Première partie de la soirée des Talens réunis du 11 avril 2015 à la salle Molière de Launaguet, à l'occasion des 10 ans et un peu plus des Muses galantes.
Le blog-note d'Aimable Lubin : extension du domaine radiophonique des Muses galantes et de la Petite Boutique Fantasque
samedi 9 mai 2015
« J'observe en mes voyages cette pratique, pour apprendre toujours quelque chose, par la communication d'autrui (qui est la plus belle des écoles qui puisse être) de ramener toujours ceux, avec qui je confère, aux propos des choses qu'ils savent le mieux.
Basti al nocchiero ragionar de' venti,
Al bifolco dei tori, et le sue piaghe
Conti'il guerrier, conti'l pastor gli armenti.
[Que le nautonnier se borne à parler de vents
Le laboureur des taureaux,
Et le guerrier à compter ses blessures
Et le berger ses troupeaux.] »
Les Essais : Un trait de quelques ambassadeurs. Montaigne. Librairie Générale Française (2002)
vendredi 8 mai 2015
«On s'empara de la charmante fille, on l'enferma, on lui dit qu'elle était coupable, on lui intima une confession générale, et une pénitence qui devait durer jusqu'à la fin de sa vie. Elle reçut l'absolution de ses péchés de notre cardinal Pozzobonelli, grand pontife du rite ambrosien, qui lui conférant le sacrement de la confirmation, lui changea le nom de Thérèse qu'elle avait reçu aux fonts du baptême, en celui de Marie-Magdelaine, voulant par là indiquer le sûr chemin du salut éternel imitant la pénitence de sa nouvelle patronne, dont jusqu'à ce moment-là, elle avait fait la vie.»
Histoire de ma vie. Jacques Casanova de Seingalt. Bouquins Robert Laffont (2006)
Le dilemme de la pensée contre l'action
«Parce que, chez ceux qui savent se venger, ou qui savent se défendre, en général - comment cela se passe-t-il ? Eux, dès qu'ils sont possédés, disons, par l'idée de vengeance, ils n'ont plus rien en eux que leur idée aussi longtemps qu'ils n'atteignent pas leur but. Un monsieur de ce genre vous fonce droit droit au but, comme un taureau furieux, cornes baissées, il n'y a guère qu'un mur qui vous l'arrêtera. (A propos : devant ce mur, ce genre de messieurs, je veux dire les hommes spontanés et les hommes d'action, ils s'aplatissent le plus sincèrement du monde. Pour eux, ce mur n'est pas un obstacle comme, par exemple pour nous, les hommes qui pensons, et qui, par conséquent, n'agissons pas. ; pas un prétexte pour rebrousser chemin, prétexte auquel nous réservons le meilleur accueil. Non, ils s'aplatissent de tout coeur. Le mur agit sur eux comme un calmant, une libération morale, comme quelque chose de définitif, quelque chose même, je peux dire, de mystique... Mais plus tard avec le mur.) Eh bien, c'est cet homme spontané que je considère, moi, comme l'homme le plus normal, tel que l'imaginait sa tendre mère -la nature- quand elle le mit au monde. Cet homme-là, j'en suis jaloux jusqu'à m'en faire tourner la bile. Il est idiot, nous n'en discuterons pas, mais qui vous dit qu'un homme normal ne devrait pas être un idiot - qu'en savez-vous ?»
Les Carnets du sous-sol. Fédor Dostoïevski. Babel - Actes Sud (1992)
mardi 5 mai 2015
«Mais elle vint dans l'angle du salon où il se tenait, lui demanda s'il connaissait quelques-uns des convives, s'il aimait la peinture, depuis combien de temps il étudiait à Paris. Chaque mot qui sortait de sa bouche semblait à Frédéric être une chose nouvelle, une dépendance exclusive de sa personne. Il regardait attentivement les effilés de sa coiffure, caressant par le bout son épaule nue ; et il n'en détachait pas ses yeux, il enfonçait son âme dans la blancheur de cette chair féminine ; cependant, il n'osait pas lever ses paupières, pour la voir plus haut, face à face.»
L'Éducation sentimentale. Gustave Flaubert. Librairie Générale Française (1972)
lundi 4 mai 2015
Ressemblance avec une historiette racontée par Giacomo Casanova...
«Otway, dans la Venise sauvée, introduit le sénateur Antonio et la courtisane Naki au milieu des horreurs de la conspiration du marquis de Bedmar. Le vieux sénateur Antonio fait auprès de sa courtisane toutes les singeries d'un vieux débauché impuissant et hors du bon sens ; il contrefait le taureau et le chien, il mord les jambes de sa maîtresse, qui lui donne des coups de pied et des coups de fouet.»
Lettres philosophiques. Voltaire. Garnier-Flammarion (1964)
dimanche 3 mai 2015
«Lui faire admettre qu'un être a besoin de son indépendance, que, comme disait Rilke, le plus beau cadeau que l'on puisse faire à celui qu'on aime, c'est la liberté, c'est pour elle impensable : elle ne comprend pas les mots indépendance, d'autonomie, de quelque chose à soi que l'on a besoin de conserver. Elle n'éprouve pas ce besoin, elle ne sait pas ce que veut dire l'indépendance, puisqu'elle est tout à l'autre, et que l'autre est tout à elle. J'ai un besoin vital de liberté : elle ne peut comprendre cela, puisque pour elle, il n'y a de liberté qu'à deux.»
Journal en miettes. Eugène Ionesco. Mercure de France (1967)
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