lundi 6 avril 2026

Un peu de définition philosophique

 

 
Immanence

Dilemne : tout cacher ou tout montrer

Kiraz


 

35

«Si les discours de revendication ou de dénonciation contribuent si bien à la propagation de ces leçons de perversion auprès du plus grand nombre, c'est qu'ils présupposent les uns et les autres que tout s'explique par le même principe libéral fondamental : celui de l'individualisme méthodologique. On entend généralement par là la doctrine qui veut : 1° qu'il n'existe aucune autre réalité que celle de l'individu ; 2° que tout ensemble social n'est rien d'autre que le résultat des individus ; et 3° que les individus visent toujours, dans leurs échanges avec les autres, la maximisation des gains. »

La Cité perverse : libéralisme et pornographie. Dany-Robert Dufour. (2012)

dimanche 5 avril 2026

samedi 4 avril 2026

« A la mode. Le sens originel du phénomène de la mode ne tient-il pas dans ces deux formules :  "imiter ce qui a du succès" et "faire du neuf ! Qu'allons-nous inventer ?" Ce pourrait être vrai des modes artistiques comme de la mode vestimentaire. "Qu'allons-nous inventer ?" est un principe génétique de l'art. »

Journaux. Robert Musil. Seuil (1981)

Visionnage domestique toulousain (302) : documentation Enantiomère S

 

 
Boy meets girls. Leos Carax (1984)

« Un homme de ce genre [un bon journaliste] dit "qu'à une table de travail, on ne peut absolument pas enfermer dans les mots le jaillissement de la vie avec toute sa succulence, et ses mystérieux prodiges". »

Journaux. Robert Musil. Seuil (1981)

Visionnage domestique toulousain (301)

 

 
Le septième sceau. Ingmar Bergman (1957)

Éblouissement des prémisses (74)

2

« Est-ce à dire que la dimension sexuelle est la seule où peut se réaliser le commandement à la jouissance ? Non, si l'on croit les Anciens, qui pourraient bien avoir été plus perspicaces que nous en la matière. Ils avaient en effet distingué trois libido ou "concupiscences" :non seulement celle qui découle de la passion des sens et de la chair (la libido sentiendi),mais aussi celle qui procède de la passion de posséder toujours plus et de dominer (la libido dominandi) et enfin celle qui touche à la passion de voir et de savoir (la libido sciendi). 

La Cité perverse : libéralisme et pornographie. Dany-Robert Dufour. (2012)

Quelques Éléments supplémentaires de la Société du Spectacle (93) "un certain harnachement"

 


« Naturellement,il n'y a nulle part de "libération sexuelle"-cet oxymore-, mais seulement la pulvérisation de tout ce qui faisait obstacle à une mobilisation totale du désir en vue de la production marchande. La "tyrannie du plaisir" n'incrimine pas le plaisir, mais la tyrannie. »
 
Premiers matériaux pour la théorie de la jeune-FilleTiqqun. Mille et une nuit. (2001)
 
photographie de Jacqueline Bisset

samedi 28 mars 2026

« Grand-mère : Sans doute, la beauté est quelque chose extraordinairement relative. La peau de pêche d'une fille de dix-sept ans est belle . N'est-ce pas ? Ta peau de pêche est belle.
Soubrette : Je ne sais pas.
[...]
Grand-mère : Je serais devenue, au cours de ces 20, de ces 10, de ces 5 dernières années une autre femme ? Je vous demande un peu ! Chaque matin, j'ai retrouvé dans le miroir le même visage que la veille. Je ne nie pas que j'ai pu avoir l'air un peu autre il y a 20 ans ; mais comment te dire ? Ce changement n'impliquerait pas la moindre antipathie ! Il s'est fait pour ainsi dire en accord avec moi-même ! Avec mon assentiment. ! Comme je te l'ai dit, chaque matin et chaque soir.
Soubrette (timidement) : Est-ce que les choses ne se seraient pas passées à peu près comme ceci : si je fais un pas, je suis encore tout près de vous ; si j'en fais un de plus, de même ; mais ensuite, je serai très loin ?
Grand-mère : Allons donc ! Je suis encore aussi près de moi qu'il y a 25 ans. Et toi aussi, pourvu que tu n'aies pas trop d'enfants et que ton mari meure en temps opportun, tant que tu n'auras pas résigné vivante ton âme, tu seras encore exactement là où tu es, de ton point de vue. »

Journaux. Robert Musil. Seuil (1981)

Avec encore plus de retard carte de voeux 2022

Haut les coeurs !

Avec retard carte de voeux 2025 !

 


Musique à Toulouse (28) avec Caroline à l'église Saint-Exupère, Toulouse (15 mars 2026)

 
Cantate BWV 67 Cantates sans filet
direction : Pierre-Alain Braye-Weppe


Théâtre à la Cave Poésie (10)

 


Bruissonnantes 2026

« Aujourd'hui, les partis politiques qui ont une idéologie sont : les cléricaux, les conservateurs. Pour une bonne part, le socialisme utilise l'idéologie du libéralisme, ses côtés positifs ; à part cela, rébellion sans contenu. »

Journaux. Robert Musil. Seuil (1981)

mardi 24 mars 2026

PBF 2026.07 : Légendes indiennes de l'Est de Québec 2 : Mandamin ou la légende du maïs (première diffusion sur Radio radio Toulouse mercredi 25 mars 2026)

 

 
Extension du domaine des Chroniques fringantes d’outre-océan :

légende indienne du Québec 2


Deuxième lecture d’un conte de Légendes indiennes de Daniel Bertolino en co-création avec des Premières nations de l'Est du Canada. 
Ces légendes ont été colligées avec la participation de Basil H. Johnston, membre de la nation indienne Ojibwés, attaché au département d’ethnologie du musée royal de l’Ontario à Toronto. La particularité de ces réalisations est que chaque légende est tournée en collaboration avec une communauté de la Nation d'où elle est issue. Le tournage s’est effectué après que chaque nation ait accepté la légende, le texte et vérifié les morales et la mythologie... Les membres de la communauté deviennent ainsi les comédiens de ces histoires et revivent la légende dans leur langue. Aujourd’hui Mandamin ou la légende du maïs des Indiens Ojibwés (Chippawas).

Programmation musicale :

1) Starwalker  (Buffy Sainte-Marie)

2) Faith keeper (Tchin)

3) Various songs of the Chippawas (Archive Of American Folk Song
)
4) Chippawa song (Tchin) 

5) Sun circle (Ah Nee Mah / Dinae Arkenstone)

6) Warm of the evil (Indian calling / Uqualla)

7) Remember me (Fawn Wood / Randy Wood / Carlos Nakai)

8) Anisinaabe – Spirit bear song (Monidoo Mukva)

9) In the beginning (musicien ou groupe non précisé)

10) E uassiuan – mon enfance (Kashtin)



+ Lecture de la légende interprété par Jean

 de la légende Objiwé : Mandamin ou la légende du maïs

Pour ceux qui auraient piscine indienne, ou toute autre obligation, il y a une possibilité de rattrapage avec les podcasts de la PBF : https://www.mixcloud.com/RadioRadioToulouse/mandamin-ou-la-l%C3%A9gende-du-ma%C3%AFs-la-petite-boutique-fantasque/


Sus aux Philistins !

Photographie extraite du livre Légendes indiennes (Daniel Bertolino) Editions du chat perché / Flammarion

mercredi 18 mars 2026

Brymboletta 7


 
Sel marin et misère

Visionnage toulousain en salle (86) avec Caroline à l'ABC

Deux femmes et quelques hommes. Chloé Robichaud (2026)


Visionnage domestique toulousain (296)

 
Intervista. Federico Fellini (1987)

PBF 2026.06 : Chronique hyperparadisiaque 1 : La Retirada (première diffusion sur Radio radio Toulouse mercredi 18 mars 2026)

 

Hyperparadis de Michel Batlle 1 : La Retirada


Michel Batlle nous fait l’honneur de réserver la lecture d’extraits de son prochain livre à la Petite Boutique Fantasque. Il nous narre dans La Retirada, la guerre d’Espagne de son père, son arrivée à l’hôpital de Montauban et sa rencontre avec sa mère. Les musiques sont soit interprétées par Michel Batlle lui-même avec divers collaborateurs soit choisies par lui.


Programmation musicale :


1) Sexe et mort sans cesse  – Articide circuit (Michel Batlle / Raphael Montet)

2) Musica plastica 2 (Michel Batlle  / Frédéric Maintenant)

3) Barbaque story - Musica plastica (Michel Batlle /  Barbara Flottes / Alain Maurel / Terra Maïre)

4) Viva la FAI (Frente popular) 

5) El paso des Ebro (Henry Lowther / Tracy Holloway / Abigail Newman / Lorraine Temple / Sarah Williams / Paul Clarvis)

6) Sun Ra Ta Mania – Musica plastica (Michel Batlle  / Frédéric Maintenant)

7) Musica plastica 11 (Michel Batlle  / Frédéric Maintenanti)
8) Musica plastica 9 (Michel Batlle  / Frédéric Maintenant)

9) Rock’n roll station (Vince Taylor)

10) African reggae (Nina Hagen)



+ Lecture du chapitre la Retirada tiré de Hyperparadis de Michel Batlle et lu par l’auteur

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Sus aux Philistins !


dimanche 8 mars 2026

Visionnage domestique toulousain (295)

Fellini Roma. Federico Fellini (1972)

Manon Balletti et Casanova 9

«  Au souper de Silvia j'ai reconnu plus tranquillement que la veille toutes les marques d'amitié que je pouvais désirer ; et le mérite de sa fille m'a frappé. Elle possédait à son âge de quinze ans toutes les qualités qui enchantent. J'en ai fait compliment à sa mère qui l'avait élevée, et je n'ai pas pensé de me mettre en état de défense contre ses charmes : je n'étais pas encore assez à mon aise pour me figurer qu'ils pourraient me faire la guerre. »

Histoire de ma vieJacques Casanova de Seingalt. Bouquins Robert Laffont (2015)

mardi 3 mars 2026

PBF 2026.05 : Le kiosque Mantariol et la belle mélodie (première diffusion sur Radio radio Toulouse mercredi 4 mars 2026)

 


Chronique de l'univers place Pinel n°52 : Sur la place Pinel
Sur la  place Pinel se trouve le kiosque Montariol où tous les fins mélomanes avertis souhaitent écouter un beau concert avec belle mélodie, belle harmonie, belles chansons.
 
Programmation musicale :
1) Intermède de la comtesse d'Escarbagnas (Marc-Antoine Charpentier) Les Arts florissants / William Christie
2) Avanti (Arthur H.)
3) Jean-Paul (Taxi thérapie)
4) Page noire (Hubert-Félix Thiéfaine)
5) One night with you (Arno)
6) Si vous croyez (Jean-Marc Le Bihan)
7) A little wind a girl and some dogs (Ferdinand_H aka vs_price)
8) La perruque (Juliette)
9) L'amour c'est comme la mer (les Johnnies)

+ Chronique de l'univers place Pinel n°52, sur la place Pinel par Marius Pinel

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Très bonne écoute de cette émission pinélienne de la Petite Boutique Fantasque

Et sus aux Philistins ! 

Photographie de Helena Georgiou

Luxure aux bains de la Matte sur l'Aar à Berne (1720)

 « Les deux servantes, qui s'étaient trouvées plusieurs fois dans des parties pareilles, se mirent en position de nous divertir avec un spectacle qui m'était très bien connu ; mais que ma bonne trouva tout à fait nouveau. Elles commencèrent à faire ensemble la même chose qu'elles me voyaient faire avec la Dubois. Elle les regardait très surprise de la fureur avec laquelle la servante que j'avais prise jouait vis-à-vis de l'autre le rôle d'homme. J'en étais aussi un peu étonné, malgré les fureurs  que M M. et C C. avaient offertes à mes yeux six ans avant ce temps-là, et dont il est impossible de s'imaginer quelque chose de plus beau. Je n'aurais jamais cru que quelque chose pût me distraire ayant entre mes bras pour la première fois une femme que j'aimais et qui possédait parfaitement tout ce qui pouvait intéresser mes sens ; mais l'étrange lutte dans laquelle les jeunes ménades se débattaient l'occupait aussi. Elle me dit que la prétendue fille que j'avais prise était un garçon malgré sa gorge, et qu'elle venait de le voir. Je me tourne, et la fille même, me voyant curieux, met devant les yeux un clitoris ; mais monstrueux, et roide. Je dis ce que c'était à ma bonne toute ébahie, elle me répond que ce ne pouvait être cela, je le lui fait toucher, et examiner, et elle doit en convenir. Cela avait l'air d'un gros doigt sans ongle, mais il était pliant : la garce qui convoitait ma belle gouvernante lui dit qu'il état assez tendu pour le lui introduire, si elle voulait bien le lui permettre, mais elle n'a pas voulu, et cela ne m'aurait pas amusé. Nous lui avons dit de poursuivre ses exploits avec sa camarade, et nous rîmes beaucoup car l’accouplement de ces deux jeunes filles , quoique comique, ne laissait pas d'exciter en nous la plus grande volupté. Ma bonne excédée s'abandonna entièrement à la nature allant au devant de ce que je pouvais désirer. Ce fût une fête qui dura deux heures et qui nous fit retourner à notre auberge très contents. »

Histoire de ma vieJacques Casanova de Seingalt. Bouquins Robert Laffont (2015)

lundi 2 mars 2026

 « Et quoi ! me disais-je ; cette servante est belle, ses yeux sont bien fendus, ses dents sont blanches, l'incarnat de son teint est le garant de sa santé, et elle ne me fait aucune sensation ? Pourquoi ? Ce ne peut être que parce qu'elle n'a rien de ce que la coquetterie emprunte pour faire naître l'amour. Nous n'aimons donc que l'artifice, et le faux, et le vrai ne nous séduit plus lorsqu'un vain appareil n'en est pas l'avant-coureur. Si dans l'habitude que nous nous sommes faits d'aller vêtus, et non pas tout nus, le visage qu'on laisse voir à tout le monde est ce qui importe le moins, pourquoi faut-il qu'on fasse devenir ce visage principal ? Pourquoi est-ce lui qui nous fait devenir amoureux ? Pourquoi est-ce sur son témoignage unique que nous décidons de la beauté d'une femme, et pourquoi parvenons-nous jusqu'à lui pardonner, si les parties qu'elle ne nous montre pas sont tout le contraire de ce que la jolie figure nous les fait a fait juger ? Ne serait-il pas plus naturel, et plus conforme à la raison, et ne vaudrait-il pas mieux aller toujours avec le visage couvert, et le reste tout nu, et devenir amoureux, ainsi d'un objet, ne désirant autre chose pour couronner notre flamme qu'une physionomie qui répondrait aux charmes qui nous auraient déjà fait devenir amoureux ? Sans doute cela vaudrait mieux, car on ne deviendrait alors amoureux que de la beauté parfaite, et on pardonnerait facilement quand à la levée du masque on trouverait laid le visage que nous nous serions figurés beau »

Histoire de ma vieJacques Casanova de Seingalt. Bouquins Robert Laffont (2015)

Visionnage toulousain en salle (85) avec Caroline et Louloute à l'ABC

 

 
Maigret et le mort amoureux. Pascal Bonitzer (2026)

Conversation rapportée de Voltaire avec Casanova

 « - Aimant le genre humain je voudrais le voir heureux comme moi libre, et la superstition ne peut pas se combiner avec la liberté. Où trouvez-vous que la servitude puisse faire le bonheur d'un peuple ? 
- Voudriez-vous donc voir la souveraineté dans le peuple ?
- Dieu m'en préserve. Il faut qu'un seul gouverne.
- La superstition est donc nécessaire, puisque sans elle le peuple n'obéira jamais au monarque. - Point de monarque, car ce nom me fait voir le despotisme que je dois haïr comme la servitude.
- Que voulez-vous donc ? Si vous voulez que celui qui gouverne soit seul, je ne peux que le considérer que comme monarque.
- Je veux qu'il commande à un peuple libre, et pour lors il sera son chef, et on pourra ne pas l'appeler monarque , car il ne pourra jamais arbitrer.
- Adisson vous dit que ce monarque, ce chef, n'est pas dans les existences possibles. Un peuple sans superstition serait philosophe, et les philosophes ne veulent jamais obéir. Le peuple ne peut être heureux qu'écrasé, foulé, et tenu à la chaîne. »

Histoire de ma vieJacques Casanova de Seingalt. Bouquins Robert Laffont (2015)

Visionnage domestique toulousain (294)

 

 
Que les lâches s'agenouillent. Cowards bent the knee. Guy Maddin (2003)

 « Mais il y a été forcé ; il est moins coupable qu'il n'est à plaindre. Je vous plains aussi beaucoup, et pourtant je vous donne tort ; car après avoir couché tout un mois avec lui sans qu'il vous donnât une seule preuve de sa puissance, vous ne pouviez que supposer la vérité. Eussiez-vous même été parfaitement novice, M. de Sanci aurait dû vous mettre au fait ; car il dot bien savoir qu'il n'est au pouvoir d'un homme de se trouver côte à côte d'une jolie femme, de la presser à nu entre ses bras pendant si longtemps, sans se trouver, malgré sa volonté, dans une situation physique telle qu'il sera forcé de se dévoiler, s'il n'est pas entièrement privé de la faculté qui fait son essence. »

Histoire de ma vieJacques Casanova de Seingalt. Bouquins Robert Laffont (2015)

Quelques Éléments supplémentaires de la Société du Spectacle (92) "une certaine tristesse dans le regard"

« La Jeune-Fille baigne dans le déjà-vu. Chez elle la première fois vécue est toujours une seconde fois de la représentation. »
 
Premiers matériaux pour la théorie de la jeune-FilleTiqqun. Mille et une nuit. (2001)
 
photographie de Clara Bow

 

mardi 24 février 2026

PBF 2026.04 : Madeleine Pelletier ou le procès des femmes (première diffusion sur Radio radio Toulouse mercredi 25 février 2026)

 

Madeleine Pelletier ou le procès des femmes

La petite boutique fantasque reçoit Maud Alvado pour évoquer la figure de Madeleine Pelletier (1874-1939) à la fois féministe, suffragette, militante politique, anarchiste, socialiste puis communiste, polémiste fervente auteure de beaucoup d'articles, de romans, de pièce de théâtre, et doctoresse. Maud Alvado nous parle aussi de la pièce de théâtre qu'elle a écrite sur la fin de vie de cette femme singulière, atypique qui donne le titre à l'émission. Un extrait de la pièce est interprété en fin d'émission. La musique est entièrement féminine et d'époque.

Programmation musicale :

1) Le chant de naviots (Gérard Pierron / Gaston Couté) Suzanne Tandé
2)
Tel qu'il est (Fréhel
)
3) La zone
(Fréhel)
4) La grève des mères (Montéhus) Mireille Rivat

+ Entretien avec Maud Alvado sur Madeleine Pelletier
(entretien réalisé le 16 février 2026)
+ Extrait de la pièce
Madeleine Pelletier ou le procès des femmes par Maud Alvado et Thierry Berrone

Pour ceux qui auraient piscine indienne, ou toute autre obligation, il y a une possibilité de rattrapage avec les podcasts de la PBF : https://www.mixcloud.com/RadioRadioToulouse/madeleine-pelletier-ou-le-proc%C3%A8s-des-femmes-la-petite-boutique-fantasque/

  Sus aux Philistins !

Photographie de Madeleine Pelletier

lundi 23 février 2026

Visionnage domestique toulousain (293)

 

Tales from the Gimli hospital. Guy Maddin (1988)

Retour prodigue du Foyer de Notre dame de Garaison dans la Petite Boutique Fantasque (13)

 Les filles qui font pleurer

C´est l'histoire d'un gars qui allait
Qui allait souvent au cabaret
Qui tout au fond d'la nuit scintille
Il allait boire et s'enivrer
Pour oublier les filles
Pour oublier les filles
Qui ne sont pas gentilles
Oui, pour les oublier
Les filles qui font pleurer !

Il y entra, un soir d'hiver
Il avait le cœur à l'envers
Au lieu de boire une camomille
Il but d'l'alcool dénaturé
Pour oublier les filles
Pour oublier les filles
Qui ne sont pas gentilles
Oui, pour les oublier
Les filles qui font pleurer !

Au douzième coup de minuit
Il aperçut, tout près de lui
Assise dans l'ombre qui vacille
Une femme qu'il voulut aimer
Pour oublier les filles
Pour oublier les filles
Qui ne sont pas gentilles
Oui, pour les oublier
Les filles qui font pleurer !

Il lui dit "J'ai tant de chagrin !
J'ai marché seul sur les chemins
Et ma pauvre âme est en guenilles
Emmène-moi et j'oublierai
Et j'oublierai les filles
Et j'oublierai les filles
Qui ne sont pas gentilles
Oui, je les oublierai
Les filles qui font pleurer !"

Dès lors, ensemble ils sont restés
Tout un printemps, tout un été
Tout le temps que le soleil brille
Puis, sans raison, il l'a quittée
Pour retrouver les filles
Pour retrouver les filles
Qui ne sont pas gentilles
Oui, pour les retrouver
Les filles qui font pleurer !

Y a des hommes qui préfèrent ainsi
Et l´inquiétude et le souci
Ils aiment mieux ça qu'la vie d'famille
S´ils pleurent, c'est qu´ils l'ont bien cherché
Ils ont cherché les filles
Ils ont cherché les filles
Qui ne sont pas gentilles
Ils les ont bien cherchées
Les filles qui font pleurer !

Jean-Roger Caussimon

mercredi 18 février 2026

Visionnage domestique toulousain (292)

 

Y Mañana ? Emile Degelin (1966)

« Les gens n’ont pas des relations sexuelles uniquement pour le plaisir physique ou pour se sentir proche de leur partenaire mais, plus souvent qu’ils n’acceptent de l’admettre, pour des foules d’autres raisons qui peuvent avoir peu de rapport avec la personne avec qui ils se trouvent : pour se sentir viril, ou féminine ; pour se sentir plus jeune ou plus mûr ; pour rivaliser ou se venger de quelqu’un ; pour éviter de reconnaître le véritable objet de son désir ; pour se voir soi-même comme quelqu’un de spontané, d’hédoniste ou de puissant ; parce que l’occasion se présente et que c’est peut-être la dernière fois ; pour défier quelqu’un qui nous a interdit de le faire ; pour pouvoir le dire à ses potes ; par ennui. »

Musique à Toulouse (27) avec Caroline à l'église Saint-Exupère de Montauban (14 février 2026)

 

Les Passions : Jean-Marc Andrieu, flûte à bec, Gilone Gaubert, violon 1, Josépha Jégard, violon 2, Myriam Bis-Cambreling, alto, Etienne Mangot, violoncelle

Programme
Concerto en Do Majeur. Georg Philipp Telemann (1681-1767)

Concerto en Fa Majeur pour flûte à bec soprano. Guiseppe Sammartini (1695-1750)

Suite en La mineur pour flûte à bec et cordes. Georg Philipp Telemann (1681-1767)

« Difficile pour Pierre Bonnard d'expliquer au gardien du musée du Luxembourg, en 1938, que le tableau qu'il est en train de rectifier sur le mur est le sien ! Il  lui arrivait de retoucher ses toiles une fois celle-ci achetées et exposées dans un musée. Ses amis appelaient ça « bonnarder » ou « bonnardiser ». Un journaliste relate, en 1943, cette attitude devenue visiblement coutumière. Au musée de Grenoble puis au musée du Luxembourg, il lui arriva de guetter le passage d'un gardien d'une salle à l'autre, de sortir d'une poche une minuscule boîte garnie de deux ou trois tubes et, d'un bout de pinceau, d'améliorer furtivement de quelques touches un détail qui le préoccupait. Et, son coup fait, de disparaître, radieux, comme un collégien après une inscription vengeresse au tableau noir. »

Visionnage domestique toulousain (291)

Touristes ? Oh yes ! Jean-Pierre Mocky (2012)

Tortures rituelles et choc culturel au Canada : quand les Européens rencontrent les Amérindiens de la côte Est

 « La souffrance physique jouait un rôle social très important chez les Amérindiens de la côte Est. Elle accompagnait les rites de passage à l'âge adulte ainsi que les rites d'intégration des prisonniers capturés lors de guerres ou de raids... elle permettait également à l'ennemi capturé de remporter une victoire moral sur son vainqueur en endurant sans (trop) broncher de terribles souffrances...
Seulement voilà, lorsque les Amérindiens capturèrent des Européens, ils furent affreusement déçus de constater que ces derniers - horrifiés pour leur part - ne jouaient pas le jeu qui leur était proposé.
Au lieu de relever dignement le défi de la souffrance physique, les Européens hurlaient, suppliaient ou pleuraient pour que leurs peines soient abrégées.
Rite social et culturel pour les uns, pure cruauté pour les autres : bref, un bel exemple d'incompréhension. »

Visionnage domestique toulousain (290)

 

 
Adèle n'a pas encore dîné. Oldrich Lipsky (1978)

« Le fascisme naît toujours d'un esprit provincial, d'un manque de connaissance des vrais problèmes et du rejet des gens, que ce soit par paresse, préjugés, cupidité ou ignorance, pour donner un sens plus profond à leur vie. Pire encore, ils se vantent de leur ignorance et cherchent le succès pour eux-mêmes ou pour leur groupe à travers une présomption, des affirmations sans fondement et une fausse démonstration de bonnes qualités, plutôt que de faire appel à la véritable capacité, à l'expérience ou à la réflexion culturelle.
Le fascisme ne peut être combattu si nous ne reconnaissons pas qu'il est simplement le côté stupide, pathétique et frustré de nous-mêmes dont nous devons avoir honte.
»

 
Federico Fellini : conversation avec Natalia Ginzburg

mardi 10 février 2026

PBF 2026.03 : Quarante ans de passions baroques (première diffusion sur Radio radio Toulouse mercredi 11 février 2026)

40 ans de passions baroques
La petite boutique fantasque reçoit Jean-Marc Andrieu à l'occasion de l'anniversaire de son ensemble, les Passions, orchestre baroque de Montauban, cette formation affiche quarante ans au compteur, quand même ! Nous feuillèterons ensemble quelques pages de cette belle histoire avec ces 900 concerts. Nous parlerons de la formation de cet ensemble et de quelques souvenirs qui ont émaillés ces années. Nous aborderons ensemble, le festival les Passions avant d'aborder la production discographique des Passions. Et enfin, les première festivités pour cet anniversaire, concert 13 au Temple de la Faculté de Montauban et 14 février 2026 à Saint-Exupère à Toulouse. Programme Telemann et Sammartini. 

Tous les renseignements : https://www.les-passions.fr/fr/musique-baroque/

Programmation musicale :
1) Kyrie (Jean Gilles ) Les passions / Jean-Marc Andrieu
2)
Premier choeur d'In exitu Irsrael (
Antoine-Esprit Blanchard) Les passions / Jean-Marc Andrieu
3) 33 de Gobi tiré de Vents des royaumes
4) Air de Daphnis (Pierre Cassanéa de Mondonvile)
Les passions / Jean-Marc Andrieu
5) Chaconne (Benedetto Giacomo Marcello)
Les passions / Jean-Marc Andrieu
6) Laetus sum (Nicola Porpora)
Les passions / Jean-Marc Andrieu
7) extrait du Choeur final de la passion selon Saint-Matthieu (Jean-Sébastien Bach)
Les passions / Jean-Marc Andrieu

+ Entretien avec Jean-Marc Andrieu
(entretien réalisé le 3 février 2026)

Pour ceux qui auraient piscine indienne, ou toute autre obligation, il y a une possibilité de rattrapage avec les podcasts de la PBF : https://www.mixcloud.com/RadioRadioToulouse/quarante-ans-de-passions-baroques-la-petite-boutique-fantasque/ 

 Sus aux Philistins !

Image prise au studio de Radio Radio par Michel Bonnet

samedi 7 février 2026

Visionnage domestique toulousain (288)

 

 
Zazie dans le métro. Louis Malle (1960)

Musique à Toulouse (26) avec Caroline et Pierre à l'église Saint-Jacques de Montauban (11 octobre 2025) avec retard

 

 
1643, l'héritage italien : Litanies et Beatus Vir (Claudio Monterverdi) ; Deux canzone à 2 dessus et basse (Girolamo Frescobaldi) ; Jephté
 (Giacomo Carissimi ) ; Litanies à la Vierge (Marc-Antoine Charpentier) Les Passions / Dulci jubilo / Jean-Marc Andrieu

« [Sur La femme mariée] C'est un film de société qui décrit l'adultère comme une série de fragments objectifs : des corps, des paroles, des faits, des trajets, des lieux, des actes, des mots, des images, c'est-à-dire un produit de la société contemporaine, de la "société de consommation" comme les sociologues aiment à l'appeler. La femme, son mari, son amant, font partie de ce monde des objets, au même titre qu'une voiture, un soutien-gorge, un parfum, une chambre d'hôtel, un film, un magazine, une salle de cinéma, un aéroport, dont la société fait commerce par l'intermédiaire de l'argent, des médias, de la publicité. Et tout, tous, sont filmés d'une même manière, objective, frontale, fragmentaire, abstraite, cadrés en plans moyens ou en gros plans. »

Godard : biographie. Antoine de Baecque. Bernard Grasset (2010)

PBF 2026.02 : Je rêve que je vous dis que je vous aime (première diffusion sur Radio radio Toulouse mercredi 4 février 2026)

 

Lettres de Manon Balletti à Giacomo Casanova
La Petite Boutique Fantasque se penche sur une jeune correspondante épistolaire de Casanova à l'occasion de la sortie du livre : Giacomo Casanova, correspondance féminine (1757-1796), publié À l'enseigne du pot cassé (2025). A cette occasion, nous recevons Jean-Luc Nardone, professeur de littérature italienne à la faculté Toulouse Jean-Jaurès et éditeur de ce livre qui nous présente Manon Balletti, dix-sept ans, fille de Sylvia Balletti, créatrice de certains grands rôles féminins de Marivaux. Elle va être aimée de Casanova, il promettra même à sa mère sur son lit de mort d'épouser Manon mais ne le fera pas en définitive. Ce sont des lettres d'amour d'une jeune fille d'une fraîcheur, d'une intelligence, d'une vivacité qui méritent d'être (re)découvertes.

Programmation musicale :
1) Sonate n°9 (Baldassare Galuppi) Viginkur Olafsson
2)
Bei labbri, che amore formo per suo nido (
Baldassare Galuppi) Philippe Jaroussky / Artaserse
3) Judicabit tiré du Dixit Dominus (
Baldassare Galuppi) Orchestre Ghislieri / Giulio Prandi

+ Entretien avec Jean-Luc Nardone
professeur de littérature italienne à l'UT2J
Lecture des lettres 1, 6, 12, 17 et 29 de Manon Balletti à Casanova par Orphée Tournier

Pour ceux qui auraient piscine indienne, ou toute autre obligation, il y a une possibilité de rattrapage avec les podcasts de la PBF : https://www.mixcloud.com/RadioRadioToulouse/je-r%C3%AAve-que-je-vous-dis-que-je-vous-aime-la-petite-boutique-fantasque/

Sus aux Philistins !

extrait du tableau de Manon Balletti par Jean-Marc Nattier

 

« Car Godard a voulu tourner en son direct "à la Rouch", avec un Nagra, une perche et parfois des micros cravates. Tout est vrai dans ce film fantaisiste et, selon l'expression de Godard, ce conte de fées est aussi un "conte de faits".  C'est ainsi qu'est tournée la séquence du métro, assez longue, quand Odile et Arthur "descendent au centre de la terre" et chantent Aragon. »

Godard : biographie. Antoine de Baecque. Bernard Grasset (2010)

Visionnage domestique toulousain (287)

 

 
Viva Maria ! Louis Malle (1965)

Quelques Éléments supplémentaires de la Société du Spectacle (91)

 

 
« La chimie de la passion : aujourd'hui, tout s'explique, même le fait d'être amoureux ! Adieu le romantisme , puisque ce "phénomène" ne serait qu'une série de réactions chimiques. »
 
Premiers matériaux pour la théorie de la jeune-FilleTiqqun. Mille et une nuit. (2001)
 
Senta Berger

samedi 31 janvier 2026

Musique à Toulouse (25) avec Laurie au Capitole (25 janvier 2026)


 La Passagère, un opéra
Jean-Christophe Le Toquin
Témoigner entre histoire et mémoire
 
L’opéra La Passagère de Mieczyslaw Weinberg (1919-1996), achevé en 1968, n’a jusqu’à aujourd’hui guère plus été mis en scène que L’Empereur de l’Atlantis. Il a été donné pour la première fois en 2006 en Russie, mais seulement en version de concert, et représenté pour la première fois sur scène à Bregenz en Allemagne en 2010. Il a été monté pour la dernière fois à Londres au Coliseum, en septembre 2011, par David Pountney et l’orchestre de l’English National Opera placé sous la direction de Sir Richard Armstrong. C’était alors en reprise de la production de la création scénique mondiale du Festival de Bregenz de 2010. On connaît bien sûr beaucoup plus le film éponyme d’Andrzej Munk (1963) adapté de la pièce radiophonique de Zofia Posmysz, La Passagère de la cabine 45, édité en 1959.
 
L’histoire : Lisa, ex-surveillante SS à Auschwitz et désormais épouse d’un diplomate, voyage sur un transatlantique en route pour le Brésil. Lors d’une escale, elle croit reconnaître Marta, une ancienne détenue résistante polonaise, qu’elle pensait morte dans le camp. Choc émotionnel, culpabilité, peur d’être reconnue et dénoncée, Lisa en vient à avouer son passé à son mari, et nous fait revivre les épisodes de sa relation ambiguë et dominatrice avec la prisonnière.
 
Lors de la représentation du 20 septembre à Londres, c’est avec une troublante unanimité, du Guardian au Financial Times, de l’Evening Standard au Telegraph, que les critiques anglais ont souligné la qualité de la mise en scène et l’engagement des chanteurs, mais pour mieux condamner musicalement l’opéra. L’un estime que l’œuvre est un « ratage total », quand un autre déconseille l’opéra à ceux qui voudraient passer une soirée dont ils sortiraient « positifs sur eux-mêmes et sur l’humanité ». Tous trouvent des raisons opposées pour décourager le mélomane aventureux : « il y a trop de musique pour un tel sujet ! », décrètent les uns, « il n’y en pas assez pour intéresser le mélomane ! », assènent les autres. La représentation d’Auschwitz sur scène ? Trop réaliste disent certains, trop théâtralisée jugent les autres. Au fond, la presse anglaise porte spontanément la même analyse que celle mûrement réfléchie du Bolchoï (qui a toujours refusé de monter cet opéra) : l’œuvre ne convient pas « musicalement ».
 
Comment expliquer une telle cacophonie d’analyses ? Effectivement, l’Acte I s’installe lentement, démarrant dans la lumière blanche du paquebot avant de descendre (au propre comme au figuré) dans l’enfer d’Auschwitz. Certes, l’Acte II poursuit et approfondit l’exploration psychologique et dramatique, avec en même temps plus d’intensité musicale et de lyrisme. Ce qui est admirable, précisément, c’est la capacité de Weinberg de gérer le temps, la montée progressive de la tension, l’économie de musique permettant de marquer la difficulté du temps dans le camp, contrebalancée par des coups d’éclat orchestraux et vocaux qui, soutenant l’attention, permettent d’accrocher à l’œuvre.
 
À écouter et étudier la partition, Dimitri Chostakovitch, auteur de la Symphonie n° 13 Babi Yar et ami de Weinberg, disait y avoir « mieux compris, à chaque fois, la beauté et la grandeur de cette musique ».
 
Oui, les camps de concentration mettent à l’épreuve de la question même de l’irreprésentabilité de la violence extrême, oui, il s’agit de concevoir un traitement particulièrement précis pour ne tomber ni dans le voyeurisme malsain, ni dans un insupportable pathos. La force du livret lui permet d’éviter magistralement toute caricature. « Lisa la SS » qu’on voudrait détester est plus complexe et intéressante que son diplomate de mari qui a la conscience bien propre et va finalement opter pour l’attitude la plus honteuse : vouloir tout oublier du passé de sa femme, de son pays, non pour elle, mais pour préserver sa propre réputation et son statut social. Le plus proche de nous devient le plus méprisable.
 
Dans cette représentation londonienne, Michelle Breedt était une Lisa excellente, égale à la captation reproduite dans le DVD de Bregenz [Neos 2010]. Giselle Allen en Marta était exceptionnelle. Elle nous abasourdit avec son chant déchirant, qui se fiche de la « joliesse » du son pour atteindre la vérité de la musique et du drame. Son grand air à l’Acte II est d’une force bouleversante.
 
La direction de Sir Richard Armstrong tendue, mettait en relief les qualités de l’orchestration, soutenant le rythme sans brusquer la nécessaire lenteur propre à la narration. La mise en scène de David Pountney et les décors étaient remarquablement efficaces, avec un jeu constant de va-et-vient entre le pont du paquebot et le sol du camp, et les allées et retours des wagons qui font tour à tour office de chambrée, de murs du camp ou d’évocation des fours crématoires.
 
Ajout de l’opéra par rapport au livre, le personnage de Tadeusz, le fiancé violoniste, apporte un climax dramatique à la fin de l’opéra : sommé de jouer une valse vulgaire pour le chef du camp et ses acolytes nazis, il interprète la Chaconne de Bach. C’est une leçon et un défi lancé par l’artiste, vrai détenteur, fût-il juif, de la culture musicale allemande, contre les imposteurs en uniforme. Il paiera de sa vie la provocation. Ce thème du prisonnier défendant la culture européenne contre ceux qui la violent n’est pas une invention romanesque. Il rappelle le Requiem de Terezin de Josef Bor qui raconte l’histoire vraie du chef d’orchestre Raphaël Schächter qui parvint à répéter et faire représenter le Requiem de Verdi devant Eichmann au camp de Terezin.
 
Ouvrage sur la culpabilité, l’incompréhension de soi comme des autres (Lisa semble sincère quand elle se plaint auprès de son mari qu’elle était détestée de tous les prisonniers), la mémoire, La Passagère est aussi une réflexion sur l’amour, la nécessité de rester attaché à ses valeurs morales et la culture comme défi dérisoire et suprême à la fois contre la barbarie. La Passagère est un vrai et pur moment d’opéra, magistralement mené, sur un thème on ne peut plus délicat. Il a attendu plus de quarante ans pour être joué, il lui faudra encore quelques années de patience pour être apprécié pour ce qu’il est.
 
À la fin de la représentation, une vieille dame élancée est venue saluer, franchissant précautionneusement les rails : Zofia Posmysz, l’auteure du texte initial, qui a connu et a survécu à Auschwitz, qui a connu « Lisa ». Oui, la Marta de l’opéra est encore vivante, et par son œuvre et par sa présence elle nous dit : ceux qui ont souffert ne doivent pas être oubliés.

 « Quand les parents vieillissent…
Laissez-les vieillir avec le même amour qu’ils vous ont fait grandir…
Laissez-les parler et raconter à plusieurs reprises des histoires avec la même patience et l’intérêt avec lesquels ils ont écouté les vôtres quand vous étiez enfant…
Laissez-les gagner comme ils vous ont souvent laissé gagner…
Laissez-les profiter des discussions avec leurs petits-enfants car ils vous voient en eux…
Laissez-les vivre avec les objets qui les ont accompagnés pendant longtemps, car ils souffrent en ressentant que vous leur arrachez des morceaux de leur vie…
Laissez-les se tromper comme vous vous êtes trompés tant de fois…
Laissez-les vivre et essayez de les rendre heureux sur le dernier chemin qu’il leur reste à parcourir, de la même manière qu’ils vous ont donné la main lorsque vous initiez le vôtre…»

Pablo Neruda

Musique à Toulouse (24) avec Laurie au Capitole (2 mars 2025) avec retard

 

 
Giulio Cesare in Egitto. Georg Friedrich Haendel

« Les Lessiveuses


Les femmes sont dans le verger,
où le cordeau de la lessive
est tendu entre les pommiers.
L’une est en train d’y pendre une chemise
qu’elle fixe avec des pinces de bois
(et le mouvement de ses bras
fait remonter sa jupe à pois) ;
la deuxième à croupetons dans le soleil
prend le linge dans une seille ;
la troisième renoue en riant
ses cheveux défaits par le vent.
Dans le pré qu’on vient de faucher
les premiers colchiques ont percé ;
il fait déjà froid soir et matin, l’eau coupe
la peau des mains et la fait sauter ;
les blanchisseuses ont les mains rouges.
Elles lèvent des mains rouges devant le linge blanc ;
mais, parce qu’elles sont jeunes, elles rient dans le vent
qui vient sur elles, les pressant
entre ses bras comme un danseur,
et leur fait faire un tour sur place
en les serrant contre son cœur. »

Le petit village. Charles-Ferdinand Ramuz Éditions Héros-limite (1903)



Rémi et Colette. Méthode de lecture traditionnelle. Joseph Juredieu, Eugénie Mourlevat, Andrée Roy. Magnard (1973)

 

Couverture de magazine

 
 Honey novembre 1968.
Ewa Aulin en couverture

« Pour se pérenniser, cette pornocratie suppose en effet la diffusion permanente de véritables leçons de perversion, c’est-à-dire l’affichage public de comportements "culturels", politiques, économiques ou artistiques pornoïsants. Il ne faut pas déduire de la propagation de ces leçons de perversion que ceux qui les subissent quotidiennement en deviennent nécessairement pervers. C’est même là un trait constitutif de notre époque postmoderne : la Cité peut être perverse sans que tous les individus ne le soient, loin s’en faut. Il est clair cependant que baigner dans une culture perverse n’est pas sans conséquences sur les individus. Premièrement, parce qu’une Cité devenue perverse ne peut alors que mettre en place une "sélection naturelle" des plus aptes à soutenir son idéal. Deuxièmement, parce que les individus restants, même non pervers, seront priés d’adopter des comportements pervers.»

La cité perverse : libéralisme et pornographie
. Dany-Robert Dufour. Folio (2009)

mercredi 28 janvier 2026

PBF 2026.01 : Une existence désorbitée (première diffusion sur Radio radio Toulouse mercredi 28 janvier 2025)

 


Maurice Utrillo 2 : une existence désorbitée

Aujourd'hui nous abordons la biographie de Momo avec des extraits de celle de Jeanine Warnod intitulée Maurice Utrillo V. parue chez Flammarion en 1983.
En outre, deux autres figures hautes en couleur seront croisées aux détours des rues de Montmartre, Aristide Bruant et Erik Satie.

Programmation musicale :
1) Nini peau de chien (Aristide Bruant) Jean-Roger Caussimon
2)
A Saint Ouen (
Aristide Bruant) Mouloudji
3) Choral hypocrite (Erik Satie) Alexandre Tharaud / Isabelle Faust
4)
Rôdeuse de berges (Aristide Bruant) Francesca Sollevile
5) A Montparnasse (
Aristide Bruant) Monique Morelli
6) Vexations (Erik Satie) Jean-Marc Luisada
7) A la Goutte d'or (
Aristide Bruant) François Hadji Lazaro
8) A la Glacière (
Aristide Bruant) Germaine Montero

+ Lecture d'extraits de Maurice Utrillo V. (Jeanine Warnod)
par Jean-Christophe et Romane Léa

Pour ceux qui auraient piscine indienne, ou toute autre obligation, il y a une possibilité de rattrapage avec les podcasts de la PBF : https://www.mixcloud.com/RadioRadioToulouse/une-existence-d%C3%A9sorbit%C3%A9e-la-petite-boutique-fantasque/

Sus aux Philistins !

Photographie de Maurice Utrillo enfant