dimanche 20 décembre 2015

«A quoi je répondis : "Je ne sais. Car dans cette guerre d'usure, où l'on jugeait avoir vaincu utilement si, au prix de mille soldats vigoureux on tuait deux mille ennemis de même valeur, vous aviez, vous, l'armée des civils, une situation favorable ; pour détruire un ennemi vigoureux et propre à la guerre, vous n'aviez qu'à sacrifier qu'un Français inutile. Et l'expérience a fait voir qu'un civil énergique peut livrer de meilleures batailles. Car Albéric Magnard, par exemple, tirant de sa fenêtre jusqu'à l'épuisement de ses munitions, a certainement gagné la guerre pour son compte, détruisant au prix de sa vie, qui avait une valeur militaire nulle, trois ou quatre jeunes combattants, peut être."»

Mars ou la guerre jugée. Alain. Éditions Gallimard (1936)

samedi 19 décembre 2015

Listes de noël 2015


A swedish love story (Les Petites Amoureuses)




S'il est indispensable de voir un film de cette semaine, voici une proposition pour plus tard :

«"Attends, il me dit, le vieux, je vais te montrer une chose étonnante, parce que ça, tu l'as encore jamais vu. Tu vois une goutte d'eau, pure comme une larme, et bien, regarde tout ce qu'il y a dedans, et tu verras que les mécaniciens, bientôt, ils auront percé tous les mystères de Dieu, et nous, toi et moi, ils nous en laisseront plus un seul", c'est ce qu'il m'a dit, je m'en souviens.»

L'AdolescentFédor Dostoïevski. Actes Sud (1998)
«Bien qu'il cédât à l'assoupissement, il sentit que la petite l'enjambait pour s'étendre à ses côtés - et par la suite, il eut la vague impression qu'Emma, ou quelqu'un d'autre, pliait sans relâche une étoffe brillante, la prenait par les coins, la croisait, la lustrait du plat de la main, y ajoutait encore des plis  et à un certain moment il se réveilla au cri perçant d'Emma que Rodion charriait hors de sa cellule.»

Invitation au suppliceVladimir Nabokov. Éditions Gallimard (1960)

jeudi 17 décembre 2015

«La question du luxe a mis aux prises deux écoles de morale également extrêmes qui, sous des noms divers, semblent s'être disputé de tout temps l'humanité. L'une est la morale rigoriste : elle voit d'un œil sévère et inquiet les développements de l'industrie ; elle flétrit du nom de décadence ce que la masse humaine qualifie du nom de progrès. L'autre traite le vice avec indulgence, quelquefois avec faveur ; elle ne craint pas de faire reposer la prospérité sociale sur l'extension illimitée des désirs et des fantaisies. L'une de ces écoles dit à l'humanité : "Tu péris, si tu marches !" L'autre la menace de languir et de s'éteindre si elle reconnait qu'une limite quelconque puisse être assignée au mouvement qui l'entraîne. Tous deux lui enjoignent de faire son choix entre la morale et la civilisation.»

L'Instinct du luxe. Henri Baudrillart. Hachette (1878)