mercredi 22 juillet 2020

PBF 2020.17 : Elle appose, rouge, le sceau

Ce mercredi 22 juillet 2020 à 19H, nouvelle émission de la Petite Boutique Fantasque intitulée : Elle appose, rouge le sceau. Ce titre provient d'un beau quatrain de François Cheng tiré du recueil Enfin le royaume paru chez Poésie/ Gallimard
Sur le fond de brume, l'aube dessine
Un ruisseau bordé de saules, 
Et puis, tout au bas du ciel, 
Elle appose, rouge, le sceau
Elle est encore réalisée avec les moyens du bord et diffusée en hertzien, Toulouse : 106.8 Mhz ou en streaming
https://www.radioradiotoulouse.net/ et pour tout le reste du temps sur les podcasts de mixcloud.
Programmation musicale :
1) Le Jour de clarté (Graeme Allright)
2) Marietty (Chloé Mons)
3) Ô mon Dieu (Christophe)
4) Twilight (Acid mothers temple)
5) Cause we're ended (Jeff Beck / Tal Wilkenfeld) 
6) If you can't give me love (Suzy Quatro) 
7) Silver threads and golden needles (Linda Ronstadt)
8) Michael (Joan Baez)
9) Tears of a clown (The Beat)
10) Recuerdos de Alhambra (Torrega) Alexandre Lagoya, Academy of Saint Martin in the Fields, Kenneth Sillito
11) Ederlezi (Goran Bregovic) 

Pour ceux qui auraient piscine indienne, ou toute autre obligation, il y a une possibilité de rattrapage avec les podcasts de la PBF :
https://www.mixcloud.com/RadioRadioToulouse/pbf-202017-elle-appose-rouge-le-sceau/

Allons-y gaiement et sans mollir !

Photographie d'Haydée Politoff

jeudi 16 juillet 2020

«Il y avait, selon lui, que deux manières d'organiser une chambre à coucher : ou bien en faire une excitante alcôve, un lieu de délectation nocturne ; ou bien agencer un lieu de solitude et de repos, un retrait de pensées, une espèce d'oratoire.
Dans le premier cas, le style Louis XV s'imposait aux délicats, aux gens épuisés surtout par des éréthismes de cervelle ; seul en effet, le XVIIIe siècle a su envelopper la femme d'une atmosphère vicieuse, contournant les meubles selon la forme de ses charmes, imitant les contractions de ses plaisirs, les volutes de ses spasmes, avec les ondulations, les tortillements du bois et du cuivre, épiçant la langueur sucrée de la blonde, par son décor vif et clair, atténuant le goût salé de la brune, par des tapisseries aux tons douceâtres, aqueux, presque insipides.
[...]
Dans l'autre cas -et maintenant qu'il voulait rompre avec des irritants souvenirs de sa vie passée, celui-là était seul possible- il fallait façonner une chambre en cellule monastique ; mais alors les difficultés s'accumulaient, car il refusait à accepter, pour sa part, l'austère laideur des asiles à pénitence et à prière.»

À rebours. J.-K. Huysmans. Gallimard (1977)
«Saint-Simon est une apocalypse d'acier, une machine infernale. Il a décidé un déluge. Tout va à la décadence à la confusion, au chaos ? Déjà ? Depuis toujours ? La révélation qu'on en fait va provoquer une "convulsion générale" ? Le comble : il va s'excuser pour finir de son style. Lui ! "Je ne fus jamais un sujet académique ; je n'ai pu me défaire d'écrire rapidement." Quelle arrogance ! Quelle insolence ! Quelqu'un me dit : "On comprend, à le lire, que la guillotine ait surgi." Et oui : trop de vérité, trop de matière emportée, trop de courant, coupez-moi ça, du calme. Il nous noierait l'animal ! Sa stratégie ? Le tourbillon, la cataracte, et : "Faire surnager à tout la vérité la plus pure." Mais qui a envie de "surnager" dans ces conditions ?»

La guerre du goût. Philippe Sollers. Gallimard (1994)

mardi 14 juillet 2020

Rien n'est si insupportable à l'homme que d'être dans un plein repos, sans passions, sans affaires, sans divertissement, sans application. Il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide. Incontinent, il sortira du fond de son âme l'ennui, la noirceur, la tristesse, le chagrin, le dépit, le désespoir.
Pascal


«Personne n'a jamais pu réfuter l'impitoyable analyses que Pascal a faite, dans les Pensées, de l'ennui comme l'étoffe même des jours de notre vie sous les braderies et les passementeries dont nous essayons, plus ou moins vaillamment, de l'agrémenter. Voltaire et Mme du Deffand tâtèrent en frémissant cette bure, qui démentait en secret l'éclat des Lumières. Mais c'est au XIXe siècle que l'ennui, devenu "mal du siècle" dans l'éloquence de René, ne cessa d'aggraver ses ravages et de multiplier les prestiges qui le détournaient vainement de sa rêche vérité. Avec À Rebours en 1884, l'ennui romantique, enfiévré par le "spleen" de Baudelaire, qualifié de "névrose" par le diagnostic de Zola, se flatta enfin d'entrer en agonie.»

Préface d'À rebours. Marc Fumaroli. Gallimard (1977)

vendredi 10 juillet 2020

Visionnage domestique parisien (44)

Film. Alain Schneider sur un scénario de Samuel Beckett (1964)

Éblouissement des prémisses (50)

«Quoiqu'il tentât, un immense ennui l'opprimait. Il s'acharna, recourut aux périlleuses caresses des virtuoses, mais alors sa santé faiblit et son système nerveux s'exacerba ; la nuque devenait déjà sensible et la main remuait, droite encore lorsqu'elle saisissait un objet lourd, captivante et penchée quand elle tenait quelque chose de léger tel qu'un petit verre.
Les médecins consultés l'effrayèrent. Il était temps d'enrayer cette vie, de renoncer à ces manoeuvres qui alitaient ses forces. Il demeura, pendant quelque temps tranquille ; mais bientôt le cervelet s'exalta, appela de nouveau aux armes. De même que ces gamines qui, sous le coup de la puberté, s'affament de mets altérés ou abjects, il envient à rêver, à pratiquer les cours exceptionnelles, les joies déviées ; alors, ce fut la fin : comme satisfaits d'avoir tout épuisé, comme fourbu de fatigues, ressens tombèrent en léthargie, l'impuissance fut proche.
Il se retrouva sur le chemin, dégrisé, sel, abominablement lassé, implorant une fin que la lâcheté de sa chair l'empêchait d'atteindre.»

A rebours. J.-K. Huysmans. Gallimard (1977)