« La chambre d'où vous pensiez ne plus pouvoir sortir a disparu ; en quelque endroit que vous soyez, vous êtes chez vous et vous n'avez plus peur de violer les consignes qui vous étaient inconnues. Ensuite, vous distinguez bien vite que la terre aspire à une profonde union avec vous, que loin, d'anéantir vos efforts par l'action d'une loi qui n'est pas à votre mesure, elle cherche lentement, avec un art délicat, à se plier à votre forme, en même temps qu'elle essaie de séduire votre respiration pour la mettre en cadence ; ce que vous ressentez est si doux et si agréable que vous croyez à un songe ; mais vous ne rêvez pas ; rien n'est plus réel ; vous commencez au contraire à vous lever et à découvrir de nouveaux souterrains que vous n'aviez encore jamais vus et vous vous arrêtez en vous tenant droit, les bras étendus, contre la cloison de terre. »
Aminadab. Maurice Blanchot. L'imaginaire Gallimard (1942)Les Espaces Combattants
Le blog-note d'Aimable Lubin : extension du domaine radiophonique des Muses galantes et de la Petite Boutique Fantasque
dimanche 18 octobre 2026
« C'est moi qui à présent vais vous donner des explications. Mademoiselle Barbe, reprit-il d'une voix plus forte, vos reproches étaient sans doute fondés et, comme vous me l'avez fait observer, je me suis agité en vain. Mais ces reproches qui seraient accablants pour un autre ne m'atteignent pas tout à fait. Je puis en effet vous le confier, je ne suis entré dans la maison qu'en passant et je ne désire pas être locataire. Lorsque j'étais dans la rue, il m'a semblé que quelqu'un me faisait signe et j'ai eu envie de chercher qui m'avait appelé. Ensuite les choses ne se sont pas passées comme je le croyais ; j'ai rencontré beaucoup de difficultés et finalement je n'ai pas abouti. Mais si j'ai commis des fautes par manque de réflexion et par ignorance, je n'ai pas perdu mon projet de vue. C'est à ce but que je songe toujours. »
Aminadab. Maurice Blanchot. L'imaginaire Gallimard (1942)samedi 17 octobre 2026
Musique à Montauban (28) à l'église Saint-Jean avec Caroline et Louloute (11 octobre 2026)
« Le plus jeune se mit à chanter et sa voix, s'élevant lentement au-dessus des rumeurs de la foule, fit entendre un chant d'une beauté inattendue. Les paroles appartenaient probablement à une langue étrangère, Thomas en comprit d'abord si peu le sens qu'il crut écouter une mélodie dont la musique tenait lieu de mots. C'était un chant heureux et doux où les sons, dans leur succession rapide, ne s’effaçaient pas tous, quelques-uns continuant à durer et, sans se fondre avec les notes nouvelles, restant indifférents à la suite de la modulation. Cette singularité qu'on était tenté d'expliquer par l'acoustique de la salle, mais que Thomas attribuait à la mémoire vocale du chanteur, ne créait aucune cacophonie et finissait par transformer entièrement la mélodie, qui, au commencement, gracieuse et légère, devenait d'une gravité et d'une tristesse poignantes. Les colonnes de sons paraissaient entourer le chanteur et le séparer à jamais de la foule, le mettant au centre d'un triple péristyle qu'il ne pouvait lui-même ébranler sans péril. »
Aminadab. Maurice Blanchot. L'imaginaire Gallimard (1942)