dimanche 13 décembre 2015

Réminiscence personnelle (13)

«[...] ; il est vrai que je n'ai cessé de pérorer à tort et à travers sans craindre d'entrer à mon sujet dans des détails oiseux qui n'intéressaient que moi-même, il est vrai que j'ai cherché maintes fois par instinct de comédien à me faire passer pour ce que je ne suis pas, à me prêter des sentiments que je n'ai jamais eu l'occasion d'éprouver ou encore à m'attribuer des actions que j'étais bien incapable d'accomplir pour donner de la saveur à une vie qui n'en avait aucune ;

Oeuvres complètes : Le BavardLouis-René des Forêts. Quarto Gallimard (2015)

samedi 12 décembre 2015

Souvenirs des Talens réunis (1)

Chapeau bas l'artiste ! Sans toi, mon ami, il n' y aurait pas eu de Talens réunis
«L'esprit est donc l'opportuniste par excellence, mais on ne peut le saisir nulle part, et l'on serait tenté de croire qu'il ne demeure de son action que décadence. Tout progrès constitue un gain de détail, mais une coupure dans l'ensemble ; c'est un accroissement de puissance qui débouche dans un progressif accroissement d'impuissance, et c'est une chose à quoi l'on ne peut rien.»

L'Homme sans qualités. Robert Musil. Éditions du Seuil (1956)
«Il en était de ces enfants comme des pluies, des fruits, des inondations. Ils arrivaient chaque année, par marée régulière, ou si l'on veut, par récolte ou par floraison. Chaque femme de la plaine, tant qu'elle était assez jeune pour être désirée par son mari, avait son enfant chaque année. A la saison sèche, lorsque les travaux des rizières se relâchaient, les hommes pensaient davantage à l'amour et les femmes étaient prises naturellement à cette saison-là. Et dans les mois suivants les ventres grossissaient. Ainsi, outre ceux qui en étaient déjà sortis il y avait ceux qui étaient encore dans le ventre des femmes. Cela continuait régulièrement, à un rythme végétal, comme si d'une longue et profonde respiration, chaque année, le ventre de chaque femme se gonflait d'un enfant, le rejetait, pour ensuite reprendre souffle d'un autre.»

Un Barrage contre le Pacifique. Marguerite Duras. Gallimard (1950)
«Je possède Laïs, mais je n'en suis pas possédé, et j'ajoute que s'il est beau de vaincre ses passions, et de ne pas se laisser dominer par elles, il n'est pas bon de les éteindre tout à fait.»

Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres : Aristippe. Diogène Laërce. Garnier-Frères (1965)

dimanche 6 décembre 2015

«Dans son adolescence à tous égards irrésolue et endolorie, Ada amoureuse  était encore plus agressive et accorte que dans son enfance passionnée déjà jusqu'à l'anomalie. Compulsateur assidu des cas célèbres, le Dr Van Veen ne parvint jamais à ranger Ada, ardente fillette de douze ans, sous la même rubrique qu'aucune des petites anglaises spirituellement heureuses, non délinquantes, non nymphomanes et d'un niveau mental excellent, qui figuraient sur ses fiches (quoiqu'un grand nombre de petites filles de la même veine eussent fleuri - et monté en graine - dans les vieux châteaux de France et d'Estotilande, comme nous l'enseignent tant d'écrits romanesques extravagants et de mémoires séniles)

Ada ou l'ardeurVladimir Nabokov. Librairie Arthème Fayard (1975)

mardi 1 décembre 2015

Quelques Éléments de la Société du Spectacle (10)

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« Dans son secteur le plus avancé, le capitalisme concentré s'oriente vers la vente de blocs de temps "tout équipés", chacun d'eux constituant une seule marchandise unifiée, qui a intégré un certain nombre de marchandises diverses. C'est ainsi que peut apparaître dans l'économie en expansion des "services" et des loisirs, la formule du paiement calculé "tout compris", pour l'habitat spectaculaire, les pseudo-déplacements collectifs des vacances, l'abonnement à la consommation culturelle, et la vente de la sociabilité elle-même en "conversations passionnantes" et "rencontres de personnalités". Cette sorte de marchandise spectaculaire, qui ne peut évidemment avoir cours qu'en fonction de la pénurie accrue des réalités correspondantes, figure aussi bien évidemment parmi les articles-pilotes de la modernisation des ventes, en étant payable à crédit. »

La Société du spectacle. Guy Debord. Éditions Gallimard (1992)