lundi 31 août 2015

Quelques Éléments de la Société du Spectacle (7)

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« Quand l'idéologie, devenue absolue par la possession du pouvoir absolu, s'est changée d'une connaissance parcellaire en un mensonge totalitaire, la pensée de l'histoire a été si parfaitement anéantie que l'histoire elle-même, au niveau de la connaissance la plus empirique, ne peut plus exister. La société bureaucratique totalitaire vit dans un présent perpétuel, où tout ce qui est advenu existe seulement pour elle comme un espace accessible à sa police. »

La Société du SpectacleGuy Debord. Éditions Gallimard (1992)


dimanche 30 août 2015

«Au soir de cette noce mi-paysanne, mi-bourgeoise, des groupes où éclataient les robes des filles obligèrent l'auto des époux à ralentir, et on les acclamait. Ils dépassèrent, sur la route jonchée de fleurs d'acacia, des carrioles zigzagantes, conduites par des drôles qui avaient bu. Thérèse, songeant à la nuit qui vint ensuite, murmure : "Ce fut horrible..." puis se reprend : "Mais non... pas si horrible..." Durant ce voyage aux lacs italiens, a-t-elle beaucoup souffert ? Non, non ; elle jouait à ce jeu : ne pas se trahir. Un fiancé se dupe aisément ; mais un mari ! N'importe qui sait proférer des paroles menteuses ; les mensonges du corps exigent une autre science. Mimer le désir, la joie, la fatigue bienheureuse, cela n'est pas donné à tous. Thérèse sut plier son corps à ces feintes et elle y goûtait un plaisir amer. Ce monde inconnu de sensations où un homme la forçait de pénétrer, son imagination l'aidait à concevoir qu'il y aurait eu là, pour elle aussi peut être, un bonheur possible - mais quel bonheur ? Comme devant un paysage enseveli sous la pluie, nous nous représentons ce qu'il eût été dans le soleil, ainsi Thérèse découvrait la volupté.»

Thérèse Desqueyroux. François Mauriac. Bernard Grasset (1927)

Description du projet Poubelle et Poubelle bis

Ce projet est né, il y a bien des lustres, d’une discussion avec Stéphane Jammes de Bloc-Secret, émission à vocation hardiment littéraire de Radio-Radio, radio associative toulousaine. Nous dressions, fougueusement,  le panorama de rue toulousaines encombrées de poubelles. Et au milieu d’entr’elles, des livres. Pieusement, nous décidâmes qu’il fallait, obligation stricte, les ramasser, les feuilleter et même les lire en essayant de deviner pourquoi ils avaient subi un tel sort d'abandon. La dernière étape est sortie d’elle-même comme le diable de sa boite, avec la création de la Petite Boutique Fantasque. Il fallait faire adopter ces rebuts littéraires par des lecteurs enthousiastes qui leur donnerait voix à l’antenne. Ce projet a annexé aux livres du trottoir, des livres qui allaient s’y retrouver mais qui ont été interceptés à temps ! Nous avons voulu les différencier en les regroupant sous le projet Poubelle bis. Ce projet-là, bis, risque de devenir plus important que son aîné, car cela fait longtemps que des livres ne sont plus laissés facilement accessibles auprès des containers. En tous cas, cela fait longtemps que nous n’en avons plus trouvé...
Des extraits de ces livres, lus ou non dans la Petite Boutique Fantasque se retrouve ici, dans Les Espaces Combattants, où leurs confrontations avec les autres livres, ceux qui sont aimés et chéris, ressemblent aux paysages romantiques : vallées paisibles débouchant dans gouffres insondables et au milieu de la tempête.

samedi 29 août 2015

Muses galantes : deux hypothèses sur l'évolution de la musique

Selon Jérôme Ducros, l'atonalisme de Schönberg conduit la Musique à une impasse, à une rupture avec le public. Sa seule possibilité de survie serait le retour à la tonalité.
Mais on pourrait envisager, l'évolution de la Musique de manière plus fluide, plus expérimentale. Cette évolution passerait par des crises d’intellectualité aigüe pour revenir par différents trajets vers les oreilles pantouflardes des auditeurs. On rencontrerait des exemple de ce type au moins à partir du XVIIIe siècle français, à partir de la séparation irréversible de la musique populaire et de la musique savante, qui, auparavant, vivaient en parfaite harmonie.
Au XXIe siècle, la mutation musicale que nous subissons est une mutation technique avec arrivée de machines. Mais c'est une mutation somme toute assez mineure, ne nous y trompons pas !

Réminiscence personnelle (6)

«Je regardais la paillasse sans doute encore toute chaude et je savais que c'en était fini de  ce doux engourdissement qui depuis deux semaines me portait à travers le temps. Dès le début de mon incarcération, j'avais pris soin d'étouffer toute velléité de révolte : je détestais la colère impuissante et, ici, comme dehors, je voulais me persuader encore que j'avais la tête plus solide qu'eux tous. Ils haïssaient ma douceur parce que c'était une douceur sarcastique qui les irritait et cependant leur en imposait ; ils savaient bien qu'elle était ma seule arme.»

Oeuvres complètes : Le jeune homme qu'on surnommait Bengali. Louis-René des Forêts. Quarto Gallimard (2015)

vendredi 28 août 2015

Filmographie d'été (18bis)

«Une femme est une femme est construit autour de dix scènes de ménage, entre Émile et Angela essentiellement, permettant à Godard de revisiter toutes les formes des rapports de couple, et cela avec une "préchichion chientifique" comme le susurre Anna Karina. Autour du lit, pour une brosse à dents, avec le téléphone, par l'intermédiaire de stores qui se baissent ou se lèvent suivant que le couple se réconcilie ou se quitte, à vélo, grâce à des titres et des couvertures de livres, en répétant les phrases de l'autre comme un perroquet, ces possibles occupent un film qui, tout à la fois, conforte le personnage féminin typiquement godardien et en propose une inflexion notable : moins misogyne. Une femme est une femme est le portrait d'une indépendante, Angela, qui travaille, décide de sa vie, de ses amours et de sa maternité»
 
Godard : biographieAntoine de Baecque. Editions Grasset et Fasquelle (2010)

Filmographie d'été (18)



Une Femme est une femme. Jean-Luc Godard (1961). DVDY films