Les Espaces Combattants
Le blog-note d'Aimable Lubin : extension du domaine radiophonique des Muses galantes et de la Petite Boutique Fantasque
dimanche 24 mai 2026
Regard retrospectif sur une vie
« 29 mars
Mon passé, ma vie, mon corps, les amis, mes parents, la vie de F., celle de Kaerner : comme une architecture aux styles mêlés, sans aucun désordre pourtant, mais une nécessité absolue dans son ordonnance. Et des colonnes anciennes y sont prises, comme à Rome, dans les arcades de murs récents.
Je
suis désormais comme un architecte qu'on aurait chargé de restaurer un
palais, et qui découvrirait derrière les murailles, des pièces, des escaliers secrets, des passages que les propriétaires n'avaient jamais soupçonnés.
La part du quotidien s'estompe : plus forte et mieux exercée, ma mémoire sait maintenant se tourner vers des zones obscures. Patient travailleur de moi-même, j'ai donné congé à toutes les autres occupations, je n'ai plus le temps que pour cette œuvre baroque, ce palais de pierres rassemblées au cours de mes promenades dans le temps. Je fouille et je bâtis : je dresse des plans que je ne suis pas, des cartes qu'une nouvelle découverte me fait modifier chaque jour. Je dresse des étais, j'écarte des déblais, je cimente, je mure, et de nouvelles brèches s'ouvrent, il me faut recommencer. L'énormité de la tâche ne me rebute pas : un temps viendra, je le sais, où le présent, le passé et l'avenir seront confondus dans un même mouvement puissant dont je ne serai plus exclu. »
Les portes de Gubbio. Danièle Sallenave. Hachette (1980)
Confiance
« [...] lorsque j'eus tout-à-fait cessé de souffrir de l'amour que m'inspirait Béatrice, il m'arriva d'entendre qu'elle avait autrefois beaucoup fréquent Un tel, et connu tel autre dans les périodes les plus vives de mon amour pour elle. Et je me disais d'abord avec soulagement : comme j'aurais souffert d'apprendre cela quelques mois plus tôt -comme c'est bien d'être guéri et de pouvoir entendre cela sans un affreux serrement de cœur. Or c'était une illusion : car si j'avais appris cette nouvelle au plus fort de ma passion, et cela s'était sans doute produit sans que j'en aie gardé le souvenir, l'amour menacé, comme un poisson aveugle au fond de son creux de roche, aurait aussitôt enveloppé l'ennemi du puissant jet d'encre d'une explication rassurante, afin d'en dissoudre les aspérités, et de rendre à cette rencontre, ou tel dîner dont on m'avait parlé, sinon anodin, du moins explicable. Car ce n'est pas seulement à la jalousie que je suis particulièrement sujet : c'est à une forme extraordinaire de la capacité de se rassurer, de se faire illusion, de nier les évidences les plus criantes et les faits les mieux avérés. Ainsi, loin de souffrir, j'aurais échafaudé des arguments, parfois contradictoires contre toute vraisemblance. En y songeant bien, c'était aujourd'hui que "je ne l'aimais plus" que je souffrais, car l'amour n'était plus là pour déposer autour du fait gênant sa gomme protectrice, je découvrais dans toute leur nudité et dans toute leur horreur les preuves que Béatrice ne m'aimait pas ou du moins qu'elle en aimait d'autres dans le même moment que moi. »
Les portes de Gubbio. Danièle Sallenave. Hachette (1980)
Visionnage domestique toulousain (315)
Godard : biographie. Antoine de Baecque. Bernard Grasset (2010)
* plutôt de vendeuse...
samedi 23 mai 2026
Visionnage domestique toulousain (314)
Dans sa forme le Gai Savoir prolonge et développe La Chinoise : c'est un film "tableau noir" où l'écriture de Godard lui-même est omniprésente -sa graphie, ses esquisses, sa géométrie- et recouvre en les commentant des images, souvent des photographies, parfois des dessins, ou encore des collages, généralement pris dans des magazines, des reportages, des publicités. Le verbe godardien, avec son art de la formule, du jeu de mots -mais aussi des slogans tout prêts ou ses associations parfois un peu faciles-, piège les images ou les phrases creuses de la consommation, de la bienséance, du cliché. "Culture République Silence" sur le visage de Malraux ; "Les rois de l'impérialisme" sur la publicité pour une cuisine toute équipée. Par son ton, c'est un film didactique, qui prend le langage au sérieux, mais il est encore étrangement primesautier : il y a beaucoup d'humour dans les dialogues échangés, surtout chez Léaud, indécrottablement potache (même un peu dragueur) tandis que Patricia est plus froide, vaillante, en colère, puisque c'est elle, femme opprimée, qui assume pleinement le comportement et la langue révolutionnaires. Léaud et Berto chacun dans son registre, sont bons, et Godard a aimé les diriger. »
mardi 19 mai 2026
PBF 2026.14 : Lettres de la Grenouillère (première diffusion sur Radio radio Toulouse mercredi 20 mai 2026)
Pour ceux qui auraient piscine indienne, ou toute autre obligation, il y a une possibilité de rattrapage avec les podcasts de la PBF : https://www.mixcloud.com/RadioRadioToulouse/lettres-de-la-grenouill%C3%A8re-de-jean-joseph-vad%C3%A9-la-petite-boutique-fantasque/
Sus aux Philistins !
