jeudi 13 novembre 2014


Un vieillerie retrouvée au fin fond d'un grenier par Ruthène Sith...
«Les passions ont cela de redoutable qu'elles sont toujours justifiées par les faits ; si je crois que j'ai un ennemi, et si l'ennemi supposé le sait, nous voilà ennemis. Et le naïf, en racontant ces guerres folles et des imaginations vérifiées, dira toujours : N'avais-je pas raison de le haïr ?

Mars ou la guerre jugée. Alain. Editions Gallimard (1936)

lundi 10 novembre 2014

«- Quand une cité gouvernée démocratiquement et assoiffée de liberté tombe par hasard sous la coupe de mauvais échansons et s'enivre du vin pur de la liberté, dépassant les limites de la mesure, alors ceux qui sont au pouvoir, s'ils ne sont pas entièrement complaisants et ne lui accordent une pleine liberté, elle les met en accusation pour les châtier comme des criminels et des oligarques.
- Voilà ce que la cité fait, dit-il.
- Quand à ceux, repris-je, qui respectent l'autorité des gouvernants, on les invective en les traitant d'hommes serviles et de vauriens, mais les gouvernants qui passent pour des gouvernés, et les gouvernés qui passent pour des gouvernants, ce sont eux auxquels on accorde du respect. N'est-il pas inévitable que dans une telle cité l'esprit de liberté s'étende à tout ?
- Si nécessairement.
Et que s'il se propage, cher ami, continuai-je, jusqu'à l'intérieur des maisons privées, de telle sorte qu'au bout du compte l'anarchie s'implante même chez les animaux sauvages ?»

La République. Platon. Flammarion (2002)

dimanche 9 novembre 2014

«Ce qui est drôle aussi, c'est que lorsqu'il analyse de prétendus rêves télépathiques, il [Freud] ne semble pas s'apercevoir que tous ceux qu'il cite tournent autour de la même chose : une grossesse, des accouchements, une femme qui  n'arrive pas à avoir d'enfants.  Des transmissions dans la pensée de la reproduction.»

Le XIXe siècle à travers les âgesPhilippe Muray. Editions Denoël (1999)

vendredi 7 novembre 2014

«Papaoutez-vous ! c'est partout...
Les Académies entières s'empapaoutent à tour de nouilles, se fêtent et se perpètent... mais que moi je risque un mot de travers : "Tiens, cette môme-là, par exemple, je lui filerais bien un centimètre" ! Cataclysses ! J'y passe ! pire qu'au trou du Ciel ! pire qu'après vingt "forteresses" ! c'est qu'un cri dans les pissotières !
- Avez-vous ouï ce fou ruteur ? vrai ? est-ce possible ? ce pire-que-tout ?»

Féerie pour une autre foisLouis-Ferdinand Céline. Editions Gallimard (1995)

jeudi 6 novembre 2014

«Au-dessus de cette sphère, vit le monde artiste. Mais là encore les visages marqués du sceau de l'originalité, sont noblement brisés, mais brisés, fatigués, sinueux. Excédés par un besoin de produire, dépassés par leurs coûteuses fantaisies, lassés par un génie dévoreur, affamés de plaisir, les artistes de Paris veulent tous regagner par d'excessifs travaux les lacunes laissées par la paresse, et cherchent vainement à concilier le monde et la gloire, l'argent et l'art. En commençant, l'artiste est sans cesse haletant sous le créancier ; ses besoins enfantent les dettes et ses dettes lui demandent des nuits. Après le travail, le plaisir. Le comédien joue jusqu'à minuit, étudie le matin, répète à midi ; le sculpteur plie sous sa statue ; le journaliste est une pensée en marche comme le soldat en guerre ; le peintre en vogue est accablé d'ouvrages , le peintre sans occupations se ronge les entrailles s'il se sent homme de génie. La concurrence, les rivalités, les calomnies assassinent ces talents. Les uns désespérés, roulent dans les abîmes du vice, les autres meurent jeunes et ignorés pour s'être escompté trop tôt leur avenir. Peu de ces figures, primitivement sublimes, restent belles. D'ailleurs la beauté flamboyante de leurs têtes demeure incomprises. Un visage d'artiste est toujours exorbitant, il se trouve toujours en dessus ou en dessous des lignes convenues pour ce que les imbéciles nomment le beau idéal. Quelle puissance les détruit ? La passion. Toute passion à Paris se résout par deux termes : or et plaisir.»

La fille aux yeux d'orHonoré de Balzac. Librairie Générale Française (1972)

mercredi 5 novembre 2014

Talens réunis (21)


«Quand d'une effrayante manière
Un jour la tête la première
Votre honnête homme de papa
Tout au milieu des fossés se baigna,
On dit que quelqu'un demandât,
Ce qui pourrait moins vous déplaire
Que sa chute il recommença
Ou qu'un âne encore vous fit faire
Ce saut qui tant nous amusa.
Votre réponse alors fut et modeste et fière :
Qu'il n'arrive rien à mon père ;
Je consens à montrer, monsieur, ce qu'on voudra.
S'il plait à Dieu, la chose arrivera ;
Et votre choix nous montrera 
Et son coeur et joli derrière.»




A la même, le jour de son mariage.

Oui sans doute un joli visage,
Même entre amis est bien venu.
On s'en aime un peu davantage
Un baiser en est mieux reçu.
Un jour, un âne trop sauvage
vous dévoila, comme on a su.
Lors l'amitié prudente et sage
regretta tant de bien perdu.
De ce jour, votre mariage
Dans notre esprit fut résolu.
Aujourd'hui l'amour fait usage
De tout ce bien que l'on a vu.


Oeuvres badines du Comte de Caylus avec figures. [Anne-Claude-Philippe de Tubières-Grimoard de Pestels de Levis]. Visse (1787)