lundi 2 mars 2026

Conversation rapportée de Voltaire avec Casanova

 « - Aimant le genre humain je voudrais le voir heureux comme moi libre, et la superstition ne peut pas se combiner avec la liberté. Où trouvez-vous que la servitude puisse faire le bonheur d'un peuple ? 
- Voudriez-vous donc voir la souveraineté dans le peuple ?
- Dieu m'en préserve. Il faut qu'un seul gouverne.
- La superstition est donc nécessaire, puisque sans elle le peuple n'obéira jamais au monarque. - Point de monarque, car ce nom me fait voir le despotisme que je dois haïr comme la servitude.
- Que voulez-vous donc ? Si vous voulez que celui qui gouverne soit seul, je ne peux que le considérer que comme monarque.
- Je veux qu'il commande à un peuple libre, et pour lors il sera son chef, et on pourra ne pas l'appeler monarque , car il ne pourra jamais arbitrer.
- Adisson vous dit que ce monarque, ce chef, n'est pas dans les existences possibles. Un peuple sans superstition serait philosophe, et les philosophes ne veulent jamais obéir. Le peuple ne peut être heureux qu'écrasé, foulé, et tenu à la chaîne. »

Histoire de ma vieJacques Casanova de Seingalt. Bouquins Robert Laffont (2015)

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