Les Espaces Combattants
Le blog-note d'Aimable Lubin : extension du domaine radiophonique des Muses galantes et de la Petite Boutique Fantasque
jeudi 14 mai 2026
« Le souvenir que je n'ai pas saisi au moment où il affleurait dans ma mémoire, n'est plus tout à fait le même lorsque j'entreprends de le rapporter quelques heures plus tard : c'est comme une eau qu'on entend couler derrière une paroi rocheuse sans pouvoir l'atteindre, et qu'on ne reconnaît plus dans un bassin profond et plus large.
J'ai cru longtemps que je me déplaçais tout au long du fil droit de ma vie et que les objets de mon souvenir restaient immobiles, comme des silhouettes diminuant sur le quai d'une gare. Mais non, ils vivent eux aussi, et se déplacent selon des lois que je ne sais pas : et nos rencontres improbables, sont celles de deux univers en mouvement. »
Les portes de Gubbio. Danièle Sallenave. Hachette (1980)
« Si Masculin féminin est juste, c'est qu'il parvient à saisir les signes éphémères du contemporain à travers le prisme de l'enquête . L'enquête est présente à l'image, mais elle est également source d'information, objet de critiques, et méthode de travail, puisque le cinéaste a réuni l'essentiel de sa matière et de ses dialogues en interviewant lui-même les cinq acteurs principaux de son film. "J'ai parlé avec eux, avec elles, et c'est le texte des interviews qui sert souvent de dialogues. Il est plus facile de parler avec les jeunes qu'avec les adultes, qui ont trop de problèmes personnels à résoudre. Ce qui m'a frappé, c'est leur manque de précision sur les sujets graves, le refuge permanents dans les généralités. Les filles d'aujourd'hui, elles ne sont pas méchantes, elles ne sont pas profondes, elles sont disponibles. Elles parlent toujours en généralités. Sauf si on leur demande quelle marque de bas elles portent, ou quel genre de soutien-gorge. on film pourrait s'appeler A la recherche des enfants des années 60." »
Godard : biographie. Antoine de Baecque. Bernard Grasset (2010)
« A propos de la petite fille, de l'enfant-femme de HSQ, je me suis souvent demandé, si de telles tendances n'étaient tout de même pas perverses. J'ai eu la réponse aujourd'hui en observant les enfants qui me dérangeaient sans cesse dans mon travail.
La petite fille, entre 11 et 15 ans, a de jolies jambes, longues, agiles, sans ce côté trapu que leur impose plus tard le volumineux fardeau du ventre et des fesses. La chevelure a l'éclat de la jeunesse. Le visage est pur et souvent d'une belle harmonie, pas encore gâtée par l'expression de la mesquinerie, de l'égoïsme vil et de l'atrophie intellectuelle. Les yeux sont ardents et rêveurs, c'est-à-dire qu'ils expriment l'idéalisme d'une jeunesse dont le vide ne s'est pas encore manifesté. Voir ma remarque sur l'art et l'état d'enfance. La cuisse, bien qu'elle commence à prendre la rondeur féminine, est admirable.
La robe, en suggérant des formes adultes, dissimule les faiblesses du corps qui sont, à cet âge, une poitrine et un ventre enfantins.
Ces enfants sont donc effectivement dignes d'amour, et il n'y a aucune perversité dans le sentiment qu'ils éveillent.
Il n'y aurait perversité que si l'on voulait abuser réaliter de ce rêve formel. Il faudrait alors faire abstraction de l'esprit enfantin, de l'innocence -ou de la vulnérabilité- enfantine, ainsi que de l'absence de tout écho sexuel : ce serait coucher avec une poupée, ou imiter le crapaud en chaleur qui se cramponne à un morceau de bois. »
« (Un peu plus tard, le même soir.)
"La lumière n'est plus avec vous que pour un peu de temps ; marchez tant que vous avez de la lumière, de peur que les ténèbres ne vous surprennent : car celui qui marche dans les ténèbres ne sait où il va." (Jean, 12,35.) [...]
Cette Bible appartenait à ma mère (les pages en sont marquées de fleurs des champs) qui n'était pourtant pas le moins du monde croyante. Elle lisait la Bible c'est tout. Cette plante, à la fleur violette, c'est la soldanelle, je crois. »
Les portes de Gubbio. Danièle Sallenave. Hachette (1980)

