dimanche 3 mai 2015

«C'était une chose instructive que de placer côte à côte Ada Veen et Grace Erminine qui avait le même âge qu'elle : la pâle teinte du petit-lait et l'incarnat ardent de la bonne santé : crins noirs et longs de la jeune sorcière et des cheveux châtains coupés à la Ninon ; le regard grave et velouté de mon amour, et le pétillement bleu des yeux de Grace derrière ses lunettes à monture en corne ; les cuisses nues de la première et les longs bas rouges de l'autre ; la jupe gitane et le costume marin. Ce qui était encore plus instructif, c'était de constater à quel point la physionomie assez neutre de Greg se retrouvait , transposée trait pour trait dans l'aura géminale de sa soeur, où elle acquérait un semblant de beauté féminine (laquelle d'ailleurs n'altérait aucunement l'intime ressemblance entre le matelot et la matelote).»

Ada ou l'ardeurVladimir Nabokov. Librairie Arthème Fayard (1975)

samedi 2 mai 2015

«J'embrasse Piram ! Je l'embrasse... y a que lui qu'a du coeur !... il pleure sa petite garce ! et ce qu'elle s'en fout ! planquée ! planquée !... sa petite maîtresse ! ô gué ! ô gué ! on est tous cocus ! rigodon ! brroum ! que tout s'écroule, ça serait fantastique !»

Féerie pour une autre foisLouis-Ferdinand Céline. Editions Gallimard (1952)

Fin des Muses galantes...

«A mon grand soulagement, j'ai terminé mon livre sur Molière. J'ai remis le manuscrit le 5. Ce travail m'a complètement épuisé et a absorbé toute ma substance. Je ne saurais même plus dire combien d'années, si l'on remonte à l'époque où j'ai commencé à travailler à la pièce, je vis dans le Paris fantomatique et féerique du XVIIe siècle. A présent je lui dis adieu, probablement pour toujours.»

Lettre à Nicolas Boulgakov. Mikhaïl Boulgakov. Préface de La vie de Monsieur de Molière. Editions Robert Laffont (1993)

Après les Talens réunis


Annonce de l'arrêt de l'émission radiophonique d'Aimable Lubin : Les Muses galantes lors de l'été 2015. La Petite Boutique Fantasque avec Jeanne Tympa et Jean patin restent sur l'antenne de radio-radio (www.radio-radio.net).

vendredi 1 mai 2015

Épiphanie artefactuelle (12)


«Tu sais qu'en écrivant
Tu vas apprendre.

Si tu croyais ne rien apprendre
Tu n'écrirais pas.

Chaque fois
Tu sais que tu vas saisir
Un embryon de définitif.

Tu ressembles
Au pêcheur qui attend

De tenir bientôt 

Du vivant»

Art poétiqueGuillevic. Editions Gallimard (1989) 

Réminiscence personnelle (2)

«Vendredi 20 novembre 1914

Voilà le réveil. Il gèle dehors. Au sortir de mes rêves de la nuit, devant ce joli temps de gel, et à me retrouver ici je sens revenir le cafard. C'est si triste, et rien que d'entendre les conversations de mes voisins, ça me met hors de moi ! - Quand je songe combien ces premiers froids sont charmants sur l'avenue de Paris, au Parc, sur le chemin de la Sorbonne - Ô la bonne Bibliothèque ! si chaude avec ses bouquins. Ici on crève comme un animal, dans la misère physique, intellectuelle. Hélas ! Je n'attends qu'une lettre. - Les Boches et le Froid c'est trop !»

Paroles de poilus : lettres et carnets du front 1914-1918. Etienne Tanty. Radio France (1998)

Résonances contemporaines (9)

«La Rome de ces temps offre le spectacle des multiples abus enchevêtrés les uns dans les autres, et dérivant d'une oligarchie en pleine dégénérescence et d'une démocratie à ses débuts encore, mais déjà rongée aux vers en son germe. A n'en juger que par les noms que les deux factions se sont données, les "grands" (optimates) tendent à faire prévaloir la volonté des meilleurs : les "populaires" (populares) n'ont égard qu'à la cité toute entière : mais dans la réalité, on ne trouverait à Rome ni une aristocratie complète, ni un peuple constitué et se régissant lui-même. Des deux côtés, on se bat pour une ombre : des deux côtés, il n'y a que des rêveurs ou des hypocrites. La gangrène politique a fait partout un égal ravage : la nullité est égale dans les deux camps.»

Histoire romaine Livre I à IV : Des commencements de Rome jusqu'aux guerres civilesTheodor Mommsen. Bouquins Robert Laffont (1985)