Le blog-note d'Aimable Lubin : extension du domaine radiophonique des Muses galantes et de la Petite Boutique Fantasque
mercredi 18 mars 2026
PBF 2026.06 : Chronique hyperparadisiaque 1 : La Retirada (première diffusion sur Radio radio Toulouse mercredi 18 mars 2026)
Hyperparadis de Michel Batlle 1 : La Retirada
Michel Batlle nous fait l’honneur de réserver la lecture d’extraits de son prochain livre à la Petite Boutique Fantasque. Il nous narre dans La Retirada, la guerre d’Espagne de son père, son arrivée à l’hôpital de Montauban et sa rencontre avec sa mère. Les musiques sont soit interprétées par Michel Batlle lui-même avec divers collaborateurs soit choisies par lui.
Programmation musicale :
1) Sexe et mort sans cesse – Articide circuit (Michel Batlle / Raphael Montet)
2) Musica plastica 2 (Michel Batlle / Frédéric Maintenant)
3) Barbaque story - Articide circuit (Michel Batlle / Raphael Montet)
4) Viva la FAI (Frente popular)
5) El paso des Ebro (Henry Lowther / Tracy Holloway / Abigail Newman / Lorraine Temple / Sarah Williams / Paul Clarvis)
6) Sun Ra Ta Mania – Musica plastica (Michel Batlle / Frédéric Maintenant)
7) Musica plastica 11 (Michel Batlle / Frédéric Maintenanti)
8) Musica plastica 9 (Michel Batlle / Frédéric Maintenant)
9) Rock’n roll station (Vince Taylor)
10) African reggae (Nina Hagen)
+ Lecture du chapitre la Retirada tiré de Hyperparadis de Michel Batlle et lu par l’auteur
Pour ceux qui auraient piscine indienne, ou toute autre obligation, il y a une possibilité de rattrapage avec les podcasts de la PBF : https://www.mixcloud.com/RadioRadioToulouse/chronique-hyperparadisiaque-1-la-retirada-michel-batlle/
Sus aux Philistins !
dimanche 8 mars 2026
Manon Balletti et Casanova 9
Histoire de ma vie. Jacques Casanova de Seingalt. Bouquins Robert Laffont (2015)
mardi 3 mars 2026
PBF 2026.05 : Le kiosque Mantariol et la belle mélodie (première diffusion sur Radio radio Toulouse mercredi 4 mars 2026)
1) Intermède de la comtesse d'Escarbagnas (Marc-Antoine Charpentier) Les Arts florissants / William Christie
2) Avanti (Arthur H.)
3) Jean-Paul (Taxi thérapie)
4) Page noire (Hubert-Félix Thiéfaine)
5) One night with you (Arno)
6) Si vous croyez (Jean-Marc Le Bihan)
7) A little wind a girl and some dogs (Ferdinand_H aka vs_price)
8) La perruque (Juliette)
9) L'amour c'est comme la mer (les Johnnies)
+ Chronique de l'univers place Pinel n°52, sur la place Pinel par Marius Pinel
Pour
ceux qui auraient piscine indienne, ou toute autre obligation, il y a
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Très bonne écoute de cette émission pinélienne de la Petite Boutique Fantasque
Et sus aux Philistins !
Photographie de Helena Georgiou
Luxure aux bains de la Matte sur l'Aar à Berne (1720)
« Les deux servantes, qui s'étaient trouvées plusieurs fois dans des parties pareilles, se mirent en position de nous divertir avec un spectacle qui m'était très bien connu ; mais que ma bonne trouva tout à fait nouveau. Elles commencèrent à faire ensemble la même chose qu'elles me voyaient faire avec la Dubois. Elle les regardait très surprise de la fureur avec laquelle la servante que j'avais prise jouait vis-à-vis de l'autre le rôle d'homme. J'en étais aussi un peu étonné, malgré les fureurs que M M. et C C. avaient offertes à mes yeux six ans avant ce temps-là, et dont il est impossible de s'imaginer quelque chose de plus beau. Je n'aurais jamais cru que quelque chose pût me distraire ayant entre mes bras pour la première fois une femme que j'aimais et qui possédait parfaitement tout ce qui pouvait intéresser mes sens ; mais l'étrange lutte dans laquelle les jeunes ménades se débattaient l'occupait aussi. Elle me dit que la prétendue fille que j'avais prise était un garçon malgré sa gorge, et qu'elle venait de le voir. Je me tourne, et la fille même, me voyant curieux, met devant les yeux un clitoris ; mais monstrueux, et roide. Je dis ce que c'était à ma bonne toute ébahie, elle me répond que ce ne pouvait être cela, je le lui fait toucher, et examiner, et elle doit en convenir. Cela avait l'air d'un gros doigt sans ongle, mais il était pliant : la garce qui convoitait ma belle gouvernante lui dit qu'il état assez tendu pour le lui introduire, si elle voulait bien le lui permettre, mais elle n'a pas voulu, et cela ne m'aurait pas amusé. Nous lui avons dit de poursuivre ses exploits avec sa camarade, et nous rîmes beaucoup car l’accouplement de ces deux jeunes filles , quoique comique, ne laissait pas d'exciter en nous la plus grande volupté. Ma bonne excédée s'abandonna entièrement à la nature allant au devant de ce que je pouvais désirer. Ce fût une fête qui dura deux heures et qui nous fit retourner à notre auberge très contents. »
Histoire de ma vie. Jacques Casanova de Seingalt. Bouquins Robert Laffont (2015)
lundi 2 mars 2026
« Et quoi ! me disais-je ; cette servante est belle, ses yeux sont bien fendus, ses dents sont blanches, l'incarnat de son teint est le garant de sa santé, et elle ne me fait aucune sensation ? Pourquoi ? Ce ne peut être que parce qu'elle n'a rien de ce que la coquetterie emprunte pour faire naître l'amour. Nous n'aimons donc que l'artifice, et le faux, et le vrai ne nous séduit plus lorsqu'un vain appareil n'en est pas l'avant-coureur. Si dans l'habitude que nous nous sommes faits d'aller vêtus, et non pas tout nus, le visage qu'on laisse voir à tout le monde est ce qui importe le moins, pourquoi faut-il qu'on fasse devenir ce visage principal ? Pourquoi est-ce lui qui nous fait devenir amoureux ? Pourquoi est-ce sur son témoignage unique que nous décidons de la beauté d'une femme, et pourquoi parvenons-nous jusqu'à lui pardonner, si les parties qu'elle ne nous montre pas sont tout le contraire de ce que la jolie figure nous les fait a fait juger ? Ne serait-il pas plus naturel, et plus conforme à la raison, et ne vaudrait-il pas mieux aller toujours avec le visage couvert, et le reste tout nu, et devenir amoureux, ainsi d'un objet, ne désirant autre chose pour couronner notre flamme qu'une physionomie qui répondrait aux charmes qui nous auraient déjà fait devenir amoureux ? Sans doute cela vaudrait mieux, car on ne deviendrait alors amoureux que de la beauté parfaite, et on pardonnerait facilement quand à la levée du masque on trouverait laid le visage que nous nous serions figurés beau »
Histoire de ma vie. Jacques Casanova de Seingalt. Bouquins Robert Laffont (2015)
Conversation rapportée de Voltaire avec Casanova
« - Aimant le genre humain je voudrais le voir heureux comme moi libre, et la superstition ne peut pas se combiner avec la liberté. Où trouvez-vous que la servitude puisse faire le bonheur d'un peuple ?
- Voudriez-vous donc voir la souveraineté dans le peuple ?
- Dieu m'en préserve. Il faut qu'un seul gouverne.
- La superstition est donc nécessaire, puisque sans elle le peuple n'obéira jamais au monarque. - Point de monarque, car ce nom me fait voir le despotisme que je dois haïr comme la servitude.
- Que voulez-vous donc ? Si vous voulez que celui qui gouverne soit seul, je ne peux que le considérer que comme monarque.
- Je veux qu'il commande à un peuple libre, et pour lors il sera son chef, et on pourra ne pas l'appeler monarque , car il ne pourra jamais arbitrer.
- Adisson vous dit que ce monarque, ce chef, n'est pas dans les existences possibles. Un peuple sans superstition serait philosophe, et les philosophes ne veulent jamais obéir. Le peuple ne peut être heureux qu'écrasé, foulé, et tenu à la chaîne. »
Histoire de ma vie. Jacques Casanova de Seingalt. Bouquins Robert Laffont (2015)
« Mais il y a été forcé ; il est moins coupable qu'il n'est à plaindre. Je vous plains aussi beaucoup, et pourtant je vous donne tort ; car après avoir couché tout un mois avec lui sans qu'il vous donnât une seule preuve de sa puissance, vous ne pouviez que supposer la vérité. Eussiez-vous même été parfaitement novice, M. de Sanci aurait dû vous mettre au fait ; car il dot bien savoir qu'il n'est au pouvoir d'un homme de se trouver côte à côte d'une jolie femme, de la presser à nu entre ses bras pendant si longtemps, sans se trouver, malgré sa volonté, dans une situation physique telle qu'il sera forcé de se dévoiler, s'il n'est pas entièrement privé de la faculté qui fait son essence. »
Histoire de ma vie. Jacques Casanova de Seingalt. Bouquins Robert Laffont (2015)
Quelques Éléments supplémentaires de la Société du Spectacle (92) "une certaine tristesse dans le regard"
mardi 24 février 2026
PBF 2026.04 : Madeleine Pelletier ou le procès des femmes (première diffusion sur Radio radio Toulouse mercredi 25 février 2026)
Madeleine Pelletier ou le procès des femmes
La
petite boutique fantasque reçoit Maud Alvado pour évoquer la figure de Madeleine Pelletier (1874-1939) à la fois féministe, suffragette, militante politique, anarchiste, socialiste puis communiste, polémiste fervente auteure de beaucoup d'articles, de romans, de pièce de théâtre, et doctoresse. Maud Alvado nous parle aussi de la pièce de théâtre qu'elle a écrite sur la fin de vie de cette femme singulière, atypique qui donne le titre à l'émission. Un extrait de la pièce est interprété en fin d'émission. La musique est entièrement féminine et d'époque.
Programmation musicale :
1) Le chant de naviots (Gérard Pierron / Gaston Couté) Suzanne Tandé
2) Tel qu'il est (Fréhel)
3) La zone (Fréhel)
4) La grève des mères (Montéhus) Mireille Rivat
+ Entretien avec Maud Alvado sur Madeleine Pelletier (entretien réalisé le 16 février 2026)
+ Extrait de la pièce Madeleine Pelletier ou le procès des femmes par Maud Alvado et Thierry Berrone
Photographie de Madeleine Pelletier
lundi 23 février 2026
Retour prodigue du Foyer de Notre dame de Garaison dans la Petite Boutique Fantasque (13)
C´est l'histoire d'un gars qui allait
Qui allait souvent au cabaret
Qui tout au fond d'la nuit scintille
Il allait boire et s'enivrer
Pour oublier les filles
Pour oublier les filles
Qui ne sont pas gentilles
Oui, pour les oublier
Les filles qui font pleurer !
Il y entra, un soir d'hiver
Il avait le cœur à l'envers
Au lieu de boire une camomille
Il but d'l'alcool dénaturé
Pour oublier les filles
Pour oublier les filles
Qui ne sont pas gentilles
Oui, pour les oublier
Les filles qui font pleurer !
Au douzième coup de minuit
Il aperçut, tout près de lui
Assise dans l'ombre qui vacille
Une femme qu'il voulut aimer
Pour oublier les filles
Pour oublier les filles
Qui ne sont pas gentilles
Oui, pour les oublier
Les filles qui font pleurer !
Il lui dit "J'ai tant de chagrin !
J'ai marché seul sur les chemins
Et ma pauvre âme est en guenilles
Emmène-moi et j'oublierai
Et j'oublierai les filles
Et j'oublierai les filles
Qui ne sont pas gentilles
Oui, je les oublierai
Les filles qui font pleurer !"
Dès lors, ensemble ils sont restés
Tout un printemps, tout un été
Tout le temps que le soleil brille
Puis, sans raison, il l'a quittée
Pour retrouver les filles
Pour retrouver les filles
Qui ne sont pas gentilles
Oui, pour les retrouver
Les filles qui font pleurer !
Y a des hommes qui préfèrent ainsi
Et l´inquiétude et le souci
Ils aiment mieux ça qu'la vie d'famille
S´ils pleurent, c'est qu´ils l'ont bien cherché
Ils ont cherché les filles
Ils ont cherché les filles
Qui ne sont pas gentilles
Ils les ont bien cherchées
Les filles qui font pleurer !
Jean-Roger Caussimon
dimanche 22 février 2026
mercredi 18 février 2026
« Les gens n’ont pas des relations sexuelles uniquement pour le plaisir physique ou pour se sentir proche de leur partenaire mais, plus souvent qu’ils n’acceptent de l’admettre, pour des foules d’autres raisons qui peuvent avoir peu de rapport avec la personne avec qui ils se trouvent : pour se sentir viril, ou féminine ; pour se sentir plus jeune ou plus mûr ; pour rivaliser ou se venger de quelqu’un ; pour éviter de reconnaître le véritable objet de son désir ; pour se voir soi-même comme quelqu’un de spontané, d’hédoniste ou de puissant ; parce que l’occasion se présente et que c’est peut-être la dernière fois ; pour défier quelqu’un qui nous a interdit de le faire ; pour pouvoir le dire à ses potes ; par ennui. »
Musique à Toulouse (27) avec Caroline à l'église Saint-Exupère de Montauban (14 février 2026)
Les Passions : Jean-Marc Andrieu, flûte à bec, Gilone Gaubert, violon 1, Josépha Jégard, violon 2, Myriam Bis-Cambreling, alto, Etienne Mangot, violoncelle
Programme
Concerto en Do Majeur. Georg Philipp Telemann (1681-1767)
Concerto en Fa Majeur pour flûte à bec soprano. Guiseppe Sammartini (1695-1750)
Suite en La mineur pour flûte à bec et cordes. Georg Philipp Telemann (1681-1767)
« Difficile pour Pierre Bonnard d'expliquer au gardien du musée du Luxembourg, en 1938, que le tableau qu'il est en train de rectifier sur le mur est le sien ! Il lui arrivait de retoucher ses toiles une fois celle-ci achetées et exposées dans un musée. Ses amis appelaient ça « bonnarder » ou « bonnardiser ». Un journaliste relate, en 1943, cette attitude devenue visiblement coutumière. Au musée de Grenoble puis au musée du Luxembourg, il lui arriva de guetter le passage d'un gardien d'une salle à l'autre, de sortir d'une poche une minuscule boîte garnie de deux ou trois tubes et, d'un bout de pinceau, d'améliorer furtivement de quelques touches un détail qui le préoccupait. Et, son coup fait, de disparaître, radieux, comme un collégien après une inscription vengeresse au tableau noir. »
Tortures rituelles et choc culturel au Canada : quand les Européens rencontrent les Amérindiens de la côte Est
« La souffrance physique jouait un rôle social très important chez les Amérindiens de la côte Est. Elle accompagnait les rites de passage à l'âge adulte ainsi que les rites d'intégration des prisonniers capturés lors de guerres ou de raids... elle permettait également à l'ennemi capturé de remporter une victoire moral sur son vainqueur en endurant sans (trop) broncher de terribles souffrances...
Seulement voilà, lorsque les Amérindiens capturèrent des Européens, ils furent affreusement déçus de constater que ces derniers - horrifiés pour leur part - ne jouaient pas le jeu qui leur était proposé.
Au lieu de relever dignement le défi de la souffrance physique, les Européens hurlaient, suppliaient ou pleuraient pour que leurs peines soient abrégées.
Rite social et culturel pour les uns, pure cruauté pour les autres : bref, un bel exemple d'incompréhension. »
« Le fascisme naît toujours d'un esprit provincial, d'un manque de connaissance des vrais problèmes et du rejet des gens, que ce soit par paresse, préjugés, cupidité ou ignorance, pour donner un sens plus profond à leur vie. Pire encore, ils se vantent de leur ignorance et cherchent le succès pour eux-mêmes ou pour leur groupe à travers une présomption, des affirmations sans fondement et une fausse démonstration de bonnes qualités, plutôt que de faire appel à la véritable capacité, à l'expérience ou à la réflexion culturelle.
Le fascisme ne peut être combattu si nous ne reconnaissons pas qu'il est simplement le côté stupide, pathétique et frustré de nous-mêmes dont nous devons avoir honte. »
Federico Fellini : conversation avec Natalia Ginzburg
mercredi 11 février 2026
mardi 10 février 2026
PBF 2026.03 : Quarante ans de passions baroques (première diffusion sur Radio radio Toulouse mercredi 11 février 2026)
40 ans de passions baroques
La
petite boutique fantasque reçoit Jean-Marc Andrieu à l'occasion de
l'anniversaire de son ensemble, les Passions, orchestre baroque de
Montauban, cette formation affiche quarante ans au compteur, quand même ! Nous feuillèterons ensemble
quelques pages de cette belle histoire avec ces 900 concerts. Nous parlerons de la formation
de cet ensemble et de quelques souvenirs qui ont émaillés ces années.
Nous aborderons ensemble, le festival les Passions avant d'aborder la
production discographique des Passions. Et enfin, les première
festivités pour cet anniversaire, concert 13 au Temple de la Faculté de
Montauban et 14 février 2026 à Saint-Exupère à Toulouse. Programme
Telemann et Sammartini.
Tous les renseignements : https://www.les-passions.fr/fr/musique-baroque/
Programmation musicale :
1) Kyrie (Jean Gilles ) Les passions / Jean-Marc Andrieu
2) Premier choeur d'In exitu Irsrael (Antoine-Esprit Blanchard) Les passions / Jean-Marc Andrieu
3) 33 de Gobi tiré de Vents des royaumes
4) Air de Daphnis (Pierre Cassanéa de Mondonvile) Les passions / Jean-Marc Andrieu
5) Chaconne (Benedetto Giacomo Marcello) Les passions / Jean-Marc Andrieu
6) Laetus sum (Nicola Porpora) Les passions / Jean-Marc Andrieu
7) extrait du Choeur final de la passion selon Saint-Matthieu (Jean-Sébastien Bach) Les passions / Jean-Marc Andrieu
+ Entretien avec Jean-Marc Andrieu (entretien réalisé le 3 février 2026)
Sus aux Philistins !
Image prise au studio de Radio Radio par Michel Bonnet
dimanche 8 février 2026
samedi 7 février 2026
Musique à Toulouse (26) avec Caroline et Pierre à l'église Saint-Jacques de Montauban (11 octobre 2025) avec retard
« [Sur La femme mariée] C'est un film de société qui décrit l'adultère comme une série de fragments objectifs : des corps, des paroles, des faits, des trajets, des lieux, des actes, des mots, des images, c'est-à-dire un produit de la société contemporaine, de la "société de consommation" comme les sociologues aiment à l'appeler. La femme, son mari, son amant, font partie de ce monde des objets, au même titre qu'une voiture, un soutien-gorge, un parfum, une chambre d'hôtel, un film, un magazine, une salle de cinéma, un aéroport, dont la société fait commerce par l'intermédiaire de l'argent, des médias, de la publicité. Et tout, tous, sont filmés d'une même manière, objective, frontale, fragmentaire, abstraite, cadrés en plans moyens ou en gros plans. »
Godard : biographie. Antoine de Baecque. Bernard Grasset (2010)PBF 2026.02 : Je rêve que je vous dis que je vous aime (première diffusion sur Radio radio Toulouse mercredi 4 février 2026)
Lettres de Manon Balletti à Giacomo Casanova
La Petite Boutique Fantasque se penche sur une jeune correspondante épistolaire de Casanova à l'occasion de la sortie du livre : Giacomo Casanova, correspondance féminine (1757-1796), publié À l'enseigne du pot cassé (2025). A cette occasion, nous recevons Jean-Luc Nardone, professeur de littérature italienne à la faculté Toulouse Jean-Jaurès et éditeur de ce livre qui nous présente Manon Balletti, dix-sept ans, fille de Sylvia Balletti, créatrice de certains grands rôles féminins de Marivaux. Elle va être aimée de Casanova, il promettra même à sa mère sur son lit de mort d'épouser Manon mais ne le fera pas en définitive. Ce sont des lettres d'amour d'une jeune fille d'une fraîcheur, d'une intelligence, d'une vivacité qui méritent d'être (re)découvertes.
Programmation musicale :
1) Sonate n°9 (Baldassare Galuppi) Viginkur Olafsson
2) Bei labbri, che amore formo per suo nido (Baldassare Galuppi) Philippe Jaroussky / Artaserse
3) Judicabit tiré du Dixit Dominus (Baldassare Galuppi) Orchestre Ghislieri / Giulio Prandi
+ Entretien avec Jean-Luc Nardone professeur de littérature italienne à l'UT2J
Lecture des lettres 1, 6, 12, 17 et 29 de Manon Balletti à Casanova par Orphée Tournier
Pour
ceux qui auraient piscine indienne, ou toute autre obligation, il y a
une possibilité de rattrapage avec les podcasts de la PBF : https://www.mixcloud.com/RadioRadioToulouse/je-r%C3%AAve-que-je-vous-dis-que-je-vous-aime-la-petite-boutique-fantasque/
Sus aux Philistins !
extrait du tableau de Manon Balletti par Jean-Marc Nattier
« Car Godard a voulu tourner en son direct "à la Rouch", avec un Nagra, une perche et parfois des micros cravates. Tout est vrai dans ce film fantaisiste et, selon l'expression de Godard, ce conte de fées est aussi un "conte de faits". C'est ainsi qu'est tournée la séquence du métro, assez longue, quand Odile et Arthur "descendent au centre de la terre" et chantent Aragon. »
Godard : biographie. Antoine de Baecque. Bernard Grasset (2010)
Quelques Éléments supplémentaires de la Société du Spectacle (91)
samedi 31 janvier 2026
Musique à Toulouse (25) avec Laurie au Capitole (25 janvier 2026)
Jean-Christophe Le Toquin
Témoigner entre histoire et mémoire
« Quand les parents vieillissent…
Laissez-les vieillir avec le même amour qu’ils vous ont fait grandir…
Laissez-les parler et raconter à plusieurs reprises des histoires avec la même patience et l’intérêt avec lesquels ils ont écouté les vôtres quand vous étiez enfant…
Laissez-les gagner comme ils vous ont souvent laissé gagner…
Laissez-les profiter des discussions avec leurs petits-enfants car ils vous voient en eux…
Laissez-les vivre avec les objets qui les ont accompagnés pendant longtemps, car ils souffrent en ressentant que vous leur arrachez des morceaux de leur vie…
Laissez-les se tromper comme vous vous êtes trompés tant de fois…
Laissez-les vivre et essayez de les rendre heureux sur le dernier chemin qu’il leur reste à parcourir, de la même manière qu’ils vous ont donné la main lorsque vous initiez le vôtre…»
Pablo Neruda
« Les Lessiveuses
Les femmes sont dans le verger,
où le cordeau de la lessive
est tendu entre les pommiers.
L’une est en train d’y pendre une chemise
qu’elle fixe avec des pinces de bois
(et le mouvement de ses bras
fait remonter sa jupe à pois) ;
la deuxième à croupetons dans le soleil
prend le linge dans une seille ;
la troisième renoue en riant
ses cheveux défaits par le vent.
Dans le pré qu’on vient de faucher
les premiers colchiques ont percé ;
il fait déjà froid soir et matin, l’eau coupe
la peau des mains et la fait sauter ;
les blanchisseuses ont les mains rouges.
Elles lèvent des mains rouges devant le linge blanc ;
mais, parce qu’elles sont jeunes, elles rient dans le vent
qui vient sur elles, les pressant
entre ses bras comme un danseur,
et leur fait faire un tour sur place
en les serrant contre son cœur. »
Le petit village. Charles-Ferdinand Ramuz Éditions Héros-limite (1903)
« Pour se pérenniser, cette pornocratie suppose en effet la diffusion permanente de véritables leçons de perversion, c’est-à-dire l’affichage public de comportements "culturels", politiques, économiques ou artistiques pornoïsants. Il ne faut pas déduire de la propagation de ces leçons de perversion que ceux qui les subissent quotidiennement en deviennent nécessairement pervers. C’est même là un trait constitutif de notre époque postmoderne : la Cité peut être perverse sans que tous les individus ne le soient, loin s’en faut. Il est clair cependant que baigner dans une culture perverse n’est pas sans conséquences sur les individus. Premièrement, parce qu’une Cité devenue perverse ne peut alors que mettre en place une "sélection naturelle" des plus aptes à soutenir son idéal. Deuxièmement, parce que les individus restants, même non pervers, seront priés d’adopter des comportements pervers.»
La cité perverse : libéralisme et pornographie. Dany-Robert Dufour. Folio (2009)
mercredi 28 janvier 2026
PBF 2026.01 : Une existence désorbitée (première diffusion sur Radio radio Toulouse mercredi 28 janvier 2025)
Aujourd'hui nous abordons la biographie de Momo avec des extraits de celle de Jeanine Warnod intitulée Maurice Utrillo V. parue chez Flammarion en 1983.
En outre, deux autres figures hautes en couleur seront croisées aux détours des rues de Montmartre, Aristide Bruant et Erik Satie.
Programmation musicale :
1) Nini peau de chien (Aristide Bruant) Jean-Roger Caussimon
2) A Saint Ouen (Aristide Bruant) Mouloudji
3) Choral hypocrite (Erik Satie) Alexandre Tharaud / Isabelle Faust
4) Rôdeuse de berges (Aristide Bruant) Francesca Sollevile
5) A Montparnasse (Aristide Bruant) Monique Morelli
6) Vexations (Erik Satie) Jean-Marc Luisada
7) A la Goutte d'or (Aristide Bruant) François Hadji Lazaro
8) A la Glacière (Aristide Bruant) Germaine Montero
+ Lecture d'extraits de Maurice Utrillo V. (Jeanine Warnod) par Jean-Christophe et Romane Léa
Pour
ceux qui auraient piscine indienne, ou toute autre obligation, il y a
une possibilité de rattrapage avec les podcasts de la PBF : https://www.mixcloud.com/RadioRadioToulouse/une-existence-d%C3%A9sorbit%C3%A9e-la-petite-boutique-fantasque/
Sus aux Philistins !
Photographie de Maurice Utrillo enfant
samedi 24 janvier 2026
«Je ne pense pas tant à la vieillesse. Je n’ai jamais cru que l’âge soit un critère valable. Il y a cinquante ans, je ne me sentais pas particulièrement jeune, et aujourd’hui, je ne me sens pas vieille. Mon âge change d’heure en heure. Dans les instants de fatigue, j’ai mille ans. Quand je travaille, j’en ai quarante. Et dans le jardin, aux côtés de mon chien, je me sens toute petite… j’ai quatre ans. L’âge n’est pas un chiffre. C’est un état de l’âme, un souffle qui varie à chaque battement de vie.»
Lettre de Marguerite Yourcenar
« Et tandis que tu es assise à côté de moi, souple comme une vraie chatte, à croire que ta sensualité s'étire sur d'immenses étendues de neige cachée, mon âme se fait pensive, triste, avide, éphémère et tremble comme une note trop longtemps trop nerveusement tenue -et bien que dans mon désir je sois à côté de toi si petit, si fustigé, si misérable, il me semble parfois que je me tiens à côté de la lune au bas des glaciers de blancs nuages et que je considère, longtemps et sans pensées, les eaux noires de célestes lacs. Puis que, soudain, je relève la tête et marche à travers champs. »
dimanche 18 janvier 2026
« Dans de nombreux cas d'amour féminin, et peut-être justement dans le plus fameux, l'amour n'est qu'une forme supérieure de parasitisme ; une manière de s'incruster dans une âme étrangère, et même, à l'occasion, dans une chair étrangère, -hélas ! toujours au détriment de l'hôte. »
«Nous sommes des animaux conteurs d'histoires et ne pouvons admettre le caractère ordinaire de nos vies quotidiennes (ni même de la plupart des événements qui, rétrospectivement, semblent cruciaux pour notre destinée). Nous rapportons donc des événements réels sous forme d'histoires chargées de sens moral, illustrant un petit nombre de thèmes que les narrateurs ont cultivés au cours des âges, en raison de leurs intérêts et de leur valeur éducative.»
La vie est belle. Stephen Jay Gould. Points (1998)
Visionnage domestique toulousain (283)
Elle m’a dit qu’à chaque moment grave de mon existence, j’avais qu’à l’ouvrir au hasard – et que je tomberais toujours sur quelque chose de valable pour moi. Ça fait trente ans – et dès que je l’ouvre, il y a toujours quelqu’un qui arrive et j’ai encore jamais rien lu. »
Le cinéma de genre est le domaine filmique par excellence du mercenariat et c’est bien à sa façon godardienne (narquoise : il n’est pas très clair qui y est le détective du titre) ce qu’est Détective. C’est aussi, comme bien d’autres de Jean-Luc Godard, un film dont le cinéma lui-même est en grande partie le sujet et qui clarifie la défiance qu’il n’a cessé d’avoir vis-à-vis du vedettariat, sans pouvoir ni vouloir s’en détacher complètement. Son œuvre se fait ici plus contre qu’avec les stars qu’elle convoque et qu’elle explique subir. À l’origine du film, il y a le besoin d’argent du cinéaste pour terminer la post-production de Je vous salue Marie. Avant d’en arriver au point où il signera un contrat avec Golan et Globus de la Cannon à une terrasse sur une serviette de table (King Lear), il accepte ici une commande d’Alain Sarde, dont il n’est pas à l’origine du scénario et dont il n’a pas non plus choisi le casting. Il y adjoint toutefois quelqu’un de son choix : Johnny Halliday. L’aspect mercenaire de l’aventure n’est pas pour déplaire au cinéaste, qui la revendique, se référant aux grands peintres ayant œuvré pour des mécènes qui choisissaient parfois pour eux leurs sujets. Or, moins qu’à un exercice de style inspiré du film et de la littérature noirs (comme pouvait l’être le Hammett de Wim Wenders), c’est à un brûlot antimoderne (chargeant d’acidité la nostalgie inhérente au projet néo-noir avec son recours à des styles et des figures du passé) qu’il aboutit. Avec Détective, Godard affiche en substance les lieux, les gens et la manière de tourner qu’il a fui dans son exil lémanique. La métaphore pugilistique introduite dans le film vaut comme attitude globale, dont l’équipe sera la première à faire les frais.
Le tournage est notamment le lieu d’une scène entrée dans les annales (elle a constitué un épisode de Cinéma, Cinémas) où le cinéaste humilie publiquement Bruno Nuytten, chef-opérateur qu’il n’a pas choisi et que Sarde a engagé. Si l’incident peut avoir à un certain degré été orchestré (une équipe tv était de façon commode présente au moment de ce coup d’éclat), la colère de Godard ne vient pas de rien : alors que Johnny, de dos, face à Paris, mêle récriminations du prophète Jérémie sur les villes maudites et complainte d’esthète sur la lumière dure de l’Île de France, Nuytten se plaint précisément à la caméra que la scène -en contre-jour- n’est pas bien éclairée. Il gagne là l’occasion de cristalliser l’impatience du cinéaste avec la caste des techniciens, dont le coup de sang prend des proportions délirantes. Se lançant dans un tunnel sur l’histoire des caméras Arriflex, il finit par accuser l’autre d’être rien de moins qu’un membre de la Waffen-SS malgré lui pour son incapacité à se défaire de critères routiniers de professionnel de la profession. Le développement paraît trop élaboré pour être parfaitement spontané, probablement Godard avait-il préparé cette lancée de fiel face à d’autres techniciens qu’il considérait ne pas avoir lu le script au vu de leurs réserves à faire autrement que conventionnellement. Une partie du problème est qu’il est alors lui-même, et de façon autodidacte, devenu un technicien doué, dans une volonté de déconstruction qui va dans sa logique même contre la pratique établie (côté audio, le montage sonore et l’usage pionnier du stéréo sont des points forts du film). Tournage acrimonieux, voire bilieux, il se fait avec une hostilité marquée pour presque toutes les figures établies qui le peuplent… et même celles qui n’ont pas le luxe de déjà l’être - dans une identification amusée au Stroheim qui sur un petit écran incarne un metteur en scène gueulard et sadisant.
À l’exception de Nathalie Baye incarnant une femme plus mûre (et possédant davantage de relief), entre ses acteurs évoquant la Nouvelle Vague (Jean-Pierre Léaud et Claude Brasseur avec qui Godard a déjà tourné, tandis qu’un détail de l’intrigue rappelle La Chinoise), un passé plus lointain du cinéma français (Alain Cuny, tandis que La Belle et la Bête apparaît sur un écran de télévision), d’un côté, et ses débutantes des années 80 sur-sexualisées de l’autre, le film dresse un état des lieux du cinéma français se divisant à l’heure du moment entre has-beens et chair fraîche. C'est une certaine tendance du cinéma français qui se voit satirisée quand les présentations sont faites entre lui qui a cinquante ans, elle qui en a dix-huit, et qu'il est dit à l'une de bien être gentille avec l'autre. Dans la volonté de rabaissement, les secondes ne s’en tirent pas mieux que les premiers. Alors qu’il a déjà été fait grand cas à ses apparitions en « Princesse des Bahamas » de la poitrine dénudée d’Emmanuelle Seigner, Godard lui demande lors de son troisième jour de tournage de maintenant enlever sa culotte. Elle s’y refuse, lui déclare ne l’avoir engagée que pour son cul, ce qui décidera de son départ du plateau le jour même. Le premier long-métrage de Julie Delpy est l’occasion, dans son apparition en clarinettiste, d’un plan où une main d’homme empoigne son instrument tandis qu’elle reprend en bouche l’anche de celui-ci. Avec l’Evian vaporisée au visage d’Anna Karina dans Anticipation, ou l’amour en l’an 2000, c'est là le plan le plus obscène de l’œuvre fictionnelle du cinéaste (ce motif pornographique se voyant poussé jusqu'à l'ondinisme dans sa frange essayiste de l'image d'archives). En dépit de son graveleux, cette réification est moins venimeuse que celle, moins apparente, des comédiens plus âgés dont les stratégies conventionnelles d’incarnation apparaissent comme faisant obstacle à la capacité de se faire modèles à l’écran. Ils s’y retrouvent alors présentés moins comme les sujets d’une interprétation que les objets d’une déception. L’absence de réciprocité, la nature instrumentale de tout échange, la duplicité qui ne cache rien que du vide, cadrent avec un récit faisant de la prostitution une condition universelle et de l'argent sale la source de financement par défaut.
À peu de choses près, seul Johnny, en grande partie parce qu’il n’est pas vraiment acteur et qu’il peut donc faire face caméra les choses simples qui le transforment en ce modèle (et pour une part encore plus cruelle, parce que les musiciens contrairement aux comédiens savent faire des choses et pas juste faire semblant de savoir en faire), échappe à ce double reproche, celui de l’incapacité et à accomplir des actions non-psychologisées et à se faire force de proposition. La violence de cette brimade, de ce rapport, naît chez le metteur en scène d’une profonde déception, de nature amoureuse. « Mais on découvre qu’aujourd’hui, c’est la guerre! Or, tout de même, on n’est pas en Éthiopie, on n’est pas en Iran… On est dans un film où on est payé, où on a un oreiller, une douche, des croissants. Mais on sent un rapport de force où tu te dis : si je ne veux pas être tué, c’est moi qui dois tuer. Moi j’essaie de dire que ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Je l’ai vu sur Je vous salue Marie, sur Prénom Carmen : si tu n’es pas dans la convention, il y a un manque. De temps en temps, on retrouve quelque chose, je dis à un acteur : mais regarde le geste que tu es en train de faire, là, ça va, mais reste comme ça, je suis seul aussi. Moi j’essaie simplement de dire : voici la situation, Messieurs, nous sommes là, quel est votre avis, vous avez le droit de le dire et j’en tiens compte, sinon vous ne seriez pas là… J’ai même besoin de votre avis, sinon je vous donnerais des ordres. Mais eux arrivent avec cette idée que ça va être la guerre. (…) Mais on est forcé d’entrer dans des relations un peu personnelles, à ce moment-là, de parler un peu de soi. Moi, j’ai l’habitude de parler de moi « dans » les films. Ils savent beaucoup de choses sur moi, mais moi je ne sais pas grand-chose sur eux. Avant je m’en foutais qu’on me considère comme le génie-qui-travaille-dans-son-coin, le marginal. Maintenant je ne m’en accommode plus, et je leur rappelle que c’est moi qui suis allé les chercher pour leur demander de faire un film, et qu’il faudrait qu’eux aussi fassent un pas. Johnny, lui qui est superprofessionnel là où il est, le fait, ce pas, par profession. Il vient voir le mixage, parce que c’est un homme de son. On a changé la musique, il vient voir la nouvelle musique. Alors, je me dis : "voilà un professionnel." » (1)
Si le rapport entre les deux hommes sera bon, la rencontre, de nature assez publicitaire, entre JLG et Johnny n’aboutira pas à un succès particulier en salles. La présentation cannoise du film restera surtout comme le moment de l’entartrage de Godard avant une conférence de presse. Film fait de citations livresques innombrables, dédié à des mavericks et contrebandiers américains (John Cassavetes, Clint Eastwood, Edgar Ulmer), il tire sa force de fascination de l’alliage de pureté plastique et d’aspérité narrative, ou dans le jeu, qui mêle le chaud et le froid dans un bain à température instable. Inconfortable et mal-aimable, quelque peu insaisissable (quel personnage est à tel ou tel moment désigné comme le Prince ?), il se tient à la jonction d’une œuvre avortée et d’un chef-d’œuvre trop méconnu dans la filmographie godardienne. The Story, production aux États-Unis qui se ne se concrétisera finalement jamais, devait faire se rencontrer à l’image Robert De Niro et Diane Keaton, dans un film au sujet des liens entre la pègre et le monde du spectacle. Il est question de manière fantomatique de cette imbrication ici, quand un vieux malfaiteur lit Leonardo Sciascia au sujet de la mafia tandis que sa petite-fille tient entre les mains un numéro du Time Magazine consacré à celle-ci sous des projecteurs. Détective témoigne d’une passion générationnelle pour la Série noire, de grosses piles d’ouvrages très identifiables de la collection y apparaissant. Encore avec Jean-Pierre Léaud en boule de nerfs à vif, Grandeur et décadence d’un petit commerce de cinéma rendra un hommage (plus poignant) à cette dernière. Film plus authentiquement littéraire il témoignera d’une profondeur autrement supérieure. C’est sur le plan de l’éclat, de la surface, que Détective l’emporte, le cadrage se rapprochant dans ses meilleurs moments de la peinture (quand à la surexposition dure succède des clairs-obscurs consciemment picturaux). Ici, hors du jeu et de la narration, Godard touche au meilleur de la dialectique mécénat/mercenariat. Avec un tel sens du cadre, une maîtrise si acquise dans la composition, il ne peut plus percevoir celui qui se tient entre la caméra et lui que comme un encombrement. Son erreur ici était de ne pas avoir immédiatement assumé de tout prendre en main. « Elles filment aussi la nuit ces saloperies de petites caméras japonaises ? »
(1) entretien avec Alain Bergala, Pascal Bonitzer, Serge Toubiana, Cahiers du Cinéma n°373, juin 1985, in Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard Tome I, Éditions des Cahiers du Cinéma, 1985, pp 623-624.
Source biographique : Everything is Cinema - The Working Life of Jean-Luc Godard, Richard Brody (2008, Paperback Ed.), trad. française : Jean-Luc Godard. Tout est cinéma (2011, Presses de la Cité)
DVD classik consulté le 31 janvier 2026
lundi 12 janvier 2026
Visionnage domestique toulousain (282)
« Moi, je suis de la Vierge. Et je n'ai pas voulu de cet être. J'ai marqué l'âme qui m'a aidée. C'est tout. » (Conclusion empruntée à Antonin Artaud)
« Je ne suis pas religieux, mais je suis croyant. Je crois aux images. Je n'ai pas d'enfants, seulement des films.» (1) JLG
Je vous salue, Marie (ne pas oublier la virgule : l’Ange Gabriel marquant bien la césure quand il s’adresse une dernière fois, avec défiance presque désormais, à celle qui a donné naissance au Christ) est un film qui puise à plusieurs sources, a connu une histoire chaotique, est d’une richesse étourdissante tant sur le plan thématique que narratif (ici, un peu la même chose). Pour ce qui est de son point de départ, cependant, autant ne pas y aller par quatre chemins : Myriem Roussel. Jean-Luc Godard a déjà tourné deux fois avec cette actrice ayant une formation de ballerine, dans Passion et Prénom Carmen. À l’évidence amoureux de la jeune femme, il voudrait réaliser un film dont elle tiendrait le rôle principal, ce qu’il mêle à des ruminations sur le tabou de l’inceste, les rapports symboliques père-fille. Il songe d’abord à traiter avec elle le cas Dora, ce qui aurait marqué la première apparition aussi directe et centrale du freudisme dans un de ses films. La lecture (des premiers chapitres surtout, s’amusait-il à insister) de L’Évangile au risque de la psychanalyse de Françoise Dolto et de Gérard Sévérin lui donne cependant une autre idée : entamer sa propre phase Bob Dylan mystique et se confronter directement aux textes sacrés. Mais cela de manière profane, contemporaine, là même où il habite désormais, le tournage se faisant entre Rolle et Nyon.
Si Roussel en Marie est un choix fixé (le fait que l’actrice fasse moins que ses vingt-trois ans étant un avantage supplémentaire pour le rôle), il faut trouver qui lui tiendra tête en Joseph, le partenaire qui devra apprendre l’humilité devant le mystère, à ne pas se montrer jaloux du plus redoutable des compétiteurs, à savoir l’Esprit. Il pense d’abord à Jean Marais (ce qui aurait exacerbé l’écart d’âge) puis un temps à Jacques Dutronc (qui ayant déjà joué un double du cinéaste dans Sauve qui peut (la vie) aurait, lui, accentué la dimension d’autoportrait). Il en profite au passage pour tourner en bourrique Bernard-Henri Lévy en lui proposant un rôle qu’il ne pouvait que refuser, craignant - probablement à raison - les dégâts en termes d’image. (Godard savait être une teigne : on peut voir dans tout cela une farce sardonique et mesquine touchant au sujet du Nouveau Testament à la question juive, ou simplement un commentaire, en exposant leur fragilité communicante, de l'inanité des « Nouveaux Philosophes », en plus de ridiculiser les velléités artistiques de BHL.) Son choix se fixe finalement sur un nouveau-venu encore moins connu que sa partenaire, Thierry Rode. Godard met du temps à lever les fonds nécessaires et prépare surtout beaucoup le film par des essais filmés avec les deux comédiens, par des heures également d’échanges avec Roussel. Elle qui l’avait d’abord repoussé devient son amante (c’est la période où Godard commence à s’abonner aux liaisons généralement désastreuses avec de jeunes comédiennes en parallèle de sa vie de couple avec Anne-Marie Miéville) et l’entrée dans un tournage difficile ne s’en fait que plus blessante.
Le film est né dans la douleur, les hésitations et l’irritation. Élaboré en cours de route, l’entier du récit sera entièrement tourné pas moins de quatre à cinq fois, le tournage s’étendant sur des mois, aussi pour le cinéaste une manière de faire durer une relation vouée à l’échec. Il attend parfois des heures entières de saisir un plan de la nature romande sous une certaine lumière (alliés au sens du montage godardien qui les fait alterner avec la beauté naturelle de l’actrice, ceux-ci sont parmi les plus mémorables du film). Une matinée d’hiver, excédé de ne pas trouver comment filmer une scène, il se jette tout habillé dans le lac Léman (une scène du film y fait écho, quand Joseph menace au téléphone à Marie de faire de même). Roussel ne tournera plus jamais avec lui. Leur collaboration se clôt par ce qu’on est en droit (c’est en tout cas mon cas) de considérer comme son plus beau film, un éblouissement lyrique où la ferveur spirituelle est celle d’un homme passionnément amoureux, chez qui les sentiments prennent l’âpreté brutale et déstabilisante des textes bibliques. Faisant grand bruit, il va diviser la chrétienté. Car le sentiment d’outrage ne sera pas unanimement partagé, des instances tant protestantes que catholiques (le film parvenant à cliver sur un autre axe que cette ligne de front) le défendront en fait à sa sortie. Il n’en reste pas moins qu’il subira également de nombreuses attaques, allant d’une association catholique traditionnelle perturbant en France sa sortie en salles par des actes de vandalisme dans des cinémas à de nombreux gouvernements conservateurs s’opposant à sa sortie dans leurs pays. Le pape Jean-Paul II lui-même se prononcera pour l’interdiction du film en Italie. Godard aura le coup de génie de soutenir le fait de le retirer des salles italiennes, au motif que l'autorité romaine a tous les droits de se montrer paternaliste à l’égard de la Vierge : « Le pape a une relation particulière avec Marie, qu'il considère au moins comme sa fille. » (2) De fait, l’approche de l’Annonciation (Godard étant plus protestant que catholique, on hésitera, peut-être à tort, à parler d’Immaculée Conception) est ici non seulement profane, mais charnelle. Je vous salue, Marie est un film sur le mystère de la vie, qui s’intéresse à l’origine du monde. C’est aussi, crûment et ardemment, le regard d’un homme vieillissant sur une jeune femme au comble de sa fertilité. Trivialement, Roussel n'est pas enceinte, la grossesse visible de Marie est ellipsée. C'est bien le fait qu'elle puisse l'être (soit la possibilité de l'acte de procréation) qui est l'enjeu.
Marie (Roussel) est une jeune Romande, qui gagne son argent de poche en travaillant dans la station-service de son père, qui joue dans une équipe locale de basket (écho de la petite footballeuse de Sauve qui peut (la vie)). Joseph (Rode), chauffeur de taxi, la courtise depuis deux ans, ils n’ont jamais couché ensemble. Il est encore pris dans une relation qui n’en finit pas de finir (et sans désir de sa part) avec Juliette (Juliette Binoche), sur qui ni la grâce ni la brute libido de l’aimé ne semblent se pencher. Descendu d’un avion à l’aéroport de Cointrin, l’Ange Gabriel (Philippe Lacoste), accompagné d’une fillette (Manon Andersen) qui lui rappelle des devoirs élémentaires tels que lacer ses mocassins, vient annoncer ce que Marie constatera selon la bonne procédure, effectuée avec l'aplomb d'un charcutier, chez le gynéco de la famille (Georges Staquet) : elle est enceinte, malgré sa virginité. Jalousie de Joseph, qui ne peut y croire, et qui devra apprendre à l’accepter, à ne pas encore toucher les parties intimes de son corps non plus. Quand il tentera de franchir cette limite de la main (alors que Marie l’avait autorisé lors d’une rencontre précédente à vérifier des doigts la présence intacte de son hymen), l’Ange interviendra : « D’abord un trou n’est pas qu’un trou. Et puis le tabou épargne le sacrifice. » Il devra une fois Jésus né - un sale gosse assez ingérable, aimant à prendre des cours d'anatomie sous le t-shirt matinal de maman et voulant faire de ses camarades de jeux des disciples qu'il renomme - accueillir comme un fils dans son foyer celui qu’un autre, la divinité elle-même en l'occurrence, a conçu. Il y a là un écho indirect à la vie de Godard, qui habitait avec la fille d’une précédente union de Miéville. (3) Il se projette face à Marie enceinte autant dans Joseph devant accepter le tabou qu’au regard divin, immatériel, qui enveloppe le corps d’une belle femme au quotidien (la beauté de Roussel est d’autant plus émouvante d’avoir quelque chose d’accessible, loin des lignes, traits et formes altiers de Maruschka Detmers dans l’exercice de fascination bizetienne de Prénom Carmen). Cette posture de surplomb évoque une pénétration symbolique, celle du metteur en scène. Pourtant Godard ne s’est pas plié au tabou et a, lui, consommé cette union désirée. Il a voulu gagner sur tous les plans et la peine charriée par le film est aussi celle de cette faillibilité, si terriblement humaine.
L’avancée du récit évangélique se fait parallèlement à une autre intrigue. Un professeur exilé de Tchécoslovaquie (Johan Leysen), passionné d’informatique et de métaphysique, donne un cours à des élèves portant sur l’origine de la vie et y postule une thèse créationniste areligieuse, qui la verrait venir d’ailleurs dans le cosmos (l’idée que nous descendions de formes de vie extraterrestres est énoncée tandis qu’un plan cadre la coupe et teinture discutables d’un participant). Il entre dans une relation amoureuse avec une jeune femme présente, Eva (Anne Gautier), amatrice de Rubik’s Cube, mais la famille qu’il a laissée de l’autre côté du Rideau de Fer lui manquant, se décide à retourner auprès d’elle (cela après avoir apparemment « emprunté » 35 000 CHF à l’intéressée, portée sur les dîners en tenue d'Ève dans de grandes demeures bordant la frange vers Montreux parmi les mieux cotées du Léman). Cette digression parallèle ne sert pas uniquement à commenter, par une citation de Heidegger par exemple (par opposition à Marie faisant du Wittgenstein sans le savoir quand elle arrive à la conclusion que c’est son corps qui est prisonnier de son âme et non l’inverse), le mystère de l'être que Godard tente de filmer par son récit central. Le fiasco conjugal dont il traite ici, où l’échange intellectuel est la base d’un autre ouvertement pulsionnel, en est un double triste et renvoie tout autant à la vie du cinéaste, tiraillée entre un foyer et une liaison. L’homme repart par les airs, comme Gabriel en venait.
La moitié masculine de l’humanité ne sort guère grandie du film, mais elle y est touchante. Elle a le burlesque de l’inadéquation physique, de l’incompréhension affective (le Frère François de Julien Green que Marie lit et recommande à Joseph pourrait suggérer que, tel le saint excentrique, il faudrait savoir en faire une force paradoxale). Selon une dichotomie tout à fait archétypale, les hommes sont filmés dans le registre d’un comique froid, sec, les femmes (toutes très belles : si Godard pouvait s’intéresser à des hommes moches, il ne s’aventurait jamais trop près de la mocheté au féminin), d’une ferveur associée à une extase paysagiste, la beauté de leurs corps et de leurs visages alternant avec celles des champs, lac et ciels des cantons de Genève et de Vaud. Franco-suisse, catholico-protestant, mais même genevo-vaudois (avec un peu plus de Suisse, de Vaud et de protestantisme : 60% a-minima), Je vous salue, Marie réconcilie tout ce qui peine à l’être, sinon les hommes et les femmes. Or tant que la majorité de ces dernières ne sera pas fécondée selon la méthode Marie, il faudra bien s’entendre un peu.
L’humour vache, gonflé (no pun intended), allié au morcellement du montage sonore (cris de mouette, voix des personnages et cantate de Bach accolés en cut toniques) confèrent au film une rugosité salutaire. Ils repoussent momentanément l’obsession amoureuse, heurtent une cadence de cœur battant qui ne voudrait jamais s’interrompre. Ils ont fonction de garde-fou pour un cinéaste au faîte du romantisme. Godard en Romandie ne dialogue alors plus tant avec la cinéphilie qu’avec la haute culture. Trouvant dans un néo-classicisme splendide un écrin à ses passions, il prend le risque de s’emmurer dans le grand art, de faire de sa mélancolie lémanique une forteresse contre le monde environnant. Mais la force de son cinéma (quand bien même cela aurait été sa faiblesse personnelle) est d’avoir toujours été fébrile, facilement irritable, bref on ne peut plus réceptif à celui-ci. Assez miraculeusement (alors que ses films sont souvent déséquilibrés entre ces deux tendances), elle se fondent ici en un geste lyrique, beau à pleurer, mais concret jusqu’à la brusquerie, constamment incarné. Qu’il contemple les ciels, un avion disparaître ou émerger face à un astre couchant, ou les arbres en fleur, le bruissement du vent dans les champs, l’ondulation de l’eau d’un lac, le film le fait depuis un ancrage terrien, plus campagnard que citadin (même quand il s’aventure, en prenant bien soin de l’euphémiser, « en ville » : les villes, en Suisse, de toute façon c'est pour rire). C’est avec la même crudité placide, et pourtant mystique, souterrainement transie de désir et de sentiments, à fleur de peau malgré la tenue raide, que l’œil de la caméra cadre, parmi ses visions enchantées, une nudité comme expression de la nature humaine. Nous venons tous de là et il n’y a rien à y faire. Marie ayant enfanté pour le compte du divin, la voilà libérée de ses charges, apposant un rouge à ses lèvres suggérant une sexualité ne se limitant plus à l’enjeu de la procréation. Obscène ou non, l’expérience s’est en tout cas avérée féconde. C’est ce que ce chef-d’œuvre a possiblement de plus saisissant, et de plus résolument contre-culturel (cela non pas en dépit, mais en vertu, de son lien à la la culture classique), face à tous les fanatismes dont il ne se préoccupe même pas : cet éloge de la fertilité.
(1) Nos nouvelles Saintes Écritures : Wikipedia. (À qui estimerait éventuellement pertinent de sonner l'alarme « male gaze » au sujet d'un film dont le regard masculin de variété hétérosexuelle est un thème flagrant de réflexion, je ferais incidemment remarquer y avoir appris que Laura Mulvey s'est penchée sur son cas.).
(2) Ibid.
(3) Ce motif personnel est compliqué par le fait que, loin d'éprouver la distance de Joseph vis-à-vis de l'enfant Jésus montrée ici, Godard s'est beaucoup attaché à sa belle-fille, qui s'est elle distancée de lui. Il n'a pas manquer d'exprimer ses regrets à ce sujet, qui est émotionnellement un coeur enfoui, plus secret, du film après, ou derrière, son amour pour Roussel. D'où également la préoccupation psychanalytique pour l'amour primitif, et tabou, réinvesti dans une relation conjugale adulte. La fille évidente en cache une autre - laquelle commençait à lui inspirer la peine même qu'il s'apprêtait à revivre dans et par cette nouvelle union.
DVD Classik consulté le 31 janvier 2026
























