« […] j’ai compris de quoi il s’agissait, rien qu’à leur air, je me suis senti tout d’un coup dévoré de flammes, vacillant comme si le sol venait de s’ouvrir, perdant ma respiration comme si je m’étais trouvé enveloppé dans un tourbillon de vent, mon cœur devenant dur, comme se calcinant. »
L’emploi du temps. Michel Butor. Les éditions de minuit (1956)
Les Espaces Combattants
Le blog-note d'Aimable Lubin : extension du domaine radiophonique des Muses galantes et de la Petite Boutique Fantasque
samedi 29 août 2026
« Toute conscience est conscience de quelque chose*. Il n'en faut pas plus mettre un terme à la philosophie douillette de l'immanence, où tout se fait par compromis, échanges protoplasmiques, par une tiède chimie cellulaire. La philosophie transcendante nous jette sur la grand-route, au milieu des menaces, sous une aveuglante lumière. Être, dit Heidegger, c'est être dans-le-monde. comprenez cet être-dedans au sens de mouvement. Être, c'est éclater dans le monde, c'est partir d'un néant du monde et de conscience pour soudain s'éclater-conscience-dans-le-monde. Que la conscience essaye de se reprendre, de coïncider enfin avec elle-même, tout au chaud, volets clos, elle s'anéantit. Cette nécessité pour la conscience d'exister comme conscience d'autre chose que soi, Husserl la nomme intentionnalité. »
Critiques littéraires (Situations, I). Jean-Paul Sartre. Gallimard (1947)
* Edmund Husserl
samedi 22 août 2026
« La jeunesse ne porte pas en elle sa solution : il faut qu'elle s'effondre et se déchire ; ou bien c'est le jeune homme qui meurt, comme Rosenthal, ou bien il est condamné par son complexe familial d'infériorité à traîner, comme Pluvinage, une adolescente éternelle et misérable : il y a pour Nizan une débâcle de la jeunesse comme, pour Freud, une débâcle de l'enfance ; les pages où il nous montre le passage douloureux de Lafforgue à l'âge d'homme sont parmi les plus belles du livre. »
Critiques littéraires (Situations, I). Jean-Paul Sartre. Gallimard (1947)
« Il y a l’Élixir de Guérison Immédiate, l’Élixir de la Bonne Guérison, l’Élixir de la Luxure Désespérée, l’Élixir du désir jouisseur, l’Élixir du Sentiment du Bonheur Infini, l’Élixir des Humeurs Noires et Suicidaires, l’Élixir de la Mort Foudroyante, l’Élixir de l’Inexorable Mort Lente. »
La vallée des roses. Lucien Bodard. Bernard Grasset (1977)
« Ils avaient l’ait tellement heureux tous les deux ; elle était tellement en beauté avec son chapeau de toile blanche, cette Rose que j’ai laissée échapper, cette Rose que je n’ai pas su aimer, que je n’ai pas eu le courage d’arracher à Bleston, cette Rose dont je me suis tant protégé, que j’évitais ces derniers temps, à laquelle je ne me serais jamais cru si attaché, que je lui ai moi-même jeté dans les bras par mon silence, par mon aveuglement, parce que je m’enfermais dans cette chambre, sans me douter que cela pourrait aller si loin, sans m’apercevoir que cela devenait si sérieux, parce que je n’aurais pas cru cela possible. »
L’emploi du temps. Michel Butor. Les éditions de minuit (1956)

