lundi 27 février 2017

«Tout d'abord, le système tonal et ses dérivés dans les dites  musiques actuelles ne sont pas capables de se combiner avec la musique andalouse modale sans en dénaturer le sens et contrevenir à sa logique. C'est l'eau et le feu. Toucher au modal, c'est anéantir le pouvoir hypnotique et les sortilèges du flamenco.»

Labyrinthes d'un guitariste. Rafael Andia. L'Harmattan : univers musical (2016)

samedi 18 février 2017

La Danseuse Nue

«Elle est absolument nue dans la lumière… Orchestre. La danseuse lève les bras. C’est une grande femme indifférente qui pose. Ses bras, son ventre, ses cuisses : voilà tout. On constate qu’elle est nue, qu’elle n’a ni bagues, ni sautoir pour son petit chiqué. Les attitudes qu’elle offre au public me sauvent d’un ridicule amer, puisque chacun s’éprend de l’art plastique devant cette femme dévêtue pour son rôle.

Des gens s’ennuient correctement.

…Elle avance d’un pas, se cambre pour enfler sa poitrine régulière. On la voit mieux. C’est énervant ! Des jets de lumière tiède s’écrasent sur les épaules de cette femme. Elle joint les mains derrière la tête : le ventre monte, genoux collés. Les seins tendus s’épanouissent.»

Au vent crispé du matin. Francis Carco. Nouvelle Édition nouvelle, JA Coulange et cie (1913)


vendredi 17 février 2017

Inépuisable sujet que celui de la Saint-Valentin !

«La fête serait détestablement “commerciale” (alors que le consumérisme ordinaire tend désormais à être rejeté). Ses décors obligés seraient écoeurants de désuétude (alors que nous sommes en quête d’originalité et d’esthétique créative). La Saint-Valentin imposerait l’amour à date fixe (alors que ce qui caractérise le sentiment est qu’il surgit à sa guise). Elle serait collectiviste (alors que le je-sujet veut désormais être seul maître de sa vie).»

 Saint-Valentin, Mon amour ! Jean-Claude Kaufmann. Les liens qui libèrent (2017)
«Il y en avait beaucoup plus que je ne l'aurais pensé. La petite mer qui investissait mes globes oculaires était agitée, comme en quête de nouveaux territoires à conquérir.
Je remarquai plus de spermatozoïdes anormaux que de normaux. Les anormaux étaient plus complexes et plus élégants, agrémentés d'une bonne dizaine de flagelles.
- Ce n'est pas drôle, lui objectais-je. Les spermatozoïdes normaux n'ont qu'une ficelle et leur forme est trop discrète, on ne les remarque pas.
- Je te l'ai déjà dit, non ? Les choses correctes n'ont rien en trop. Plus on a de superflu, plus on s'affaiblit rapidement.»

Le musée du silence. Yôko Ogawa. Actes Sud (2005)

vendredi 10 février 2017

« Tout ainsi que l'ennemi se rend plus âpre à notre fuite, aussi s'enorgueillit la douleur, à nous voir trembler sous elle. Elle se rendra de bien meilleure composition, à qui lui fera tête : il se faut opposer et bander contre. En nous acculant et tirant en arrière, nous appelons à nous et attirons la ruine, qui nous menace. Comme le corps est plus ferme à la charge en le raidissant : ainsi est l'âme. »

Les Essais : De l'amitié. Montaigne. Librairie Générale Française (2002)
«La cathédrale peut absorber les pierres, qui y prennent un sens. Mais le tas de pierres n'absorbe rien et faute d'absorber il écrase. Ainsi en est-il - mais à qui la faute ?
Je ne m'étonne plus de ce que le tas de pierres, qui pèse lourd, l'ait emporté sur les pierres en vrac.
Cependant c'est moi qui suis le plus fort.»

Pilote de guerre. Antoine de Saint-Exupéry. Éditions Gallimard (1959)