vendredi 16 septembre 2016

«- On m'aurait dit ça, dit-elle enfin, quand ils étaient petits, on m'aurait dit qu'à vingt ans ils feraient encore des fautes d'orthographe, j'aurais préféré qu'ils meurent. J'étais comme ça quand j'étais jeune, j'étais terrible.
Elle ne les regardait plus, ni l'un ni l'autre.
- Puis ensuite bien sûr, j'ai changé. Puis voilà maintenant que ça me revient comme quand j'étais jeune, il me semble quelquefois que je préfèrerais voir Joseph mort que de le voir faire tellement de fautes d'orthographe.
- Il est intelligent dit Suzanne, quand il le voudra, il apprendra l'orthographe. Suffit qu'il veuille.»

Un Barrage contre le Pacifique. Marguerite Duras. Gallimard (1950)

«La langue de Lucilius est celle d'un homme ayant reçu à fond la culture gréco-latine : tout d'une venue et d'abandon, il est trop pressé de dire pour châtier son vers : il improvise jusqu'à deux cent hexamètres avant la table mise et deux cents encore la table desservie. Aussi rencontrerez-vous chez lui d'inutiles longueurs, et les mêmes tours se répètent de façon bavarde, les négligences les plus fâcheuses : le premier mot qui lui vient, grec ou latin, lui est le meilleur.»

Histoire romaine Livre I à IV : Des commencements de Rome jusqu'aux guerres civiles. Theodor Mommsen. Bouquins Robert Laffont (1985)

vendredi 9 septembre 2016

Convergence passéiste

 Ainsi parlait Zarathoustra  : un livre qui est pour tous et qui n'est pour personne. Friedrich Nietzsche. Éditions Gallimard (1971)

«Le génie de l'augmentation qui le possède (et qui n'est évidemment pas étranger à la tonalité même de son antisémitisme), cet art de l'exagération, et même de l'exagération d'exagération, qui transforme certaines scènes de ses romans en séquences de comics (ce qu'il n'aurait sans doute pas désavoué, lui qui déclarait :"J'aurais chez moi, si je pouvais, tous les Dessins animés"... C'est vous dire que je suis bignolle, pas délicat pour un rond... je veux bien (voyez-vous ça) de tous les genres, aucun ne me semble inférieur, à condition que la matière soit organique et organisée, que le sang circule, partout, autour et dedans à partir du cœur, respire avec les poumons, tienne debout, en somme, que le truc tourne, avec un point de catalyse bien vivant, le plus vivant possible, insupportable ! au centre, bien caché, bien scellé, au tréfonds de la viande, qu'on ne se trompe pas, que cela palpite, qu'on ne me vante pas tel pauvre cadavre en froufrous babillards..."), trahissent un effort stylistique de chaque instant pour se rapprocher de l'exagération même du réel, qu'il ne semble envisager que dans la catégorie du délire.»

Céline. Philippe Muray. Gallimard (2001)

jeudi 8 septembre 2016

«Le désordre du monde, voilà le sujet de l'art. Impossible d'affirmer que, sans désordre, il n'y aurait pas d'art et pas davantage qu'il pourrait y en avoir un : nous ne connaissons pas de monde qui ne soit désordre. Quoi que les universités nous susurrent à propos de l'harmonie grecque, le monde d'Eschyle était rempli de luttes et de terreur, et tout autant celui de Shakespeare et celui d'Homère, de Dante et de Cervantès, de Voltaire et de Goethe. Si pacifique que parût le compte rendu qu'on en faisait, il parle de guerres, et quand l'art fait  la paix avec le monde, il l'a toujours signée avec un monde en guerre.»

Écrits sur le théâtre. Bertold Brecht. Éditions Gallimard (1940)

mardi 6 septembre 2016

Convergence divinatoire


 Ainsi parlait Zarathoustra  : un livre qui est pour tous et qui n'est pour personne. Friedrich Nietzsche. Éditions Gallimard (1971)