dimanche 14 février 2021

 «Au temps où vous étiez plongés l'un et l'autre dans les trompeuses délices de la Lune de Miel, votre femme, en véritable amante, faisait constamment votre volonté. Heureuse de pouvoir vous prouver une bonne volonté que vous preniez, vous deux, pour de l'amour, elle aurait désiré que vous lui eussiez commandé de marcher sur le bord des gouttières, et, sur le champ, agile, comme un écureuil, elle eût parcouru les toits. En un mot, elle trouvait un plaisir ineffable à vous sacrifier ce je qui la rendait un être différent de vous.»

Physiologie du mariage. Balzac. Gallimard (1971)

samedi 13 février 2021

Visionnage domestique parisien (73)

 

Louis, l'enfance d'un roi. Roger Planchon (1993)

Un jour, il faudra peut être démêler l'influence de ce film sur la création des Muses galantes...

Visionnage domestique parisien (72)

Georges Dandin. Roger Planchon (1988)
 

«Les femmes sont obstinément naïves quand elles parlent des “besoins” des hommes. Elles se sont laissé persuader que ce sont des puissances irrésistibles, une sorte de souffrance malpropre et néanmoins grandiose ; elles paraissent ignorer qu’elles-mêmes, après une continence assez prolongée, deviennent aussi folles que les hommes, et que les hommes, après un certain temps de transition, s’habituent aussi aisément qu’elles au renoncement. La différence est plus morale que physiologique, elle tient à l’habitude qu’on a de s’accorder ou se refuser la satisfaction de ses désirs. Mais, pour beaucoup de femmes qui pensent avoir des raisons de ne pas obéir à leur convoitise, l’idée que l’homme ne peut se dominer sans danger pour lui-même est un prétexte bienvenu pour prendre dans leurs bras l’homme-enfant éprouvé. À son tour Ag[athe] -à qui l’interdiction d’obéir, vis-à-vis de son frère, à la voix pourtant sans équivoque de son coeur imposait le rôle d’une femme un peu frigide- utilisait inconsciemment cette ruse.»

 L'homme sans qualitésRobert Musil. Editions du Seuil (1956)

«Enfin vint un jour de pluie. Le vent claquait. Le temps, fraîchement, devint plus long. Ils se redressèrent comme les plantes.
Ils s’embrassèrent. Les paroles qu’ils se dirent les restaurèrent. Ils furent heureux de nouveau. Attendre à tout instant l’instant suivant n’est qu’une habitude ; si on établit un barrage, le temps déborde comme un lac artificiel. Les heures s’écoulaient sans doute, mais en largeur plutôt qu’en longueur. Le soir vient, mais le temps n’a pas passé.»

L'homme sans qualités. Robert Musil. Editions du Seuil (1956)

Retour prodigue du Foyer de Notre dame de Garaison dans la Petite Boutique Fantasque (3)

Montréal

C’pas facile d’être amoureux à Montréal
Le ciel est bas, la terre est grise, le fleuve est sale
Le Mont-Royal est mal à l’aise, y’a l’air de trop
Westmount le tient serré dans un étau

Y’a des quartiers où le monde veille sur le perron
Y’a un bonhomme qui en a fait une belle chanson
Dans ces bouts-là les jeunes se tiennent au fond des cours
Y prennent un coke, y prennent une bière, y font l’amour

Où chus né y avait un arbre tous les vingt pieds
Ça fait vingt ans depuis c’temps-là y’es zont coupés
Ma première blonde j’l’ai rencontrée dans un hangar
On jouait à guerre, elle était espionne, moi j’étais mort

Assis su’é marches de l’escalier du restaurant
J’ai dépensé une bonne partie de mes quinze ans
Avec mon chum Ti-Gilles, avec le grand Paquette
On agaçait les filles pis on s’appelait tapettes

Quand j’tais jeune j’ai eu de la peine, j’ai ben braillé
J’ai cru mourir quand ma Mireille a m’a laissé
A m’avait dit qu’un jour peut-être a m’appellerait
Quand ses parents seraient partis pour le chalet

Pis c’t’arrivé, y fallait ben qu’un jour ça vienne
Un soir de pluie, au coin d’Beaubien pis d’la neuvième
Des fois j’y r’pense, je r’vois la fille pis là j’me dis
C’était sans doute le plus beau jour de toute ma vie

Aujourd’hui à Montréal chus en amour
J’t’aime comme un fou pis j’vas t’aimer, t’aimer toujours
J’te conte tout ça, écoute-moi ben pendant qu’ça m’pogne
Assis au pied des arbres du Bois-de-Boulogne

 Beau dommage

 «Deux personnes se marient-elles, les sbires du Minotaure, jeunes et vieux, ont tous ordinairement la politesse de laisser entièrement les époux à eux-mêmes. Ils regardent un mari comme un ouvrier chargé de dégrossir, polir, tailler à facettes et monter le diamant qui passera de main en main, pour être un jour admiré à la ronde. Aussi, l'aspect d'un jeune ménage fortement épris réjouit-il toujours ceux d'entre les célibataires qu'on a nommés les Roués, ils se gardent bien de troubler le travail dont doit profiter la société ; ils savent aussi que les grosses pluies durent peu ; ils se tiennent alors à l'écart, en faisant le guet, en épiant, avec une extraordinaire finesse, le moment où les deux époux commenceront à se lasser du septième ciel.»

Physiologie du mariage. Balzac. Gallimard (1971)