dimanche 8 mars 2015

Quelques Éléments de la Société du Spectacle (2)


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« La première phase de la domination de l'économie sur la vie sociale avait entraîné dans la définition de toute réalisation humaine une évidente dégradation de l'être en avoir. La phase présente de l'occupation  totale de la vie sociale par les résultats accumulés de l'économie conduit à un glissement généralisé de l'avoir au paraître, dont tout "avoir" effectif doit tirer son prestige immédiat et sa fonction dernière. En même temps toute réalité individuelle est devenue sociale, directement dépendante de la puissance sociale, façonnée par elle. En ceci seulement qu'elle n'est pas, il lui est permis d'apparaître. »

La Société du Spectacle. Guy Debord. Éditions Gallimard (1992)
«Les balles continuent à pleuvoir autour de moi, je risque  d'être à nouveau atteint ; je fais donc tout mon possible pour me traîner dans un trou, j'ai bien du mal à m'y blottir. Le combat est terminé, tous mes camarades ont battu en retraite, et nous les blessés, nous restons abandonnés, sans soin, mourant de soif.
Quelle affreuse nuit !
Rien que la fusillade, car à chaque bruit que fait un blessé, la fusillade reprend, au beau milieu de la nuit, la mitrailleuse balaye  le terrain, les balles me passent par-dessus la tête, mais elles ne peuvent m'atteindre dans mon trou, la soif me torture de plus en plus, j'arrache des poignées d'avoine que je mâche.
Le canon ne cesse de gronder car les allemands bombardent la ville de Longwy.
La nuit s'avance, comme je souffre, je pense alors à mes parents, surtout à ma mère, comme quand j'étais malade et que j'étais tout petit, et je ne suis pas seul à penser à ma mère, car j'entends les blessés et les mourants appeler leur maman.»


Paroles de poilus : lettres et carnets du front 1914-1918. Désiré Edmond Renault. Radio France (1998)

samedi 7 mars 2015

«Enfin la mise en scène atteste l'indifférence profonde et de l'impresario et de l'auditoire pour les règles esthétiques du drame. Les vastes dimensions du théâtre, chez les anciens, la représentation donnée en plein jour, ne laissaient pas de prise aux finesse du geste : des hommes y jouaient les rôles de femmes : il fallait communiquer à la voix un plus ample volume, toutes conditions scéniques et acoustiques exigeant l'emploi du masque sonore. Les Romains adoptèrent les mêmes pratiques : quand la pièce était jouée par des amateurs, ceux-ci ne se montraient jamais que masqués. Il n'en fut point ainsi pour les représentations des comédies traduites ; les acteurs ne reçurent pas le masque obligé et artistique de la Grèce ; par suite, et sans compter les autres inconvénients non moins sérieux, il leur fallut, dans les conditions acoustiques très défectueuses de la scène latine, forcer la voix au-delà des limites convenables.»

Histoire romaine Livre I à IV : Des commencements de Rome jusqu'aux guerres civiles. Theodor Mommsen. Bouquins Robert Laffont (1985)

vendredi 6 mars 2015

Bibliothèque imaginaire (1)



000 $062,67,88
003 100083676
200 1#$aLe @monarque accompli ou prodiges de bonté, de savoir et de sagesse qui font l'éloge de Sa Majesté Impériale Joseph II. Et qui rendent cet auguste monarque si précieux à l'humanité, discutés au tribunal de la raison & de l'équité par Mr de Lanjuinais...
210 ##$aA Lausanne$cChez Jean Pierre Heubach. M. DCC. LXXIV$d1774
215 ##$a3 vol. ([1-1bl.-1-1bl.]-490 ; [1-1bl.]-308 ; [1-1bl.-1-1bl.]-330-1 p.$din-8
307 ##$aBandeau, lettres ornées, gravés sur bois
600 #1$3027484688$3027797376$2rameau
620 ##$dLausanne
686 ##$a5511C$2brp-sys
700 #1$303364618X$4070
801 #1$aFR$bBSG/AIC-SAFIG$c19991201
E01
e01 $a06-03-15$bx
930 ##$b315552103$a10820 (1-3)$jg
991 ##$aCatalogage retrospectif-2015-FINANCEMENT ABES-CRE-DER-Fonds Montauban$bPRES-SICD$bcrédits ABES2014
A97 06-03-15 08:41:42.000
A98 315552103:06-03-15
A99 523596375
E316 ##$aNotre exemplaire contient en fin de volume 3 un arrêt de la cour du Parlement signée Dufranc sur des pages qui se déplient. Reliure veau, 18ème siècle, dos orné à nerfs
E317 ##$aCachets : "Bibliothèque du Tribunat" cote BIII no932ter (vol 1 et 2), FIII no3036 (vol 3) "Faculté de théologie protestante de Montauban" et "Bibliothèque universitaire de Montauban"
E712 02$3058649794$4390
E712 02$3058294902$4390



Arrest de la cour du Parlement

La Cour, toutes les Chambres assemblées, a ordonné & ordonne que ladite Brochure sera lacérée & brûlée au pied du grand Escalier du Palais, par l’Exécuteur de la Haute-Justice, comme séditieuse, tendance à la révolte & à soulever les esprits contre toute autorité légitime, attentatoire à la souveraineté des Rois, & destructive de toute subordination, en cherchant à anéantir, s’il étoit possible, dans le cœur des Peuples les sentimens d’obéissance, d’amour & de respect, qu’ils doivent à leurs Souverains ; fait défenses à tous les Imprimeurs, Libraires, & autres, de l’imprimer, vendre, débiter ou autrement distribuer, à peine d’être poursuivis extraordinairement : Enjoint à tous ceux qui en ont des exemplaires, de les remettre incessamment au Greffe de la Cour, pour y être supprimés ; ordonne qu’à la requête, poursuite & diligence du Procureur-Général du Roi, il sera informé pardevant le Conseiller-Rapporteur que la Cour commet à cet effet, contre les auteurs, Imprimeurs & Distributeurs de ladite Brochure ; pour, l’information faite & communiquée au Procureur-Général du Roi, être par lui requis, & par la Cour ordonné ce qu’il appartiendra ; comme aussi ordonne qu’un exemplaire de ladite Brochure sera déposé au Greffe de la Cour, pour servir à l’instruction du Procès ; ordonne en outre que le présent Arrêt sera imprimé, lu, publié & affiché par-tout où besoin sera. Fait en Parlement, toutes les Chambres assemblées, le trois Mai mil sept cent soixante seize.
Signé, DUFRANC


Et le Lundi 6 Mai 1776, à la levée de la Cour, ladite Brochure imprimée énoncée en l’Arrêt ci-dessus, ayant pour titre : Le Monarque accompli, &c. par Me de Lanjuinais, Principal du Collège de Moudon, avec cette épigraphe latine : Narrando laudare & laudando monere, novum scribendi genus hactenùs intactum, contenant trois volumes, a été lacrée & brûlée au pied du grand Escalier du Palais, par l’Exécuteur de la Haute-Justice, en présence de nous François-Louis Dufranc, l’un des trois premiers & principaux Commis pour la Grand’Chambre, assisté de deux Huissiers de la Cour.
Signé, DUFRANC


mercredi 4 mars 2015

«La vieillesse de l'aigle vaut mieux que la jeunesse de l'alouette.»

Le Divertissement des Sages. Jean-Marie du Vernon. G. Josse (1665)
«Il y a trois unités primitives et de chacune il ne saurait y avoir une seule : un Dieu, une vérité et un point de liberté, c'est à dire (le point) où se trouve l'équilibre de toute opposition.»

Mystère des bardes de l'île de Bretagne ou la doctrine des bardes gallois du Moyen-âge. Adolphe Pictet. Joël Cherbulliez, libraire-éditeur (1856)

dimanche 1 mars 2015

«.. vous savez bien de qui je veux parler, la jeune femme rousse, que vous a-t-elle fait ? Quelles raisons aviez-vous de lui en vouloir ? Répondez !! (Ricanement du Tueur.) Admettons que vous détestez les femmes : elles vous ont peut être trahi, elles ne vous ont pas aimé parce que... vous êtes... enfin, vous n'êtes pas très beau... c'est injuste en effet, mais il n'y a pas que l'érotisme dans la vie, dépassez cette rancune... (Ricanement du Tueur.) Mais l'enfant, l'enfant, que vous a-t-il fait ? Les enfants ne sont coupables de rien ! N'est-ce pas ? Vous savez de qui je veux parler : du petit que vous avez jeté dans le bassin avec la femme et l'officier, le pauvret... les enfants sont notre espoir, on ne doit pas toucher à un enfant, c'est l'opinion générale ! (Ricanement du Tueur.) Peut-être pensez-vous que l'espèce humaine est mauvaise en soi. Répondez ! Vous voulez punir l'espèce humaine même en l'enfant, dans ce qu'elle a de moins impur...»

Tueur sans gages. Eugène Ionesco. Editions Gallimard (1958)