, c'est vague. J'ai à parler, n'ayant rien à dire, rien que des paroles des autres. Ne sachant pas parler, ne voulant pas parler, j'ai à parler. »

L'Innommable. Samuel Beckett. Editions de Minuit (1953)

Visionnage domestique toulousain (337)

 

 
Jeanne : les batailles. Jacques Rivette (1994)

« En 1995*, 500 décideurs politiques et économiques de très haut niveau se réunirent pour trouver des solutions à la question de la gouvernabilité des 80% d'humanité surnuméraire par rapport aux besoins de l'économie néolibérale : la solution retenue fut celle de Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller du président Carter et fondateur de la [commission] Trilatérale : le tittytainement consiste à fournir un “cocktail de divertissement abrutissant et d'alimentation suffisante permettant de maintenir de bonne humeur la population frustrée de la planète”. Voir Hans-Peter Martin et Harald Schumann, Le piège de la mondialisation, Arles, Solin - Actes sud (1997), p13. »

On achève bien les hommes : de quelques conséquences actuelles et futures de la mort de Dieu. Dany-Robert Dufour. Denoël (2005)

* du 27 septembre au 1er octobre 1995, à l'hôtel Fairmont de San Francisco s'est tenu le premier State Of The World Forum

lundi 27 juillet 2026

Visionnage domestique toulousain (335)

 
Melancholia. Lars von Trier (2011)


 

Visionnage domestique toulousain (334)

 

 
Qui êtes-vous Polly Maggoo ? William Klein (1966)

Quel film précurseur ! Et radical dans sa satire de la mode, de la télé et des contes de fées ! Aurait-on encore un regard aussi extérieur ?

jeudi 23 juillet 2026

Récapitulatif PBF

Émissions spéciales de la Petite Boutique Fantasque 
(été 2026)

Le principe était simple, le résultat étonnant. Demander aux auditeurs et collaborateurs de l'émission de nous proposer un ou deux morceaux de rock ou de pop qu'ils souhaiteraient entendre sur les ondes cet été. Il ne nous restait qu'à les assembler intelligemment en deux programmes qui se sont révélés surprenants. Faut dire que les propositions viennent de toute la France ainsi que des Pays-bas, de la Suède et et du Québec...
 
 
Propositions goûteuses première partie : La nuit du supernaturaliste
 
Programmation musicale :
1- Dadada (Trio)
2- It’s so hard (Electrophönvintage)
3- Le jour se lève (Aure)
4- Pas cette nuit (Romain Bouteille) extrait du Graphique de Boscop
5- Quand retombe la nuit (Fernand Bernadi)
6- I like the way you kiss me (Artemas)
7- Rain (Projet Pickford)
8- Robot policier (MR.82)
9- Death of a supernaturalist (Divine comedy)
10-  Neighborhood 2 : Laïka (Arcade fire)
11-  Let it burn (Goat)
12- Without you my life is boring (The knife)
 
 
 
Propositions goûteuses seconde partie :  Le retour de Jacques dans les ruines
 
Programmation musicale :
1- Advice for young mothers to be (The veils)
2- Man made of meat (Viagra boys)
3- Modern ruin (Franck Carter and the rattle snakes)
4- Révolution calling (Queensrÿche)
5) Slingshot (Ripé)
6- Ostkreuz (Twin noir)
7- Undivided (Adelitas)
8- Versus (Machinae supremacy) 
9- Song for a nun (Elysian fields)
10- Neither yield nor reap (Briseglace)
11- Jacques revient de la pêche (Chocolat Billy)
12- Way down we go (Kaleo) 
 
Podcast : https://www.mixcloud.com/RadioRadioToulouse/le-retour-de-jacques-dans-les-ruines-la-petite-boutique-fantasque/

Le chapeau en néon de Gustav ne parvenait clairement pas à impressionner Thelma

 

 
Glen Baxter

« Globalement, quant à l'habit, on pourrait dire que les femmes s'habillent pour voiler (et donc à l'occasion dévoiler) leur corps nu. L'habit féminin est donc un voile qui constitue le corps féminin comme tel. Autrement dit sans voile, il n'y a pas vraiment de corps féminin. Il y a peut-être de la chair -mais rien de plus. De la même façon, on pourrait dire que les hommes s'habillent pour montrer ce qu'ils n'ont pas. Une puissance. Un pouvoir. L'habit masculin est un apparat, il est fait pour la parade. On s'enrubanne, on s'enturbanne, on s'emplume, on s'emperruque, non pour voiler un corps nu, mais pour le rehausser, pour l'ennoblir, pour le déguiser, pour lui faire jouer une fonction, jusques et y compris au sens politique du terme. »

On achève bien les hommes : de quelques conséquences actuelles et futures de la mort de Dieu. Dany-Robert Dufour. Denoël (2005)