«L'auto va dans le sens de notre brutalité, de notre désir de dominer, de dépasser -mais sous sa forme la plus basse. c'est la volonté de ceux qui ne sont pas capables de la faire triompher ailleurs que l'automobile satisfait sur la route.»
D'un bloc-notes à l'autre. François Mauriac. Bartillat (2004)
Le blog-note d'Aimable Lubin : extension du domaine radiophonique des Muses galantes et de la Petite Boutique Fantasque
mardi 1 janvier 2019
189 : Se prévaloir du besoin d'autrui
«Si
la privation passe jusqu'au désir, c'est la plus efficace des
contraintes. Les philosophes ont dit que la privation n'était rien,
et les politiques que c'était tout ; et sans doute ceux-ci
l'ont mieux connue. Il y a des gens qui, pour arriver à leur but,
se font un chemin par les désirs des autres. Ils se servent de
l'occasion, et provoquent le désir par la difficulté de
l'obtention. Ils se promettent davantage de l'ardeur de la passion
que de la tiédeur de la possession, d'autant que le désir
s'échauffe à mesure que croît la répugnance. Le vrai secret
d'arriver à ses fins est de tenir toujours les gens dans la
dépendance.»
L'art de la prudence. Balthasar Graciàn. Rivages poche, petite bibliothèque (1994)
«C'est le peintre qui nous montre la voie. Pensez à Monet. Il ne prétend ni saisir ni nous livrer ce qui est au-delà de l'apparence, mais au contraire il se dépouille et nous dépouille devant les espèces sensibles du donné. Voilà pourquoi je déteste les cubistes ; ils ont refusé cette humiliation devant l'objet. Pour eux ce sont les choses qui doivent se modeler sur la pensée. Ils se flattent d'atteindre l'unité. Atteindre l'unité ! Sicut dei eritis. L'artiste cherche une lueur dans le regard des choses et des êtres ; le cubiste leur ouvre le crâne, comme font ces enfants rageurs de la montre qu'on leur donne ; et ils ne pourront plus jamais lire l'heure.»
Les Reins et les coeurs. Paul-André Lesort. Éditions du Seuil (1964)
«Les préoccupations dominantes semblent être de donner aux enfants une culture disputée entre la tradition dite classique, et le désir naturel de les initier à l'énorme développement des connaissances et de l'activité modernes. Tantôt une tendance l'emporte, tantôt l'autre ; mais jamais, parmi tant d'arguments, jamais ne se produit la question essentielle.
Que veut-on et que faut-il voir ?»
Variété III, IV et V. Paul Valéry. Gallimard (1936-1944)
Réminiscence personnelle (30) applicable aux plans cinématographiques
«Proust exprime très bien la seule différence au fond entre le roman classique et le moderne. Chez Balzac, dit-il, on n'arrête pas de voir des personnages ouvrir telle fenêtre, faire tel geste. Lui Proust, est incapable de montrer ça aussi. Systématiquement. Il ne montre que s'il a quelque chose à en dire, que si ça a un sens. Il ne le montre pas pour rien. 99% de ceux qui écrivent des romans n'ont pas compris ça.»
Ultima necat I : journal intime 1978-1985. Philippe Muray. Les Belles Lettres (2015)
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