Tous les 5 mètres un cadavre de Français le pantalon rouge vin, ça et là quelques allemands en gris. Pas effrayant du tout ce champ de bataille, je crois voir des poupées habillées en soldat ; pour m’effrayer il faut que je réfléchisse. Si tout de même j’étais de ceux-là, plus rien, le néant. Quelle sottise il a fait ce mannequin d’être allé se fourrer là ; la vie c’est la seule réalité, tout le reste n’est que mots.
Au fond ces gens ont ce qu’ils méritent, l’humanité est stupide. Ai-je assez chanté sur tous les tons aux ouvriers qu’il fallait faire la révolution pour s’affranchir, je n’ai réussi qu’à leur faire peur, maintenant ils meurent tout de même et ce n’est pas pour s’affranchir, c’est pour le contraire. Ah, tout est vanité, le progrès n’est pas, à quoi bon vivre ; mieux vaudrait que je sois là, à la place de ce mort.
Journal de guerre dans Mémoires d'une féministe intégrale. Madeleine Pelletier ; édition critique par Christine Bard. Gallimard Folio inédit histoire (2024)
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