Le blog-note d'Aimable Lubin : extension du domaine radiophonique des Muses galantes et de la Petite Boutique Fantasque
jeudi 23 juillet 2026
Prouver l'existence de Dieu
« La dernière tentative en ce sens remonte à Kant. Il s'était retrouvé face à trois preuves que je rappelle brièvement :
- La preuve cosmologique, selon laquelle le monde comme objet en mouvement suppose des moteurs, eux-mêmes mus par d'autres moteurs, de sorte que d'objets mus en moteurs et de moteurs en objets mus, tout repose sur la nécessité d'un premier moteur, immobile, comme suprême cause (Aristote, Avicenne, Maimonide, Thomas d'Aquin...)*.
- La preuve ontologique, selon laquelle l'existence de Dieu se déduit de son idée : la définition est parfaite, donc il existe -s'il n'existait pas, sa définition serait imparfaite (Anselme de Cantorbéry, Descartes, Leibniz...).
- Enfin, la preuve physico-théologique, selon laquelle l'ordre, la beauté et la complétude du monde ne peuvent être le fruit du hasard et suffisent à prouver l'existence de Dieu (Platon, Aristote, les néoplatoniciens, Augustin, Anselme de Cantorbéry, Thomas d'Aquin, Descartes, Bossuet,Voltaire...).
[...]
Après avoir récusé ces preuves classiques de l'existence de Dieu, Kant indique que la réalité du mal n'est pas une raison pour douter de Dieu , bien au contraire : c'est une preuve supplémentaire. Dieu a en effet permis le mal pour que l'homme puisse choisir librement le bien. L'obligation morale qui nous habite constitue donc en dernier lieu la preuve d'une intervention qui représente en nous la voix de Dieu. »
On achève bien les hommes : de quelques conséquences actuelles et futures de la mort de Dieu. Dany-Robert Dufour. Denoël (2005)
* L'artisanat du Grand Horloger
mercredi 22 juillet 2026
« La question qui reste à résoudre pour l'homme est donc la suivante : si les loups, qui vivaient en meute, se sont prêtés au jeu de dupe de la substitution du mâle dominant et sont devenus par ce tour de passe-passe de vulgaires chiens, sous quel substitut de mâle dominant sont eux-mêmes tombés les néotènes humains. De qui sont-ils devenus la dupe en se néoténisant ?
La question est légitime : le moindre souci d'éthologie comparée oblige en effet à se demander pourquoi homo sapiens sapiens, avec son passé grégaire, aurait pu se passer de la dominance tandis que canis lupus y succombait inévitablement. »
On achève bien les hommes : de quelques conséquences actuelles et futures de la mort de Dieu. Dany-Robert Dufour. Denoël (2005)
« La Physis (ou Phusis) réfère à ces nombreuses forces de la nature nommées par des noms propres dans le polythéisme grec. Les travaux de Jean-Pierre Vernant ont permis de comprendre que ce qui préside au destin de chaque petit sujet, ce n'est pas une force unique, mais un ensemble de forces contradictoires infiniment diverses, dont chacune peut éventuellement suivre sa logique propre. Mais cette multiplicité, parce qu'elle constitue un ensemble distinct du monde des hommes, avec des généalogies, ses théogonies et ses cosmogonies, mérite bien le nom de religion. Les dieux grecs résident en effet dans un au-delà marqué par une coupure irréparable : les hommes sont mortels et les dieux, immortels. »
On achève bien les hommes : de quelques conséquences actuelles et futures de la mort de Dieu. Dany-Robert Dufour. Denoël (2005)


