jeudi 29 octobre 2015

«Mais quoi ! les Sciences sont-elles donc inutiles ? Ou, si elles sont utiles, d'où vient que les Hommes, attachez comme ils sont à leur intérêt, les regardent avec tant d'indifférence ? Certainement si les Connoissances, dont les Hommes sont capables, ne servoient de rien, ou si elles étoient de peu d'usage ; je ne trouverois pas étrange, qu'on eût que peu ou point d'empressement à les acquérir.»

Discours sur l'utilité des lettres et des sciences par rapport au bien de l'État, prononcé aux promotions publiques du Collège de Lausanne, le 2 de mai 1714. Jean Barbeyrac. Pierre Humbert (1715)

lundi 26 octobre 2015

«Certaines affections nerveuses ont également été diminuées par l'influence salutaire de la vaccine. Quelques épileptiques, au rapport de M. Isabeau, ont eu l'avantage de voir suspendre ou retarder leur accès d'une manière remarquable après l'effet d'une vaccination régulière. Un enfant de deux ans, atteint de la danse de Saint-Gui, fut vacciné par M. Rack, qui lui fit douze piqures le long de la colonne vertébrale. Pendant la suppuration des boutons, la traction des jambes et les mouvements désordonnés des bras avaient sensiblement diminué ; mais à peine la dessication des boutons eut-elle lieu, que les symptômes de la chorée reparurent avec la même intensité. Il est difficile de ne pas admettre, dans ce cas, une influence bien immédiate de la vaccine sur la maladie principale qui reprend son premier caractère quand l'action qui l'avait momentanément enchaînée, vient à s'éteindre.»

Rapport du Comité central de vaccine sur les vaccinations pratiquées en France pendant l'année 1816. Imprimerie royale (1818)

dimanche 25 octobre 2015

«- C'est ce que me dis toujours Mondoux.
Thérèse demanda : " Qui est Mondoux ? Mais elle savait d'avance qui était Mondoux : le type prodigieux que connaissent toujours les garçons de cet âge, l'ami qui a tout lu, qui peut déchiffrer n'importe quelle partition, qui a une mystique ; la merveille qu'ils sont impatients de vous présenter et que d'avance la femme déteste. "Vous verrez, il ne se livre pas tout de suite, mais s'il est bien disposé..." Presque toujours, il s'agit d'un personnage remarquable par ses boutons et par sa pomme d'Adam, fou de timidité, d'orgueil et de jalousie. L'influence de Mondoux est toujours redoutable...»

La Fin de la nuit. François Mauriac. Éditions Bernard Grasset (1935)
«L'âme fataliste, ou si l'on veut prophétique, comme parle Hegel, est aux écoutes ; elle cherche des signes, elle les appelle ; elle va au-devant des signes, elle les fait surgir par incantation. D'un côté elle méprise, elle écarte, elle fait taire par violence tout ce qui n'est pas signe ; et le simple bonheur lui est par là  plus directement odieux qu'aucune autre chose. De l'autre, elle s'entraîne elle-même vers l'état sibyllin, déclamant à elle-même et aux autres.»

Mars ou la guerre jugée. Alain. Éditions Gallimard (1936)

vendredi 23 octobre 2015

Réminiscence personnelle (10)

«Enfin il y avait encore deux accordéons. Ma parole, je n'avais jusqu'alors aucune idée du parti qu'on pouvait tirer de ce grossier instrument populaire ; l'harmonie des sons, le jeu, surtout l'expression, la compréhension, le rendu parfait des motifs, étaient véritablement extraordinaires. C'est là que je compris pour la première fois quel abandon infini, quel amour du risque recèlent les airs de danse si entraînants de la Russie.»

Souvenirs de la maison des mortsDostoïevski. Editions Gallimard (1950)

jeudi 22 octobre 2015

Les rondes



Je n'ai pas fait de rondes
Pas joué au cerceau
Moi je suis de ce monde
Où l'on se fout à l'eau

A la fin de l'année
On m'oubliait souvent
Et j'avais tout le temps
De recompter les têtes,
Dans la cour des vacances
Je jouais à la marelle
Je régnais en silence
Et j'étais la plus belle

Je n'ai pas fait de rondes
Pas joué au cerceau
Moi je suis de ce monde
Où l'on se fout à l'eau

J'inventais des navires
Qui venaient me chercher
Et l'on courrait me dire
Que j'allais m'en aller,
On coulait au grand large
Le parc et le préau
Au creux de chaque vague
On larguait les barreaux

Je n'ai pas fait de rondes
Pas joué au cerceau
Moi je suis de ce monde
Où l'on se fout à l'eau

Et sonne une heure encore,
Mon bateau s'est noyé
Il n'y a pas de port
Et l'amarre est cassée,
Racontez-moi les rondes
Les marelles, les cerceaux

Moi j'étais de ce monde
Où l'on se fout à l'eau.

Paroles : Gribouille. Musique : Jean-Claude Annoux
«Vivre avec les hommes comme avec des ennemis dont on se défie, être sans cesse occupé à saisir sur eux jusqu'aux plus légers avantages, censurer avec aigreur ou avec emportement leurs foiblesses & leurs imprudences, ne pouvant leur pardonner de valoir quelquefois mieux que nous, & repousser, si j'ose dire, leur supériorité comme une tyrannie, n'est-ce pas acheter leur haine par l'injustice ?»

Considérations sur le génie et les mœurs de ce siècle
. Jean Soubeyran de Scopon. Durand (1750)