samedi 11 janvier 2020

«La famille coquelicot va à Montceau-les-Mines
Pour que les mineurs aient des fleurs.»

Il était une petite pie. Lise Hirtz (Deharme). Jeanne Bucher (1928)

Joan Miró

«Le surréalisme m'a permis de dépasser de loin la recherche plastique,
il m'a mené au cœur de la poésie,
au cœur de la joie ; joie de découvrir ce que je fais après l'avoir fait,
de sentir gonfler en moi, à mesure que je peins un tableau
le sens et le titre d'un tableau.»

Les Nouvelles littéraires. Pierre Bouvier (8 août 1968)

C’était mieux avant…

«Je voudrais montrer combien, autrefois, tout ce qui était grand se faisait avec de petits moyens, tandis que ce que font aujourd’hui les hommes est petit, quoique fait avec de grands moyens»

Essais et pamphlets : Dans les ténèbres. Léon Bloy. Robert Laffont Bouquins (2017)

Visionnage domestique parisien (30) / Croisement de vies nostalgène


A swedish love story. Roy Andersson (1969)


L'amour à quinze ans par Nicolas Giuliani

Nous voyons aujourd’hui Une histoire d’amour suédoise réalisé en 1969 – objet cinématographique intrigant, ensemencé déjà par les problématiques à venir (le burlesque, le cynisme, l’humour noir), mais dans lequel participe aussi l’innocence amoureuse de Pär et Annika, tout en fraîcheur et en gracilité.

Pär est venu voir son grand-père à la maison de repos. Il a quinze ans, une moto, un blouson et des airs de caïds que déjouent un sourire franc et des yeux rieurs – quel est donc l’enfant qui se meut dans ce corps de jeune adulte ? Annika est venu voir sa tante Eva. Elle a un grand chapeau à turban, un chien, une robe dans le vent. L’espace d’un instant, lors d’un buffet campagnard, leur regard se croise. Tout est dit, tout se tient dans ce régime dramatique, ténu et droit : il a suffit de quelques plans pour que Roy Andersson relève la gageure de la scène de première vue et nous raconte le mouvement amoureux, terriblement simple, de deux êtres qui se voient et semblent se reconnaître. Montage précis, alternance de champ contre-champ, chassé croisé des regards : la caméra, serrée en gros plan sur les visages d’Annika et de Pär, capte tout, par petites touches précises et fortes, et dessine les contours émus d’une première rencontre.

On a rarement vu un tel effet de réalisme, une telle coïncidence émotionnelle entre les personnages et la situation dramatique. Le désir, la honte, l’innocence, parfois la souffrance, se concrétisent dans l’évidence des situations. Rien n’est outré, tout se justifie. Le style tranché et net, d’une justesse imparable, fait penser à Pialat ; l’univers visuel, stylisé par une lumière douce, à un autre film suédois qui traitait également de l’amour de deux adolescents : Monika. Comme dans le film de Bergman, les deux adolescents se soustraient à la médiocrité du monde pour pouvoir vivre leur amour. Pendant ce temps les adultes offrent souvent le spectacle pitoyable et grinçant de gens englués dans leur étroitesse d’esprit. Alors que l’on fête l’écrevisse dans la maison de campagne des parents de Pär, le père d’Annika, commercial raté, cherche à refourguer un frigo. Le ton monte. Les masques tombent : chacun est un peu le clown grimé de son voisin ou le miroir déformant de son propre échec.

Les adolescents d’un côté, les parents de l’autre. L’amour, la vie, l’innocence, face à la honte, le désœuvrement et l’échec. Les tableaux sont fortement typifiés – et il est aisé de sentir que la caricature deviendra plus tard un des outils dramatiques de Roy Andersson. Mais dans Une histoire d’amour suédoise, on se prête au jeu de cette alternance, de ce va-et-vient oscillant entre innocence juvénile et désespérance adulte, car il nous donne envie de croire en Pär, Annika, et leur amour fragile qui éclate à l’écran comme une première fois.

https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/a-swedish-love-story/

Éblouissement des prémisses (49)

«Le disque a changé notre rapport à la musique. En premier lieu la connaissance de la musique passe pour beaucoup par l'audition passive, alors qu'elle passait auparavant par la réappropriation active, par le déchiffrage d'une partition. [...] En second lieu, l'œuvre musicale, qui est par essence mobile, changeante et diverse, se fige inconsciemment pour nous en une unité statique, immobile et éternelle, considérée comme l'équivalent musical de la partition. Alors qu'une œuvre musicale n'est jamais exactement la même, puisque toute exécution est singulière, le disque au contraire peut nous amener à croire à l'identité de cette œuvre  pour autant que, à chaque fois qu'on met un disque, c'est exactement la même chose qu'on entend. Le disque, en ce sens, est la négation du musical. On comprend la différence entre l'audition d'un disque et celle d'un concert : si j'entends au disque ce que je sais déjà, parce que rien ne pourrait me surprendre dans la mesure où je l'ai déjà écouté un nombre incalculable de fois, le concert est un événement non reproductible dans lequel l'artiste surprend toujours mon attente et mes anticipations.»

Qu'est-ce que la musique ? Éric Dufour. Vrin (2005)

samedi 4 janvier 2020

En guise de carte de voeux 2020

Diapositive Ektachrome sélectionnée pour les 10 ans de photographies. Que des verticales, barreaux de prison.  Quelle atmosphère grise de jour pluvieux, de jour sans joie !

mercredi 1 janvier 2020

«Pourquoi vous ai-je conté ceci ? Pour mettre en évidence la différence profonde qui existe entre la production spontanée de l'esprit -ou plutôt, par l'ensemble de notre sensibilité, et la fabrication des œuvres. Dans mon histoire, la substance d'une œuvre musicale me fut libéralement donnée ; mais l'organisation qui l'eut saisie, fixée, redessinée me manquait. Le grand peintre Degas m'a souvent rapporté ce mot de Mallarmé qui est si juste et si simple. Degas faisait parfois des vers, et il en a laissé de délicieux. Mais il trouvait souvent de grandes difficultés dans ce travail accessoire de sa peinture. (D'ailleurs, il était homme à introduire dans n'importe quel art toute la difficulté possible.) Il dit un jour à Mallarmé : "Votre métier est infernal. Je n'arrive pas à faire ce que je veux et pourtant, je suis plein d'idées..." Et Mallarmé lui répondit : "Ce n'est point avec des idées, mon cher Degas, que l'on fait des vers. C'est avec des mots."»

Variété III, IV et V. Paul Valéry. Gallimard (1936-1944)