« L'art peut avoir encore une très grande puissance d'illusion. Mais la grande illusion esthétique est devenue une désillusion : désillusion analytique concertée, qui peut-être pratiquée génialement -ce n'est pas le problème, sinon qu'au bout d'un moment elle tourne à vide. L'art peut devenir une espèce de témoin sociologique, ou socio-historique, ou politique. Il devient une fonction, une sorte de miroir de ce qu'est effectivement devenu ce monde, de ce qu'il va devenir, y compris dans les engagements virtuels. On va peut-être plus loin dans la vérité du monde et de l'objet. Mais l'art n'a jamais été question de vérité, bien entendu, mais d'illusion. »
Le complot de l'art : illusion et désillusion esthétiques. Jean Baudrillard. Sens & Tonka (2005)Les Espaces Combattants
Le blog-note d'Aimable Lubin : extension du domaine radiophonique des Muses galantes et de la Petite Boutique Fantasque
dimanche 3 mai 2026
Notes 5 chapitre I
« Roland Barthes, pour sa part, l'évoquait ainsi :"Les Argonautes remplaçaient peu à peu chaque pièce [du navire] en sorte qu'ils eurent pour finir un vaisseau entièrement nouveau, sans avoir à changer le nom ni la forme" Barthes par Roland Barthes, Seuil, Paris, 1975. »
Notes 10 chapitre I
« Ce sont les fragments 412-413 où Pascal dit que la guerre de la raison contre les passions produit deux sectes :"Les uns ont voulu renoncer aux passions et devenir dieux, les autres ont voulu renoncer à la raison et devenir des brutes (Des Barreaux). Mais ils ne l'ont pu ni les uns ni les autres. »
« Andy Warhol a été un grand moment du XXe siècle parce qu'il fut le seul à avoir su réellement dramatiser : il amène la simulation à être encore un drame, encore une dramaturgie : quelque chose de dramatique entre deux phases, le passage dans l'image et l'équivalence absolue de toutes les images. Son principe était de dire : "Je suis une machine, je ne suis rien" ; depuis tout le monde répète la même chose, avec la prétention en plus. Lui, il le pensait radicalement : "je ne suis rien et je fonctionne." "Je suis opérationnel sur tous les plans, artistique, commercial, publicitaire..." "Je suis l'opérationnalité même !"
il a affirmé le monde dans son évidence totale, les stars, le monde post-figuratif (puisqu'il n'est ni figuratif, ni non-figuratif : il est mythique). Ce monde-là est génial et, là-dedans, tout le monde est génial ! C'est un acte qu'on pourrait dire repensé à partir de Duchamp et qui, au niveau de nos coordonnées et de notre temporalité, aujourd'hui, ne fait pas œuvre d'art mais plutôt événement anthropologique. Et c'est pour ça qu'il m'intéresse : l'objet. Il est quelqu'un qui dans un cynisme et un agnosticisme total, a opéré une manipulation, une transfusion de l'image au réel, du référent absent de la starification du banal. »
vendredi 1 mai 2026
« Or la majeure partie de l'art contemporain s'emploie exactement à cela : à s'approprier la banalité, le déchet, la médiocrité comme valeur et comme idéologie. Dans ces innombrables installations, performances, il n'y a qu'un jeu de compromis avec l'état des choses, en même temps qu'avec toutes les formes passées de l'histoire de l'art. »
Le complot de l'art : illusion et désillusion esthétiques. Jean Baudrillard. Sens & Tonka (2005)
