Les Espaces Combattants
Le blog-note d'Aimable Lubin : extension du domaine radiophonique des Muses galantes et de la Petite Boutique Fantasque
jeudi 5 novembre 2026
Visionnage domestique toulousain (347)
« Ce qu'ils faisaient ? Jacques quelquefois sur son lit, ou assis par terre, était sous les regards de Baladine. Elle fumait, il fumait. En une heure ils prononçaient à peine dix paroles. Jacques s'enfuyait au fond de lui-même, s'y installait et s'y fortifiait. Cette femme était un ange de sa vie auquel il fallait obéir bien qu'il ne formulât aucun commandement. A lui on ne pouvait rien déguiser. Pour lui plaire, Jacques devait rester tranquille et réfléchir. Cet ange vous rendait heureux. Toutefois une certaine quantité d’agression, de mauvais vouloir et de dureté avait à trouver une issue, et alors un besoin sournois de l'irriter, de l'égratigner un peu parce qu'elle était là si puissante. Enfin un attendrissement bizarre. Celui des gens qui se trouvés dans l'adversité. Si on avait ouvert la porte à l'improviste, on eût vu par exemple Jacques à genoux devant Baladine qui faisait ses lèvres au rouge.
C'était un compagnonnage actif. Pas un mot d'amour. »
Le monde désert. Pierre Jean Jouve. Mercure de France (1960)
mardi 3 novembre 2026
PBF 2026.25 : L'expérience psychédélique serait une psychose artificielle (première diffusion sur Radio radio Toulouse mercredi 22 octobre 2026)
La drogue, les drogues
Comme fil conducteur, nous allons suivre des extraits d'une cassette audio publiée aux alentours des années 70 par le centre Didro, Centre d'accueil et de documentation pour la prévention de la drogue. Les interrogations posées par la substances psychoactives au début des années 70 a des similitudes et des différences avec celles des années 2020...
Programmation musicale :
1) White rabbit (Jefferson airplane)
2) Picture of a matchstick man (Status quo)
3) Shifting sands (West coast pop art expérimental)
4) In a gadda da vida (Iron butterfly)
5) Korkulu ruya (Erkin Koray)
6) The French girl (Ian and Sylvia)
7) Under sideways (Yardbirds)
8) Extrait d'Atom heart mother (pink Floyd)
9) Extrait de l'Air des songes agréables (Jean-Baptiste Lully) Arts florissants / William Christie
+ Larges extraits de la cassette La drogue, les drogues (Centre Didro) publiée après 1973
Pour ceux qui auraient piscine indienne, ou toute autre obligation, il y a une possibilité de rattrapage avec les podcasts de la PBF : https://www.mixcloud.com/RadioRadioToulouse/lexp%C3%A9rience-psych%C3%A9d%C3%A9lique-la-petite-boutique-fantasque/
Sus aux Philistins !
numérisation d'une diapositive sans titre (d'une série de 20 distribuée avec la cassette audio) se voulant probablement illustrative des états de conscience modifié
« Or, ayant entendu dire que les écrivains se plaisent auprès des femmes pour se documenter, se faire raconter des histoires d'amour, elle redevenait maintenant avec moi simple cocotte pour m'intéresser.
Elle me racontait : « Tenez, une fois il y avait un homme qui s'était toqué de moi et que j'aimais éperdument aussi. Nous vivions d'une vie divine. Il avait un voyage à faire en Amérique, je devais y aller avec lui. La veille du départ, je trouvai que c'était plus beau de ne pas laisser diminuer un amour qui ne pourrait pas rester toujours à ce point. Nous eûmes une dernière soirée où il était persuadé que je partais, ce fut une nuit folle, j'avais près de lui des joies infinies et le désespoir de sentir que je ne le reverrais pas. Le matin même j'étais allée donner mon billet à un voyageur que je ne connaissais pas. Il voulait au moins me l'acheter. Je lui répondis : “Non, vous me rendez un tel service en me le prenant, je ne veux pas d'argent.” »
Puis c'était une autre histoire : « Un jour j'étais dans les Champs-Élysées, M. de Bréauté, que je n'avais vu qu'une fois, se mit à me regarder avec une telle insistance que je m'arrêtai et lui demandai pourquoi il se permettait de me regarder comme ça. Il me répondit : “Je vous regarde parce que vous avez un chapeau ridicule.” C'était vrai. C'était un petit chapeau avec des pensées, les modes de ce temps-là étaient affreuses.
Mais j'étais en fureur, je lui dis : “Je ne vous permets pas de me parler ainsi.” Il se mit à pleuvoir. Je lui dis : “Je ne vous pardonnerais que si vous aviez une voiture. – Eh bien, justement j'en ai une et je vais vous accompagner. – Non, je veux bien de votre voiture, mais pas de vous.” Je montai dans la voiture, il partit sous la pluie.
Mais le soir, il arrive chez moi. Nous eûmes deux années d'un amour fou.
Venez prendre une fois le thé avec moi, je vous raconterai comment j'ai fait la connaissance de M. de Forcheville. Au fond, dit-elle d'un air mélancolique, j'ai passé ma vie cloîtrée parce que je n'ai eu de grands amours que pour des hommes qui étaient terriblement jaloux de moi. Je ne parle pas de M. de Forcheville, car au fond c'était un médiocre et je n'ai jamais pu aimer véritablement que des gens intelligents. Mais, voyez-vous, M. Swann était aussi jaloux que l'est ce pauvre duc ; pour celui-ci je me prive de tout parce que je sais qu'il n'est pas heureux chez lui.
Pour M. Swann, c'était parce que je l'aimais follement, et je trouve qu'on peut bien sacrifier la danse et le monde et tout le reste à ce qui peut faire plaisir ou seulement éviter des soucis à un homme qui vous aime. Pauvre Charles, il était si intelligent, si séduisant, exactement le genre d'hommes que j'aimais. » Et c'était peut-être vrai. »
Le temps retrouvé. Marcel Proust. GF Flammarion (1987)
lundi 26 octobre 2026
dimanche 25 octobre 2026
« - Alors le docteur ne raffole pas, comme vous, des fleurs ? demandait madame Swann à madame Cottard.
- Oh ! vous savez que mon mari est un sage ; il est modéré en toutes choses. Si pourtant, il a une passion.
L’œil brillant de malveillance, de joie et de curiosité : Laquelle, madame ? demandait madame Bontemps.
Avec simplicité, madame Cottard répondait : la lecture.
- Oh ! c’est une passion de tout repos chez un mari ! s’écriait madame Bontemps, en étouffant un rire satanique. »


