dimanche 4 octobre 2015

Texte des Petites Amoureuses (3)

«Un éclair d'orgueil fulgura dans le ventre et dans le torse de Manuel. Il se rappela les après-midi torrides, blancs de soleil, quand on marche dans la campagne et que tout d'un coup toute la chaleur, toute la résine brûlante de l'été paraît se condenser dans le ventre, monte, oppresse, puis éclate en gerbe écarlate - et à ce moment on pense à l'aigle d'or... Mais maintenant c'était la nuit, et il ne comprit pas son orgueil. Il caressa avec ses lèvres les joues de l'enfant.
- Je ne fait pas exprès, dit-il.
Il songea à éloigner son propre corps de celui de la petite fille, mais il ne le souhaitait pas vraiment. Il ajouta :
- C'est parce que je suis un homme.»

Mano l'archangeJacques Serguine. Editions Gallimard (1962)

L'été vingt-quinze en montages (et démontages) sur un lit de philosophie


On voudrait en faire un symbole de l'été 2015, un peu en deçà d'une prophétie mais au-delà du reportage. Quelque chose de sauvagement conceptuel ! Et un souvenir !

MG 337 : dernière émission des Muses galantes


samedi 3 octobre 2015

«Cette nuit-là, je fis des cauchemars les plus horribles. Pas étonnant : toute la soirée j'avais été oppressé par les souvenirs de mes années de bagne à l'école, je ne pouvais m'en détacher. J'avais été fourré dans cette école par de lointains parents dont je dépendais et dont je n'ai eu par la suite aucune nouvelle - ils m'avaient fourré là, orphelin, déjà complètement écrasé par leurs reproches, déjà méditatif, ne disant rien et lançant un regard farouche sur tout. Mes camarades m'avaient accueilli par des moqueries méchantes et sans pitié  parce que je ne ressemblais à aucun d'eux. Mais je ne pouvais pas les supporter, les moqueries, je ne pouvais pas m'y faire d'une façon si lâche, comme eux, ils se faisaient les uns les autres. Je les avais haïs immédiatement et je m'étais muré de tous dans un orgueil craintif, blessé et incommensurable.»

Les Carnets du sous-sol. Fédor Dostoïevski. Babel - Actes Sud (1992)

Quelques Éléments de la Société du Spectacle (8)

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« Le temps pseudo-cyclique est un temps qui a été transformé par l'industrie. Le temps qui a sa base dans la production des marchandises est lui-même une marchandise consommable, qui rassemble tout ce qui s'était auparavant distingué, lors de la phase de dissolution de la vieille société unitaire, en vie privée, vie économique, vie politique. Tout le temps consommable de la société moderne en vient à être traité en matière première de nouveaux produits diversifiés qui s'imposent sur le marché comme  emploi du temps socialement organisés. "Un produit qui existe déjà sous une forme qui le rend propre à la consommation peut cependant devenir à son tour matière première d'un autre produit." (Le Capital) »

La Société du spectacle. Guy Debord. Éditions Gallimard (1992)

vendredi 2 octobre 2015

«Il y a un certain esprit religieux, qui n'est pas le meilleur, et qui s'accorde avec la guerre par le dessous, comme on peut voir chez un bon nombre d'officiers, que je prends pour sincères. D'abord cette idée que l'homme n'est pas bon, et, en conséquence, que l'épreuve la plus dure est encore méritée. Aussi l'idée que, selon l'impénétrable justice de Dieu, l'innocent paie pour le coupable. Enfin cette idée aussi que notre pays, léger et impie depuis tant d'années, devait un grand sacrifice. Sombre mystique de la guerre qui s'accorde avec l'ennemi, la fatigue et la tristesse de l'âge.»

Mars ou la guerre jugéeAlain. Éditions Gallimard (1936)
«Rien n'est plus ennuïeux qu'une fade redite.
C'est trop pour bien des gens, que narrer une fois ;
Mais d'y revenir deux ou trois,
Le plus beau diseur en est quitte.
Je hais à mort toute présomption
D'homme qui croit toujours dire merveilles,
Et sans pitié pour mes oreilles,
Les met à contribution ;
Qui sçachant quelque fait, se flatte qu'on l'ignore.
Et d'un conte passé vient me faire un grand plat,
Où me jugeant une pecore
D'heure en heure me le rabat.»

Continuation des mémoires de littérature et d'histoire
. Albert-Henri de Sallengre. Simart (1727)