samedi 10 janvier 2026

« [...] il y a environ autant d'espèces de décadences qu'il y a d'idéaux. Tout homme ou peu s'en faut imagine à son idéal subjectif un pendant négatif, sa conception de la décadence.
Ne pourrait-on néanmoins cerner la notion de décadence, plus objectivement - que l'idéal ? (Art de l'escrime en France ?) Encore une question : l'art d'une époque de décadence politique est-il nécessairement décadent ?. »

Journaux. Robert Musil. Seuil (1981)

Le sourire de la famille pour 2026

 

Un cheval, des cheveux bleus, une radio lors d'un enregistrement avec Québec et la construction d'une maison...

dimanche 4 janvier 2026

Visionnage domestique toulousain (281)

 

A ma soeur ! Catherine Breillat (2001)
 

Elena et Anaïs sont soeurs. Pourtant, elles ne se ressemblent pas du tout. Autant l'aînée, Elena, 15 ans, est belle et attire les convoitises des mâles, autant Anaïs est grosse et moche. C'est en vacances à la mer qu'Elena rencontrera le garçon, un bel Italien, qui lui fera perdre sa virginité. Et c'est en observant sa sour qu'Anaïs tirera des conclusions importantes sur la question.

Comme tous les films de Catherine Breillat, et sans doute plus encore pour celui-ci, A ma sœur est un film autobiographique, ou plus exactement qui contient des éléments autobiographiques. Il s'agit manifestement pour la réalisatrice d'une façon de se défouler en donnant libre cours à ses désirs refoulés. Ici c'est d'autant plus flagrant que l'une des deux protagonistes principales, la jeune Anaïs, lui ressemble physiquement. Comme celle-ci, elle se pose comme témoin, parfois très proche (puisque partageant sa chambre) des turpitudes sexuelles de sa sour. Elle les analyse, en tire des conclusions, et agit en conséquence (comme Breillat le fait tout au long de sa filmographie, qui a au minimum le mérite de la cohérence). Anaïs utilisera cette expérience dans le final hallucinant du film, à la fois terriblement cynique et presque moral, ce qui la sauvera. Et ce dénouement est amené par un gros quart d'heure de suspense à la limite du soutenable, lors du trajet du retour, car on sent, on sait qu'il va se passer quelque chose, sans qu'il soit possible de définir quoi. On est en présence ici d'une grande cinéaste de la tension, qui fait, et avec quel talent, trembler le spectateur avec bien peu de choses au fond. Avant cette fin sous forme de fait divers, A ma soeur est une chronique de mours adolescentes très juste, sous fond de veulerie masculine, mi-tendre mi-cruelle, mais toujours crue, Breillat n'ayant jamais craint d'affronter son sujet de prédilection, la sexualité, de face. Et même si on ne peut parler de déterminisme, le final magistralement amené n'est en rien en opposition avec ce qui le précède. Il s'agit, en quelque sorte, de la morale de l'histoire.

On retiendra aussi l'excellence du casting, ce qui n'a pas toujours été le cas chez Catherine Breillat, avec la débutante Anaïs Reboux, son véritable double à l'écran, et Roxane Mesquida, belle petite allumeuse, déjà vue chez Benoit Jacquot dans l'Ecole de la Chair. Enfin, il faut signaler la performance dans le rôle de la mère d'Arsinée Khanjian, la compagne à la ville d'Atom Egoyan, qui contribue formidablement bien au climat d'inquiétude qui enserre la fin du film.

Sans qu'elle s'assagisse pour autant, A ma soeur est donc sans doute le film le plus abouti de cette cinéaste controversée, qui nous livre une oeuvre coup de poing, ou plutôt bras d'honneur, clairement sous forme de revanche personnelle sur le sort. Un film très houellebecquien, dans la droite lignée des théories de l'écrivain sur la sexualité.


Yannick Vély

 « Le lendemain, je me suis informé du marquis d'Argens. On m'a dit qu'il était à la campagne chez son frère, marquis d'Eguille, président au Parlement ; et j'y fus. Ce marquis, fameux à cause de la constante amitié avec laquelle le défunt Frédéric II l'a honoré, plus que par ses ouvrages que personne ne lit plus, était alors déjà vieux. Cet homme très voluptueux, très honnête, plaisant, aimable, épicurien décidé, vivait la comédienne Cochois qu'il avait épousée, et qui en avait été digne. En qualité de femme, elle se croyait en devoir d'être la première servante de son mari. Ce marquis d'Argens était d'ailleurs foncièrement savant, fort dans les langues grecque et hébraïque, doué par la nature d'une mémoire très heureuse, et par conséquent rempli d'érudition. »

Histoire de ma vieJacques Casanova de Seingalt. Bouquins Robert Laffont (2006)

vendredi 2 janvier 2026

Visionnage domestique toulousain (280) avec Louloute

 

L'amour est un crime parfait. Arnaud et Jean-Marie Larrieu (2013)

« Décadence Schopenhauer - le philosophe de la décadence. Le décadent en art contamine tout ce qu'il touche.
Typique : dans son goût corrompu, il se sent nécessaire, requérant, avec lui, un goût plus élevé, sachant donner à sa corruption valeur de loi, de progrès, d'accomplissement. »

Journaux. Robert Musil. Seuil (1981)

jeudi 1 janvier 2026

Quelques Éléments supplémentaires de la Société du Spectacle (90)

 

« Il y a des êtres qui donnent le désir de mourir lentement devant leurs yeux, mais la jeune-Fille n'excite que l'envie de la vaincre et de jouir d'elle. »
 
Premiers matériaux pour la théorie de la jeune-FilleTiqqun. Mille et une nuit. (2001)
 
Anita Page, photographie d'Alfred Cheney Johnston