vendredi 25 août 2017

«C'était ce métier qui m'avait  aveuglée à la présence des autres, à ce que je leur devais : mais rien que ce bref contact me rappelait que cela avait été un beau métier. Oui, un très beau métier ! Aurais-je pu le pratiquer comme il convenait si je m'étais répandue en mondanités ? Aurais-je pu avancer tant soit peu dans la tâche qui était la mienne, si j'avais vraiment essayé de m'adonner à des activités pratiques, d'être élégante, de m'occuper des autres ? Ceux-là mêmes qui m'entouraient, et qui avaient le plus souffert de mon attitude, m'avaient, de leur plein gré, laissée évoluer en ce sens ; ils m'avaient choisie telle que j'étais, ils m'avaient aidée à faire ce que je croyais bien et que j'aimais. Ils avaient dû, certainement, éprouver même quelque sympathie pour le zèle avec lequel je m'y adonnais. Ils méritaient mieux de ma part, cela est sûr ; mais ils m'avaient laissée, sciemment, m'adonner à cette passion, même à leur détriment.»

Les Roses de la solitude. Jacqueline de Romilly. Editions de Fallois (2006)
«C'est ainsi que l'insertion dans différents champs organisés selon des oppositions (entre fort et faible, grand et petit, lourd et léger, gros et maigre, rendu et relâché, hard et soft, etc.) qui entretiennent toujours une relation d'homologie avec la distinction fondamentale entre le masculin et le féminin et les alternatives secondaires dans lesquelles elle s'exprime (dominant / dominé, dessus / dessous, actif-pénétrer / passif-être pénétré) s'accompagne de l'inscription dans les corps d'une série d'oppositions sexuées homologues entre elles et aussi avec l'opposition fondamentale.»

La Domination masculine. Pierre Bourdieu. Editions du Seuil (1998)
«La vitesse est la forme d'extase dont la révolution technique a fait cadeau à l'homme. Contrairement au motocycliste, le coureur à pied est toujours présent dans son corps, obligé sans cesse de penser à ses ampoules, à son essoufflement ; quand il court il sent son poids, son âge, conscient plus que jamais de lui-même et du temps de sa vie. Tout change quand l'homme délègue la faculté de vitesse à une machine : dès lors, son propre corps se trouve hors du jeu et il s'adonne à une vitesse qui est incorporelle, immatérielle, vitesse pure, vitesse en elle-même, vitesse extase.»

La Lenteur. Milan Kundera. Editions Gallimard (1995)
«On pourrait si facilement vivre sans le Spectacle que ce serait épouvantable si un pareil secret de polichinelle venait à être connu de tous. Il convient donc de l'éventer, avant qu'il ne fasse des ravages, et pour le réduire à néant.
La plus belle ruse de cet univers, c'est de nous faire croire qu'il existe.»

L'Empire du Bien. Philippe Muray. Les Belles Lettres (2014)
«- Jean-Luc t'aime, vraiment, profondément. J'étais inquiet pour lui avant votre rencontre. Il avait des papillons noirs dans la tête, une sorte de désespoir que rien ne pouvait apaiser et dont il ne parlait pas. Il n'est pas fait pour vivre seul, il a besoin de son "complément", comme le dit si bien Aristophane. Et puis tu es venue et il s'est métamorphosé.»

Un an après. Anne Wiazemsky. Editions Gallimard (2015)
«Mais impossible de se défendre ! On ne peut que souhaiter que la chute des feuilles se fasse plus dense et que demain, peut être, vienne le tour de la neige ! De plus en plus, feuille après feuille, fane après fane. Car vous êtes de ceux qui ont permis à un questionnaire de régenter l'harmonica de votre âme et vous n'êtes désormais plus qu'une marionnette désarticulée, vous êtes moins qu'un cadavre sans royaume. Cher ami, il ne reste de vous qu'un sexe sans amour, un mollusque sans coquille, une beauté sans forme ! Vous n'avez plus de refuge, plus de lieu où vous blottir. Vous devez rêver, vous inventer à nouveau !»

Rencontres et visites. Bohumil Hrabal. Editions Robert Laffont (1997) 
«Serait-il temps de réparer les dommages qu'il n'en ferait rien, faute de savoir comment s'y prendre. Vieux compagnon sans emploi qui a perdu la main.»

Ostinato. Louis-René des Forêts. Editions Gallimard (2015)