« Le vent, comme un zéphyr, s’approche du jardin de Yi -jardin nu de chair nue. Angoisse merveilleuse. Et de nouveau elle voudrait que les découpures de sa chair soient une orchidée -non plus pour manger les doigts, mais pour être flattée par eux. Que le vent, tout comme il joue avec les languettes, les vrilles, les crochets, les recés, les étamines de cette fleur labyrinthe, s’engouffre dans le lacis aussi tortueux de sa blessure, l’univers de sa blessure. Fleur-blessure. Le vent en remous dans son dédale… Il arrive en longs souffles, suivant les charmilles dépouillées, les sillons latéraux secrets et comme ombragés de flamboyants. Il surgit tel une armée aquiloneuse qui connait les approches… Soudain, ces creux occupés, il devient bourrasque partant à l’assaut, qui assaille la crête qui sépare ces ravinements. Et il se met à tournoyer follement autour de son sommet, une dentelle des hauteurs, un monticule tendre. Le vent est impitoyable, il frappe et refrappe, avec une violence inlassable, ce grain de rubis pâle qui est la chair suprême de Yi. Car à mesure que les vents s’acharnent, Yi est réduite à ce grain, à ce bouton, à cette corolle d’elle-même, qui, vertigineusement, envoie à tout son corps des ondes, des fluides, des éclairs. Elle n’est que soubresauts, nerfs exaspérés, inconscience délirante, gémissements égarés. Le pouvoir du vent. »
La vallée des roses. Lucien Bodard. Bernard Grasset (1977)
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