dimanche 3 mai 2026

« Andy Warhol a été un grand moment du XXe siècle parce qu'il fut le seul à avoir su réellement dramatiser : il amène la simulation à être encore un drame, encore une dramaturgie : quelque chose de dramatique entre deux phases, le passage dans l'image et l'équivalence absolue de toutes les images. Son principe était de dire : "Je suis une machine, je ne suis rien" ; depuis tout le monde répète la même chose, avec la prétention en plus. Lui, il le pensait radicalement : "je ne suis rien et je fonctionne." "Je suis opérationnel sur tous les plans, artistique, commercial, publicitaire..." "Je suis l'opérationnalité même !"
il a affirmé le monde dans son évidence totale, les stars, le monde post-figuratif (puisqu'il n'est ni figuratif, ni non-figuratif : il est mythique). Ce monde-là est génial et, là-dedans, tout le monde est génial ! C'est un acte qu'on pourrait dire repensé à partir de Duchamp et qui, au niveau de nos coordonnées et de notre temporalité, aujourd'hui, ne fait pas œuvre d'art mais plutôt événement anthropologique. Et c'est pour ça qu'il m'intéresse : l'objet. Il est quelqu'un qui dans un cynisme et un agnosticisme total, a opéré une manipulation, une transfusion de l'image au réel, du référent absent de la starification du banal. »

Le complot de l'art : illusion et désillusion esthétiques. Jean Baudrillard. Sens & Tonka (2005)

Visionnage domestique toulousain (308)

 

 
JLG / JLG : autoportrait de décembre. Jean-Luc Godard (1995)

vendredi 1 mai 2026

« Or la majeure partie de l'art contemporain s'emploie exactement à cela : à s'approprier la banalité, le déchet, la médiocrité comme valeur et comme idéologie. Dans ces innombrables installations, performances, il n'y a qu'un jeu de compromis avec l'état des choses, en même temps qu'avec toutes les formes passées de l'histoire de l'art. »

Le complot de l'art : illusion et désillusion esthétiques. Jean Baudrillard. Sens & Tonka (2005)

Notes 34

« Dans un remarquable article publié dans Le Monde diplomatique en août 1988 intitulé “Naissance de l'hyperbourgeoisie”, le sociologue Denis Duclos définissait cette nouvelle classe ainsi : “L'hyperbourgeoisie [privilégie un] système de valeurs axé sur la prédation rapide.” Elle se caractérise d'être “anticultivée”. “Pourquoi ? Parce que la valeur suprême étant l'action sur des capitaux capables de changer la richesse de continents entiers, l'hyperclasse fonctionnelle récuse ce qui freine le changement de valeurs attribués par les humains à leurs objets. [...] Elle cultive une fascination sauvage des formes ostentatoires de l'unique valeur de domination : avoir plus grand que le voisin, plus visible,mieux protégé, infiniment plus coûteux etc.” Est-ce à dire que tout serait sauvage au pays de cette hyperclasse ? Non : “La nouvelle superbourgeoisie se veut humaniste, universaliste et multiraciale. Elle affiche bons sentiments et extrême générosité envers l'exotisme menacé, des Yanomamis aux pygmées. Elle prétend avoir dépassé la question ethnique. »

La Cité perverse : libéralisme et pornographie. Dany-Robert Dufour. (2012)

Recyclage d'illustrations d'Énantiomère R (8)

 

 
Si spécificité il y a, elle est en quelque sorte masquée par cette première argumentation

« Si dans la pornographie ambiante s'est perdue l'illusion du désir, dans l'art contemporain s'est perdu le désir de l'illusion. Dans le porno, rien ne laisse plus à désirer. Après l'orgie et la libération de tous les désirs nous sommes passés dans le transsexuel, au sens d'une transparence du sexe, dans des signes et des images qui en effacent tout le secret et toute l’ambiguïté. Transsexuel, au sens ça n'a rien à voir avec l'illusion du désir, mais avec l'hyperréalité de l'image. »

Le complot de l'art : illusion et désillusion esthétiques. Jean Baudrillard. Sens & Tonka (2005)

Stade anal !

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« L'un des traits de la perversion, c'est, comme je l'ai déjà dit, de contester la Loi, en l’occurrence celle de la différence sexuelle. Or c'est exactement à l'endroit de cette contestation que réapparaît la question pornographique, si l'on entend par là la présentation crue, directe, dans la Cité, de l'organe sexuel, notamment. Bien, mais lequel ? Tous, bien sur. Mais un en particulier. Celui justement qui peut échapper à toute capture de différenciation sexuelle. Or, il en est particulier : le cul.  Quel cul ? demandera-t-on. Je répondrai : le cul au sens large et au sens étroit. »

La Cité perverse : libéralisme et pornographie. Dany-Robert Dufour. (2012)